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Comment évaluer le bien-être animal ?

Les différents contextes d’évaluation du bien-être des animaux

De nombreux acteurs ont la volonté d’améliorer le bien-être des animaux, que ce soit dans les élevages ou pour les animaux de compagnie. De plus en plus de consommateurs veulent être informés sur le niveau de bien-être des animaux à l’origine des produits alimentaires qu’ils consomment.

Pour ce faire, une évaluation du bien-être d’un animal ou d’un ensemble d’animaux est un préalable nécessaire.

Cette évaluation peut se dérouler dans différents contextes :

  • Un éleveur qui souhaite un état des lieux du bien-être de ses animaux pour ensuite amorcer une démarche d’amélioration. Cet état des lieux peut être réalisé par l’éleveur lui-même dans le cadre d’un autodiagnostic ou par l’intermédiaire d’un intervenant en élevage ou de son vétérinaire pour avoir un regard extérieur. Cette évaluation est la première étape de ce qu’on appelle la boucle d’amélioration, c’est-à-dire l’amélioration continue et progressive du bien-être dans les élevages.
  • Un éleveur qui souhaite intégrer une démarche qualité, pour obtenir un signe officiel de qualité comme par exemple un label, ou pour satisfaire à différentes initiatives qui existent, comme par exemple l’étiquette bien-être animal. L’évaluation doit alors permettre de garantir que l’élevage satisfait à certains critères au regard du bien-être des animaux.
  • Un contrôle officiel, réalisé par les services de l’État, pour s’assurer que l’élevage respecte la réglementation en vigueur. 

Cette vidéo résume bien ce que nous venons d’aborder :

Quel que soit le contexte, l’évaluation doit être basée sur des critères et des indicateurs objectifs et validés scientifiquement et qui reflètent réellement le bien-être des animaux.

ℹ️ Pour aller plus loin, vous pouvez encore consulter :
▪︎ Cette vidéo sur les exigences des labels en matière de bien-être animal
▪︎ Cette vidéo sur la boucle d’amélioration
▪︎ Cette interview de Jean-Philippe Piot, auditeur d’Ecocert, qui labellise les élevages Bio
▪︎ Ce guide réalisé par Danone à destination des producteurs laitiers
▪︎ Ce guide réalisé par Danone à destination des vétérinaires

Les indicateurs de bien-être

Pour rappel, le bien-être des animaux est multicritère et l’ensemble des critères sont donc à évaluer. Selon les définitions ou protocoles, on peut se baser sur les cinq libertés ou sur le protocole Welfare Quality® par exemple.

L’évaluation de chaque critère est basée sur un ou plusieurs indicateurs.

Appliqué au bien-être animal, un indicateur permet d’attribuer une valeur quantifiée à un critère de bien-être évalué dans l’élevage. Parfois un seul indicateur suffit pour évaluer un critère, parfois plusieurs indicateurs sont nécessaires. Par exemple, l’indicateur « note d’état corporel » est suffisant pour évaluer le critère « absence de faim » chez les bovins laitiers, alors que deux indicateurs sont utilisés pour évaluer le critère « expression d’autres comportements » chez la truie : le nombre de stéréotypies et le comportement exploratoire

Lorsque plusieurs indicateurs sont utilisés pour un même critère, il est nécessaire de combiner le résultat de ces indicateurs pour obtenir le résultat du critère en question. De la même manière, les résultats des différents critères seront nécessaires pour obtenir un résultat global du bien-être des animaux.

À retenir
➤ Il n’existe pas un indicateur unique valable pour tous les critères du bien-être animal. Plusieurs indicateurs doivent être utilisés.
➤ Il est intéressant de noter que la majorité des indicateurs utilisés sont principalement des indicateurs de dégradation du bien-être (présence de blessures, propreté non satisfaisante, présence de maladies, difficulté à se lever, etc) et plus rarement des indicateurs qui permettent d’évaluer l’état positif de bien-être des animaux. 

Les deux grandes catégories d’indicateurs

En terme d’évaluation du bien-être, deux grandes catégories sont classiquement utilisées :

  • Les indicateurs basés sur l’environnement (appelés aussi indicateurs basés sur les ressources), qui mesurent les conditions de vie fournies à l’animal et qui servent à apprécier si l’environnement donné permet a priori le respect du bien-être et satisfait à la bientraitance. Les indicateurs basés sur l’environnement sont surtout utiles pour évaluer les facteurs de risque qui peuvent être à l’origine d’une dégradation du bien-être. 
  • Les indicateurs basés sur les animaux qui reposent sur l’observation directe (comportement, état sanitaire, etc.) ou indirecte (production, longévité, etc.) des animaux et qui permettent de s’assurer que le bien-être de l’animal est satisfaisant dans les conditions qui lui sont fournies.
Les deux grandes catégories d’indicateurs appliqués au confort de couchage chez les bovins laitiers (crédit : Sabine li)

Pour un résumé en vidéo de ce que nous venons d’aborder :

À retenir
▪︎ Indicateur basé sur l’environnement ➡︎ évaluation de la bientraitance ➡︎ obligation de moyens
▪︎ Indicateur basé sur les animaux ➡︎ évaluation du bien-être ➡︎ obligation de résultats

Les grands types d’indicateurs basés sur les animaux

Lorsque les conditions de vie des animaux sont perçues comme des contraintes par l’animal, ce dernier réagit et tente de s’adapter. Les réponses adaptatives de l’animal peuvent être d’ordre comportemental ou physiologique et avoir des conséquences sur la production ou la santé des animaux. Ce sont ces modifications que l’observateur va utiliser pour apprécier la dégradation du bien-être des animaux. 

En fonction de l’intensité et de l’origine de la contrainte, un ou plusieurs de ces types d’indicateurs vont être modifiés. Et certains sont généralement plus sensibles que d’autres. On estime habituellement que  les indicateurs comportementaux sont les indicateurs visibles le plus précocement, puis les indicateurs physiologiques. Les indicateurs sanitaires et de production sont, dans la majorité des cas, des indicateurs moins sensibles et moins rapidement ou facilement modifiés face à une contrainte.

Les indicateurs comportementaux

Les indicateurs comportementaux sont ceux qui sont liés à la modification d’un comportement chez l’animal.

Pour en savoir plus

Ce sont les indicateurs généralement les plus sensibles, c’est-à-dire qu’ils vont être modifiés précocement en cas de dégradation du bien-être : ils doivent donc absolument être utilisés par un évaluateur… et chaque personne doit apprendre à observer le comportement des animaux pour être en mesure d’évaluer leur bien-être !

On recense principalement deux grands types d’indicateurs comportementaux : les modifications de l’activité de l’animal et les modifications de sa réactivité.

  • Modification de l’activité de l’animal : il peut s’agir de la modification de la fréquence d’un comportement normal. Par exemple, une vache doit passer 10 à 14h par jour couchée… si elle ne passe que 6 heures couchée, on peut suspecter un problème sur le critère « confort de couchage ». Il peut également s’agir de l’apparition d’un comportement anormal. C’est le cas par exemple de ce qu’on appelle les stéréotypies[1] et qui sont des comportements que l’on ne doit pas observer si le bien-être de l’animal est satisfaisant. 
  • Modification de la réactivité de l’animal : l’animal va réagir exagérément ou alors va rester prostré et moins réagir.

Pour aller plus loin :

À retenir
L’observation du comportement des animaux est essentielle à l’évaluation de leur bien-être.


Les indicateurs physiologiques

Ce sont les indicateurs qui ont trait à la physiologie des animaux, et particulièrement aux réponses de stress.

Pour en savoir plus

Ce sont les indicateurs de stress, tels que par exemple l’augmentation de la concentration en cortisol dans le sang. Dans la mesure où ils nécessitent d’intervenir sur l’animal (prise de sang par exemple), ils sont assez peu utilisés dans la pratique courante et sont plutôt réservés lors de recherches sur le bien-être.

Les indicateurs de production

Il s’agit ici d’analyser les variations de production des animaux pour évaluer leur bien-être.

Pour en savoir plus

Les réactions de stress sont généralement consommatrices d’énergie. De plus, face à une contrainte, l’animal va souvent moins manger. Ces deux paramètres combinés font qu’on peut observer une diminution de la production face à une contrainte. Parmi les principaux indicateurs de production figurent la production de lait, d’œufs, la croissance des animaux ou encore les paramètres de reproduction. 

Il est plus utile d’observer la chute de production que véritablement la production en elle-même car celle-ci dépend de très nombreux facteurs qui ne sont pas forcément reliés au bien-être (génétique de l’animal ou type de production par exemple). Par contre, si une production se met à diminuer, on peut suspecter un problème sur le bien-être de l’animal.

À retenir
Production et bien-être sont étroitement liés. En améliorant le bien-être des animaux, on améliore bien souvent la production.

Les indicateurs sanitaires

Ils concernent l’état de santé de l’animal, c’est-à-dire l’apparition de maladies, de lésions, de boiteries, etc.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sanitaires sont peu sensibles et sont donc modifiés tardivement face à une contrainte. Ils sont pour autant particulièrement importants à surveiller car lorsqu’ils apparaissent, ils aggravent généralement la situation de l’animal et le placent dans un cercle vicieux de diminution du bien-être. Un animal qui boite aura par exemple plus de difficultés à se lever ou à se coucher, ce qui risque d’augmenter sa boiterie.

La mesure de ces indicateurs

En fonction de l’indicateur utilisé, différents résultats peuvent être obtenus. Ce peut être un nombre (nombre de comportements observés durant une heure par exemple), un score sur une échelle de notation (une boiterie de 3 sur une échelle de 5 par exemple) ou encore la constatation d’une présence/absence (présence d’une maladie par exemple). 

Le résultat obtenu sera associé à un niveau de bien-être pour le critère évalué.

La façon de mesurer chacun des indicateurs dépend de l’indicateur et du protocole utilisé. Il est important de bien les connaitre avant de les utiliser.

La validation des indicateurs

Sans rentrer dans le détail ici, les indicateurs utilisés dans les protocoles d’évaluation doivent répondre à certaines caractéristiques pour être validés (faisabilité, répétabilité, etc.). Lorsqu’on utilise un protocole ou que l’on souhaite s’informer sur le niveau de bien-être des animaux à l’origine d’un produit alimentaire, il est donc important de s’assurer que les indicateurs utilisés sont scientifiquement validés. Par exemple, les indicateurs du protocole Welfare Quality® ont fait l’objet d’une telle validation par les scientifiques.

Le processus d’intégration

Le processus d’intégration correspond au passage d’un indicateur mesuré sur un animal pour un critère donné à un score global pour l’ensemble des animaux du troupeau. 

L’intégration pour obtenir un résultat représentatif du troupeau

L’enjeu est ici de passer d’un score mesuré individuellement à un score représentatif du niveau de bien-être de l’ensemble du troupeau.

Pour en savoir plus

La plupart des indicateurs sont mesurés à l’échelle individuelle. On va par exemple évaluer la note d’état corporel[2] pour chaque animal.

D’autres indicateurs sont mesurés une seule fois pour l’ensemble des animaux. C’est par exemple le cas de l’évaluation qualitative du comportement qui consiste à décrire globalement comment se comporte le troupeau.

Dans le premier cas, il faut combiner le résultat obtenu pour chaque animal évalué afin d’obtenir un score de troupeau. Différents processus existent pour ce faire. Pour que l’évaluation soit la plus précise et juste possible, il faut soit observer l’ensemble des animaux du troupeau, soit observer un nombre suffisant d’animaux diversifiés pour être représentatif de l’ensemble des animaux.. 

Les indicateurs d’évaluation du bien-être peuvent être mesurés à l’échelle de l’individu ou à l’échelle du troupeau. S’ils sont mesurés à l’échelle de l’individu, ils doivent être combinés pour n’obtenir qu’une valeur pour le troupeau (crédit : Sabine Li).

L’intégration des différents critères pour obtenir un score de bien-être

Le bien-être étant multicritère, les scores obtenus pour chaque critère doivent être combinés, intégrés, pour obtenir une note globale. En fonction de la finalité de l’évaluation et du protocole utilisé, le processus d’intégration peut avoir différentes formes.

Pour en savoir plus

Nous ne présenterons ici que l’intégration proposée par le protocole Welfare Quality® et permettant d’aboutir à une évaluation globale du bien-être. Ce protocole est basé sur 4 principes, déclinés des cinq libertés :

  • Bonne alimentation
  • Bon logement
  • Bonne santé
  • Comportement approprié (il rassemble les libertés « liberté d’exprimer les comportements propres à l’espèce » et « absence de peur et d’anxiété »).

Afin de pouvoir être évalués concrètement sur le terrain, ces principes ont été déclinés en 12 critères. Chaque principe comprend 2 à 4 critères indépendants les uns des autres. Enfin, des indicateurs ont été sélectionnés pour évaluer chaque critère.

PrincipesCritères
Bonne alimentationAbsence de faim prolongée
Absence de soif prolongée
Bon logement Confort de couchage
Confort thermique
Facilité de mouvement
Bonne santéAbsence de blessures
Absence de maladies
Absences de douleurs dues à des pratiques d’élevage
Comportement approprié Expression du comportement sociale
Expression des autres comportements
Bonne relation humain-animal
Etat émotionnel positif
Les 4 principes et les 12 critères de Welfare Quality®

Une fois que tous les indicateurs ont été mesurés sur les animaux, une note unique pour l’élevage est calculée pour chaque indicateur à partir des résultats obtenus sur chaque animal. Les scores des indicateurs participant à un même critère sont alors combinés pour obtenir un score de critère. Ensuite les scores des critères participant à un même principe sont combinés pour obtenir un score de principe. Le score global est déterminé en fonction des scores des 4 principes. Le score global est divisé en 4 catégories : « excellent », « amélioré », « acceptable » et « non classé ». 

Dans l’intérêt de l’animal et dans la mesure où le bien-être est multicritère et où tous les critères sont importants, il est préférable qu’aucune compensation ne soit acceptée, et qu’aucun critère ou principe ne soit totalement délaissé au profit d’un autre. Une certaine pondération est toutefois possible si on estime que certains critères sont « plus importants » au regard du bien-être de l’animal.

Le processus d’intégration du protocole Welfare Quality® (crédit Sabine Li)

Vous avez tout compris et vous souhaitez aller encore plus loin ?

1. N’hésitez pas à télécharger le fascicule Évaluer le bien-être animal paru aux éditions Quae.

2. Pour mettre en pratique vos connaissances, vous pouvez réaliser ce jeu sérieux qui vous fera évaluer le bien-être des vaches laitières dans un élevage virtuel!


[1] Une stéréotypie se définit comme un comportement « répétitif, invariant et qui n’a aucun but ou fonction apparents » (Mason, 1991). Retour

[2] L’état d’engraissement en quelque sorte. Retour

« Le bien-être des troupeaux laitiers », guide à destination des vétérinaires

Après le guide « Bien-être animal » à destination des éleveurs, nous vous partageons aujourd’hui le nouveau guide élaboré par Danone en partenariat avec Phylum, la SNGTV, la Chaire bien-être animal, l’Idele et l’association CIWF

Un guide à destination des vétérinaires 

« Le vétérinaire est, avec le propriétaire, un des acteurs majeurs d’une amélioration pragmatique et concrète du bien-être en élevage »

Luc Mounier

Ce guide s’adresse cette fois-ci aux vétérinaires qui sont, avec les propriétaires des animaux, des acteurs majeurs du bien-être animal. Ainsi, il fait le point sur le rôle du vétérinaire concernant non seulement le diagnostic et pronostic de l’état de santé des animaux mais aussi la prévention des situations à risques au sein des élevages, la prise en charge de la douleur, la transportabilité des animaux, l’euthanasie, la gestion du troupeau

Un guide pour accompagner les éleveurs dans une optique « One Welfare »

L’objectif de ce guide est ainsi d’aider le vétérinaire à accompagner l’éleveur tout en prenant en compte les besoins et contraintes de ce dernier en matière de temps, d’investissement et de ressources humaines. Il s’agit, vous l’aurez compris, de suivre une logique « Un seul Bien-Être » dite « One Welfare » puisque bien-être animal et humain sont étroitement liés ! 

Si ce guide propose entre autres des ressources techniques à destination des vétérinaires pour détecter les signes de douleur chez les bovins (pp.22-23) ou encore pour choisir les bons analgésiques et anesthésiques selon les cas (p.26), il contient également des arbres décisionnels pour permettre au vétérinaire d’évaluer pleinement les situations et aider l’éleveur à faire les choix les plus protecteurs possibles du bien-être de ses animaux tout en lui évitant des pertes économiques trop lourdes. 

Par exemple, en ce qui concerne la gestion de la douleur, le guide met en avant la nécessité de s’appuyer sur la règle des 3S (Supprimer, substituer, soulager) notamment dans le cadre de pratiques comme l’écornage ou la castration.

Source : guide p. 24

Le guide met aussi l’accent sur la nécessité d’une bonne relation humain-animal pour permettre au vétérinaire de réaliser les soins en sécurité sans occasionner trop de stress à l’animal.  Il est ainsi primordial de prendre en compte le monde perceptif du bovin mais aussi de le récompenser après chaque acte négatif (par des grattages ou une récompense alimentaire) pour lui rendre l’expérience la moins pénible possible.  

La question de la réforme et de l’euthanasie

Sont également abordées la question de la réforme et de l’euthanasie des animaux, directement en lien avec la transportabilité de l’animal en cas d’état de santé trop dégradé. L’euthanasie est ainsi considérée comme un « outil thérapeutique » pour soulager l’animal et comme une « composante critique du bien-être animal ».  Pouvoir mettre fin à la vie d’un animal en trop grande souffrance paraît en effet indissociable de son bien-être et de son confort de vie. Là encore, un arbre décisionnel est proposé au vétérinaire pour accompagner l’éleveur. 

Source : guide p. 38

Le vétérinaire un expert mais avant tout un pédagogue !

Pour conclure, ce guide rappelle certes le rôle primordial du vétérinaire en tant qu’expert, mais met surtout l’accent sur sa déontologie, sa démarche éthique et pédagogique, comme le rappelle d’ailleurs, en exergue, Jacques Guérin, président de l’Ordre national des vétérinaires. De fait, le vétérinaire, en fin équilibriste, travaille pour les animaux mais toujours avec humanité 

Sommaire

  • p. 7 : La définition du bien-être animal
  • p. 8 : Le vétérinaire, un acteur clé du BEA
  • p.10 : La relation à l’animal malade : les principes d’approches
  • p. 13 : L’observation du troupeau lors de toute visite pour alerter sur les signes précurseurs de problèmes de BEA
  • p. 14 : La visite BEA
  • p. 16 : Le bilan sanitaire, une opportunité pour intégrer pleinement le BEA
  • p. 16 : Accompagner le changement vers des pratiques de BEA vertueuses
  • p. 19 : Les bonnes pratiques de BEA du vétérinaire praticien
  • p. 20 : Focus n°1 – Principe et prise en charge de la douleur
  • p. 30 : Focus n°2 – Transportabilité des bovins, transport d’urgence et abattage d’urgence à la ferme
  • p. 36 : Focus n°3 – Bonnes pratiques sur la fin de vie
  • p. 40 : Focus n°4 – Appréhender la question de la longévité des vaches laitières avec les éleveurs

Que se passe-t-il dans la tête d’une vache ?

Prendre soin de ses bovins ? Tout à fait ! Mais comment assurer leur bien-être ? Cela nécessite en réalité de se placer du point de vue de l’animal ! En effet, les bovins ont des capacités cognitives[1] qui leur sont propres et qui doivent être prises en compte lors de toute interaction avec eux ou pour aménager leur environnement.   

 Pour prendre en compte la cognition propre aux bovins, il s’agit de s’intéresser : 

  • à leur système sensoriel, on parle alors de monde perceptif
  • à leurs capacités d’apprentissage et de mémoire
  • à leur orientation spatiale et à leurs capacités de navigation,
  • à leurs capacités de communication et de language,
  • à leurs capacités émotionnelles,
  • à leur raisonnement et à la manière dont ils prennent des décisions.

Tout un programme donc ! 

S’intéresser à leur monde perceptif suppose de se demander comment les bovins perçoivent le monde au moyen de leurs cinq sens. Pour en apprendre plus sur le sujet, nous vous invitons à consulter la fiche espèce que nous avons réalisée sur les bovins et qui aborde ce point.  

Les bovins ont également des capacités de discrimination et de reconnaissance : ils sont capables de faire la différence entre plusieurs formes de base telles qu’un trait, un triangle, un cercle, un carré ou deux traits parallèles. Ils sont également capables de faire la distinction entre plusieurs espèces et peuvent reconnaître des individus familiers parmi d’autres ! On estime que les bovins sont capables de reconnaître jusqu’à 70 congénères. Il en est de même avec les humains : les bovins peuvent différencier deux individus.

Par ailleurs, les bovins ont des capacités d’apprentissage par le biais de l’habituation, de la sensibilisation et du conditionnement. Ils peuvent ainsi s’habituer à un stimulus (en apprenant à ne pas réagir par exemple au bruit du tracteur) ou au contraire se sensibiliser à un stimulus (en prenant de plus en plus peur à chaque fois que le tracteur démarre). Ils peuvent encore se conditionner (en assimilant la présence humaine à la distribution de nourriture ou à la dispense de grattage). 

Les bovins ressentent bien entendu tout un panel d’émotions ! Ils font ainsi en sorte de : 

  • Minimiser leur exposition aux situations qui génèrent des émotions négatives (peur, frustration, détresse, anxiété)
  • Maximiser leur exposition aux situations qui génèrent des émotions positives (plaisir, joie)

Les bovins expriment leurs émotions via leur comportement et leur réponse physiologique. Pour comprendre l’émotion d’un bovin, on observe les postures de l’animal, son niveau d’activité (si le bovin est calme ou agité), ses expressions faciales, ses vocalisations, etc. Le suivi d’indicateurs physiologiques permet également d’évaluer ses émotions. Par exemple, en cas de peur, la fréquence cardiaque et respiratoire des bovins s’élève, ils sécrètent de l’adrénaline et de glucocorticoïdes (comme le cortisol).  

Les bovins, en fonction de leur état affectif, peuvent être optimistes ou pessimistes ! Ainsi, si le bovin est dans un état affectif plutôt négatif, il aura tendance à percevoir négativement une situation ambiguë.

Pour achever ce rapide tour d’horizon, les bovins étant des êtres sociaux, ils ont besoin d’évoluer au sein d’un groupe de congénères. A l’intérieur de ce groupe, chaque vache a des relations préférentielles avec les vaches avec lesquelles elle se sent en confiance. Partant de là,  il est important de prendre en compte le phénomène de contagion sociale : une vache stressée transmet son stress aux autres mais est apaisée par un groupe de congénères calmes, d’autant plus qu’ils sont proches. 

Pour avoir un aperçu de l’ensemble de ce qui se passe dans la tête de votre vache, nous vous partageons cette fresque réalisée pour le LIT Ouesterel[2] par François Boissel. Elle aborde non seulement les besoins physiologiques et comportementaux des bovins mais évoque aussi certains modes d’élevage ! 


[1] « La cognition correspond aux mécanismes par lesquels les individus (animaux, ou humains) acquièrent, traitent, mémorisent, et se comportent à partir d’informations de l’environment” Alice De Boyer Des Roches, Maître de conférence en zootechnie et bien-être animal. Retour

[2]Pour en apprendre davantage sur le LIT Ouesterel et son projet en faveur du bien-être animal, vous pouvez consulter cette interview. Retour