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Tondre un mouton, ça lui fait mal ! VRAI ou FAUX ?

FAUX… mais cela peut être stressant !

L’hiver est là, Noël approche, et vous songez à offrir ce beau pull en laine Mérinos que vous avez repéré. Mais vous vous demandez peut-être quels sont les liens entre laine et bien-être animal.

💡 Note : Beaucoup d’animaux produisent de la laine, mais nous allons principalement nous concentrer sur les moutons dans cet article .

Pas de douleurs…

Revenons-en aux basiques, la laine, c’est quoi ?

Il s’agit d’une fibre d’origine animale, le plus souvent de moutons, de chèvres ou de lamas et correspondant à un type particulier de poils produit par ces espèces.
Elle est généralement récoltée à l’aide d’une tondeuse électrique, un peu comme une tondeuse à barbe ou à cheveux (mais en plus puissant !).

En termes de douleur donc, la récolte de la laine est similaire à un passage chez le coiffeur chez les humains : il s’agit simplement de couper des poils.

… mais pas sans risques pour autant

Cependant, la tonte ne doit pas être effectuée sans précautions. Elle peut blesser l’animal si elle n’est pas réalisée par un professionnel. Les lames des tondeuses ou des forces peuvent notamment couper la peau de l’animal si elles sont mal positionnées.

De fait, pour éviter les blessures, cette opération requiert l’immobilisation de l’animal (contention) et son isolement du reste du groupe, deux manipulations qui sont généralement source de stress pour l’animal.1,2 La tonte provoque ainsi un pic détectable pendant une heure environ par analyse sanguine des différents marqueurs de stress.3

Dans les semaines suivant la tonte, d’autres mesures concernant le confort de l’animal doivent également être prises, en termes de confort thermique (voir ci-après) ou de couchage, celui-ci étant facilité sur un sol dur par la présence de laine.
De nombreuses recherches ont pour but de développer des méthodes pour réduire au maximum ce stress au moment de la tonte et les jours qui la suivent.

 ℹ️ Exemple : Offrir un couchage adapté aux bêtes les jours suivants leur tonte aide les moutons à récupérer plus rapidement.4

Et ils n’ont pas froid après ?

Vous vous en doutez, un animal tondu résistera moins bien aux températures faibles qu’un animal recouvert de laine.5 Tondre un animal modifie en effet sa zone de neutralité thermique (voir notre précédente idée reçue à ce sujet).

Dans de mauvaises conditions climatiques, il est en effet possible qu’un mouton subisse un stress thermique si son environnement n’est pas adapté. Il est donc recommandé de tondre ses animaux plutôt au début du printemps qu’en plein hiver et ainsi leur permettre de mieux s’adapter à l’environnement.

En 2015, un mouton mérinos australien a été retrouvé dans un état critique 5 ans après s’être échappé d’un élevage, avec plus de 40 kg de laine sur le dos !

L’importance de la tonte pour le bien-être

Si l’ancêtre du mouton, le mouflon, perd sa laine pour réguler sa température (il mue), le mouton d’élevage a été sélectionné au cours de sa domestication et ne la perd plus naturellement.
Il a donc besoin d’être tondu régulièrement ou il risque l’hyperthermie6 (le « coup de chaud ») ou des infections (le surplus de laine favorisant le développement des bactéries).

Ce n’est pas tout, la laine est un matériau qui capte très bien l’humidité. En cas de pluie, la toison va ainsi se gorger d’eau que le mouton devra transporter, pouvant provoquer problèmes au dos et aux articulations.

Les labels

Des labels existent comment le Responsible Wool Standard ou le ZQ Wool Standard qui garantissent que la laine provient d’élevage respectant le bien-être des animaux (ainsi que d’autres critères écologiques et sociaux)

ℹ️ Attention cependant, d’autres labels ne garantissent que la qualité de la laine, pas le bien être des animaux l’ayant produite.

Assurez-vous par exemple que la laine mérinos provient d’animaux qui n’ont pas subi de mulesing, une pratique qui consiste à amputer à vif une partie de la zone autour de la queue des moutons, et ce, afin de réduire les risques d’infections par des mouches (flystrike). Cette pratique encore utilisée en Australie est refusée par la plupart des grandes marques et est interdite dans de nombreux pays.

Privilégiez donc les marques vous offrant une traçabilité la plus complète sur les pays d’origine de la laine et les méthodes utilisées par les élevages. Cependant, les marques indiquent le plus souvent le pays de filature (la transformation de la laine en fil) et celui-ci peut différer de l’origine de l’animal.

En conclusion

La tonte est une pratique d’élevage nécessaire pour la santé des animaux. Cependant, elle n’est pas sans risques en termes de bien-être et doit être pratiquée par un professionnel, dans de bonnes conditions et au bon moment de l’année.

Pour vos achats de Noël (et du reste de l’année !), il vaut donc mieux privilégier les marques qui mettent en avant le bien-être animal comme un objectif, éventuellement à l’aide de labels reconnus.

Sources :

  1. HARGREAVES, A.L. et HUTSON, G.D. (1990) An evaluation of the contribution of isolation, up-ending and wool removal to the stress response to shearing. Applied Animal Behaviour Science 26, 103‑113.
  2. CARCANGIU, V., VACCA, G.M., PARMEGGIANI, A., MURA, M.C., PAZZOLA, M., DETTORI, M.L. et BINI, P.P. (2008) The effect of shearing procedures on blood levels of growth hormone, cortisol and other stress haematochemical parameters in Sarda sheep. Animal 2, 606‑612.
  3. HARGREAVES, A.L. et HUTSON, G.D. (1990) The stress response in sheep during routine handling procedures. Applied Animal Behaviour Science 26, 83‑90.
  4. DE, K., KUMAR, D., MOHAPATRA, A. et SAXENA, V.K. (2019) Effect of bedding for reducing the postshearing stress in sheep. Journal of Veterinary Behavior 33, 27‑30.
  5. PICCIONE, G., CAOLA, G. et REFINETTI, R. (2002) Effect of shearing on the core body temperature of three breeds of Mediterranean sheep. Small Ruminant Research 46, 211‑215.
  6. DIKMEN, S., ORMAN, A. et USTUNER, H. (2011) The effect of shearing in a hot environment on some welfare indicators in Awassi lambs. Tropical Animal Health and Production 43, 1327‑1335

Interview – L’association Bien-être Animal LIT Ouesterel cherche à réconcilier élevage et société

Aujourd’hui, nous interrogeons Raphaël Guatteo, professeur en médecine bovine et gestion de la santé des bovins à Oniris et membre de l’association LIT Ouesterel.

🎙 « Il s’agit de réconcilier élevage et société en essayant d’emmener un maximum d’éleveurs et d’acteurs des filières dans une démarche d’amélioration du bien-être animal »

Raphaël Guatteo

Quand est née l’association LIT Ouesterel et quels étaient les objectifs ? 

L’association en tant que telle est née début 2020 mais les prémisses remontent à 2017 avec la construction d’un consortium qui in fine a fini par se constituer en association en vue de répondre à un appel d’offre dans le cadre du PIA 3 sur l’appel à projet Territoires d’Innovations, le troisième appel des fonds d’investissement d’avenir. Donc la genèse date de 2017 mais l’association en tant que telle date de 2020. Quant à son objectif, il s’agit de réconcilier élevage et société en essayant d’emmener un maximum d’éleveurs et d’acteurs des filières dans une démarche d’amélioration du bien-être animal, sachant que pour l’instant les trois filières ciblées sont porcs, volailles et bovins laitiers. Très rapidement nous allons toutefois nous diriger vers le bovin viande, la filière œuf, etc. Il s’agit à la fois de travailler à l’élaboration de référentiels bien-être en co-construction avec l’AEBEA (Association Etiquette Bien-être Animal), d’aller vers l’identification d’innovations favorables au bien-être animal, en les repérant si elles existent déjà, ou éventuellement en les construisant ensemble puis en les évaluant dans un réseau de fermes-pilotes. L’objectif est aussi de ne pas perdre de vue l’aspect marketing et financier en s’assurant du consentement à payer du consommateur ou à défaut de mettre en œuvre les démarches nécessaires pour que les éleveurs soient payés en retour de leurs efforts.

🎙 « L’idée était plutôt de former un bouillon de culture et d’idées en mettant autour de la table toutes les parties prenantes »

Raphaël Guatteo

Est-ce une association ou un laboratoire (puisque l’on parle d’un Laboratoire d’Innovation Territoriale ) ? Quels sont les différents partenaires impliqués dans le projet ?

Il s’agit vraiment d’une association loi 1901. L’expression Laboratoire d’Innovation Territoriale a été utilisée pour coller aux mots-clés de l’appel à projet PIA 3, qui étaient « territoire d’innovation ». Ainsi les mots « territoire » et « innovation » étaient importants, tout autant que de travailler en mode « living lab », en laboratoire vivant. C’est vrai que l’expression « laboratoire vivant » peut prêter à confusion car les gens s’imaginent certainement quelqu’un en train de faire de la recherche sur une paillasse. L’idée était plutôt de former un bouillon de culture et d’idées en mettant autour de la table toutes les parties prenantes, c’est-à-dire les éleveurs, les consommateurs, les ONG welfaristes, les instituts techniques, les transformateurs, les partenaires privés du secteur. Nous sommes également bien une association territoriale dans la mesure où notre association a pour l’instant trois territoires pilotes qui sont un peu les locomotives et qui se situent dans trois régions : Bretagne (Communauté de communes du Kreiz Breizh), Pays de la Loire (Communauté de communes du Pays d’Ancenis) et Normandie (Pays d’Argentan, d’Auge et d’Ouche). Chaque territoire s’est donné un objectif. Celui de Bretagne est centré sur les porcs, celui de Normandie plutôt sur les bovins laitiers et le pâturage et celui des pays de la Loire sur les volailles. Aujourd’hui, l’association se compose de 56 partenaires et chacun se répartit en fonction de son objet d’intérêt entre les territoires pilotes chargés d’initier des projets en lien avec leur domaine de prédilection. 

Quel est votre rôle au sein de l’association ?

Je représente Oniris (L’École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique) au sein de l’association, Oniris qui par ailleurs héberge cette association. L’association est également organisée avec différents organes de direction dont un conseil d’administration qui permet de représenter l’ensemble des partenaires qui sont répartis entre 9 collèges. A ce titre, je représente le collège de l’enseignement supérieur et de la recherche dont font partie l’INRAE, l’Institut Agro, Oniris, l’ESA d’Anger et l’Anses. Plus particulièrement, au sein de l’association, je suis en charge de suivre les actions de formation

De façon générale, le LIT Ouesterel rencontre-t-il le soutien des scientifiques et des éleveurs ? 

L’association commence à être connue grâce aux scientifiques, le porteur du projet au départ étant l’INRAE. Le CNR BEA (Centre National de Référence pour le Bien-Être Animal) est également invité aux réunions du LIT, permettant de renforcer cet encrage scientifique. Pour ce qui est des éleveurs, nous avons, parmi les partenaires, de grandes coopératives, des associations d’éleveurs, les instituts techniques. Les éleveurs qui sont en poste de responsabilité et de représentation sont bien au courant de notre existence. Pour ce qui est de l’éleveur lambda, je ne pense pas qu’il ait forcément entendu parler de notre association. Je pense toutefois que nous commençons doucement à nous faire connaître notamment grâce à notre « traque aux innovations ». Par exemple, en Normandie, des laiteries, des coopératives sont sollicitées pour essayer d’identifier chez les éleveurs des choses qui seraient plutôt vertueuses. Cela permet de nous mettre en lien avec eux et de faire connaître un peu le LIT Ouesterel. 

🎙 « Il faut trouver le compromis entre quelque chose qui soit vraiment informatif pour le consommateur, bénéfique pour l’animal  tout en permettant d’amener un maximum de professionnels dans une démarche d’amélioration » 

Raphaël Guatteo

Dans les ambitions revendiquées sur le site de l’association, il est fait mention d’une volonté de créer un étiquetage ou un label. Est-ce déjà en réflexion ? Si oui, quelle forme est susceptible de prendre cette labellisation ? 

Au tout départ, avant même la création de l’association, il existait la volonté d’aller sur un référentiel valorisable au travers d’un étiquetage. Il se trouve que dans le courant du montage du projet et juste avant la création de l’association en tant que telle, un premier étiquetage bien-être animal sur les volailles a vu le jour sous l’impulsion de l’AEBEA. Nous nous sommes dits que ce n’était pas la peine de multiplier les initiatives. Donc désormais, le LIT travaille de concert avec l’AEBEA. Au moment où nous nous sommes rapprochés, nous avions pratiquement fini de travailler sur le référentiel volailles et donc il y a eu une sorte d’hybridation de leur référentiel et du nôtre, avec une mise en commun des travaux. Actuellement, nous menons un travail conjoint pour le référentiel et l’étiquetage en porc, sachant qu’il s’agit bien de l’AEBEA qui porte cet étiquetage. Le LIT est partenaire de la réflexion. Cela est d’autant plus important qu’il existe une crainte du côté des éleveurs d’être stigmatisé ou d’être pour la plupart associés à une catégorie jugée pas suffisamment protectrice du bien-être animal. Il faut trouver le compromis entre quelque chose qui soit vraiment informatif pour le consommateur, bénéfique pour l’animal tout en permettant d’amener un maximum de professionnels dans une démarche d’amélioration. 

🎙 « Il peut en effet parfois exister de petits changements en termes de pratiques d’élevage qui ne sont pas forcément très coûteux et qui peuvent avoir un grand effet sur le comportement des animaux, sur leur bien-être »

Raphaël Guatteo

Une autre ambition affichée est celle de permettre à l’élevage français de reconquérir des parts de marché et d’augmenter la rémunération des éleveurs. Comment le LIT Ouesterel compte-t-il s’y prendre ? 

En associant des partenaires comme Carrefour, Système U, qui sont très actifs au sein de l’association, nous allons essayer de mener des initiatives locales pour tester de nouveaux systèmes et voir si cela est susceptible d’attirer les consommateurs et de correspondre à leurs attentes. Nous allons d’abord tester l’étiquetage bien-être animal et voir s’il est parlant et compréhensible. Nous essayons aussi de travailler avec les producteurs pour identifier les marges de gain possibles en essayant de démontrer que les hauts niveaux de bien-être ne sont pas toujours associés à des coûts d’investissement très élevés. En dehors des bâtiments et installations – qui peuvent effectivement vite chiffrer – il peut en effet parfois exister de petits changements en termes de pratiques d’élevage qui ne sont pas forcément très coûteux et qui peuvent avoir un grand effet sur le comportement des animaux, sur leur bien-être. Enfin communiquer activement sur nos résultats doit servir à cette ambition.

🎙« Nous espérons à terme que le grand public s’empare du projet et vienne directement formuler ses besoins, l’objectif final étant bien de réconcilier élevage »

Raphaël Guatteo

Quelles sont les actions à destination du grand public que l’association envisage de mettre en place ? 

Les actions à destination du grand public ont déjà commencé avec une initiative qui s’appelle « Animagine » qui est déclinée dans les 3 territoires et qui est déjà bien en marche. L’objectif est d’essayer de réfléchir à l’élevage de porc et de bovin de demain ainsi que de tester via les PAT l’acceptabilité de telles démarches. Un concours a d’ailleurs été ouvert à tous invitant à dessiner l’élevage de porcs de demain. Dans une optique de co-construction, on invite aussi les gens à venir discuter, à poser leurs questions avec des intervenants qui peuvent être de différents horizons. J’ai participé en juin à une soirée « Élevage et bien-être, on en parle ? ». Il y avait des éleveurs, des citoyens, des gens de la distribution, des scientifiques. Ce sont des moments de rencontre et d’échange. L’idée est d’intensifier ces événements à destination du grand public pour faire mieux connaître le projet et ses réalisations. Si pour le moment nous menons la barque, nous espérons à terme que le grand public s’empare du projet et vienne directement formuler ses besoins, l’objectif final étant bien de réconcilier élevage et société.

ℹ️ Pour en savoir plus, n’hésitez pas à :
– consulter le site internet du LIT Ouesterel
– vous rendre sur le site internet de l’étiquette bien-être animal

Interview – Emilie Jeannin et son projet d’abattage mobile : une révolution ?

Dans le cadre du Sommet de l’élevage qui s’est déroulé le 5 octobre 2021, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Emilie Jeannin, éleveuse de vaches charolaises et présidente du Boeuf Ethique, « première filière de viande éthique » qui s’engage à respecter le bien-être animal de la naissance à l’abattage. Cela est rendu possible grâce à la création d’un abattoir mobile qui se déplace d’élevage en élevage directement pour abattre les animaux sur place. 

Emilie Jeannin revient sur sa définition du bien-être animal mais également sur son abattoir mobile et sur les premiers résultats suite à sa mise en service depuis août. 

Si vous souhaitez ré-écouter l’ensemble de l’intervention d’Emilie Jeannin à l’occasion du Sommet de l’élevage, n’hésitez pas à suivre ce lien : https://chaire-bea.vetagro-sup.fr/la-chaire-bien-etre-animal-au-sommet-de-lelevage/#Boeuf