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Interview – « Il n’y a pas de bien-être animal sans bien-être humain » pour Xavier Boivin, éthologiste directeur de recherche à l’INRAE

Dans le cadre du Sommet de l’élevage qui s’est déroulé le 5 octobre 2021, nous avons pu nous entretenir avec Xavier Boivin, éthologiste et directeur de recherche à l’INRAE (UMRH, équipe CARAIBE) en lui posant une série de questions :

  • Quelle est votre définition du bien-être animal ? (0’37)
  • Améliorer la relation humain-animal, un indispensable pour assurer le bien-être animal ? (1’19)
  • Les attentes des animaux ont-elles évolué avec la domestication ? (2′)
  • Qu’entendez-vous par « pratiques relationnelles » ? (2’56)

💡 Pour visionner l’ensemble de l’intervention de Xavier Boivin à l’occasion du Sommet de l’élevage, c’est par ici

La Chaire bien-être animal au Sommet de l’élevage !

Le 5 septembre, de 14h à 17h, dans le cadre du Sommet de l’élevage, la Chaire bien-être animal a organisé un après-midi dédié au bien-être animal. Au programme, une série de conférences en vue de promouvoir les pratiques favorables au bien-être des animaux et une table ronde pour présenter les actions de formation en matière de bien-être animal à destination des éleveurs. Retour sur le programme de la journée :


La relation humain-animal : un indispensable pour favoriser le bien-être des animaux d’élevage 

La première partie de l’après-midi est consacrée à l’importance de la relation humain-animal qui permet de favoriser le bien-être de l’animal mais aussi de l’éleveur ainsi que son confort au travail. Un cercle vertueux se met alors en place favorisant le « One Welfare ».

Les aspects théoriques de la construction de la relation humain-animal 

Xavier Boivin (directeur de recherche à l’INRAE au sein de l’UMR herbivores et éthologiste) travaille depuis une trentaine d’années sur la construction de la relation humain-animal. Après un rapide rappel théorique des notions de bien-être, bientraitance et qualité de vie, il présente les conceptions occidentales de la domestication et met en avant les représentations que peuvent avoir les éleveurs de leurs relations avec leurs animaux.

 « La relation humain animal tout le monde en parle, tout le monde est passionné, on est éleveur parce qu’on aime les animaux, mais est-ce une relation voulue ou une relation subie ? ».

Xavier Boivin

Xavier Boivin rappelle qu’une relation humain-animal apaisée permet d’augmenter la productivité mais aussi le confort et la satisfaction de l’éleveur. L’enjeu est alors de trouver les moyens de favoriser une telle relation. 

Les travaux en éthologie montrent que les interactions positives entre l’éleveur et son animal sont primordiales pour établir une relation de confiance et faciliter les soins et manipulations. Nos croyances ont d’ailleurs un effet sur nos comportements à l’égard de nos animaux : penser ses bovins « difficiles » augmente notre propension à développer des interactions négatives avec eux. Xavier Boivin met également en avant l’importance de l’ergonomie : les installations doivent permettre de favoriser le contact entre l’éleveur et ses animaux. 

Du stade fœtal à la gestation, plusieurs périodes sont critiques dans la construction de la relation humain-animal. Enfin, les capacités cognitives de l’animal et sa faculté à projeter ses expériences passées doivent être prises en compte car elles conditionnent les interactions futures. 

« Les relations homme-animal, c’est comme les relations interindividuelles entre les humains, c’est la construction d’une relation autour du temps basée sur des interactions régulières entre deux individus qui se connaissent l’un l’autre ».

Xavier Boivin

Les aspects pratiques de la relation humain-animal : comment construire une relation apaisée ? 

Pauline Garcia (éleveuse et comportementalisme animalier) apporte des éléments concrets pour permettre à l’éleveur de bovins de construire une relation apaisée avec ses animaux. 

Comprendre la physiologie et la façon dont les animaux perçoivent le monde est un prérequis indispensable pour leur fournir l’environnement le plus favorable à leur bien-être. C’est pourquoi Pauline Garcia commence par présenter le monde sensoriel des bovins

En outre, certaines pratiques permettent de favoriser la relation de l’éleveur avec ses animaux : récompenser l’animal dans les situations susceptibles d’occasionner un stress, enrichir son milieu afin de lui permettre de stimuler son instinct de découverte mais aussi d’être capable de s’adapter face aux situations nouvelles, pratiquer l’entrainement au soin ou « medical training », etc. 

La perception positive de l’humain par le porcelet 

Sophie Brajon (chercheuse à l’INRAE au sein de l’UMR PEGASE et éthologue) présente ses résultats de recherche sur la perception positive de l’humain par le porcelet. 

Il découle de ses diverses expérimentations que les porcelets ont une motivation innée à approcher un humain non menaçant mais que seuls ceux qui sont habitués au contact se laissent toucher

« On a pu remarquer que seulement quelques minutes de contact par jour suffisaient à l’établissement d’une relation ».

Sophie Brajon

En outre, l’importance du stade fœtal est également mise en avant : si le porcelet a été familiarisé in utero à des voix humaines, ces dernières auront un effet apaisant en situation de stress une fois né. Pour améliorer les pratiques d’élevage en filière porcine, il s’agit donc de prendre en compte ces capacités sensorielles et cognitives

Sophie Brajon présente ensuite le projet PIGORAMA de l’INRAE auquel elle participe, qui vise à travailler au développement de systèmes d’élevages porcins alternatifs conciliant bien-être animal et attentes des éleveurs.

Les actualités en matière de bien-être animal 

Le Bœuf Ethique : premier abattage mobile en France  

Emilie Jeannin (éleveuse de bovins de race charolaise) a eu l’idée de développer un projet d’abattage mobile afin d’avoir la main sur l’ensemble du processus d’élevage et favoriser le bien-être de ses animaux jusqu’aux portes de l’abattoir. 

« Comme on préserve les animaux du transport, ils restent dans leur environnement naturel jusqu’au bout, dans leur milieu olfactif, avec leurs congénères, avec leur troupeau, leur lot, il n’y a pas cette rupture de groupe et d’environnement ». 

Emilie Jeannin

Le principe est le suivant : des caissons d’abattage se déplacent de ferme en ferme pour réaliser l’abattage des bovins directement chez l’éleveur. 

Les avantages selon Emilie Jeannin sont évidents : moins de stress pour le bovin qui n’est pas transporté ni isolé de ses congénères, pour l’éleveur qui a le contrôle sur les conditions de vie et d’abattage de son animal et pour le consommateur avec une qualité de viande notable. 

« L’idée est de s’attacher à bien faire les choses, tant d’un point de vue sanitaire qu’éthique ». 

Emilie Jeannin

Si l’abattoir mobile est en service en Bourgogne depuis fin août 2021, le chemin a été long pour voir le projet aboutir : trouver des sources de financements (notamment via des financements participatifs), lever les obstacles administratifs et règlementaires, s’affranchir des pressions exercées par différents acteurs… 

« L’abattoir est arrivé mi-août à la ferme. On a fait le premier abattage le 25 août sur nos vaches. C’était assez chouette car les animaux sont restés au pré jusqu’au dernier moment, j’ai été en chercher un petit lot qu’on a amené, on en a passé une dans l’abattoir et on a ramené les autres au pré à pied. Ça s’est très bien passé. Depuis le mois d’août on a abattu une quarantaine de bête sur 8 fermes différentes ».

Emilie Jeannin

Les formations bien-être animal à destination des éleveurs (table ronde)

Les formations en bien-être animal à destination des éleveurs et des professionnels sont présentées par :

  • Christian Engel, en charge de l’organisation et de l’animation des programmes de formation ruminants au sein du cabinet le Chêne Vert, membre de l’association du LIT Ouesterel, 
  • Mathilde Clauss Saulnier, consultante chez Phylum qui a notamment participé à la réalisation du guide pratique bien-être animal Danone, 
  • Florent Auguste, formateur en bien-être animal pour la SNGTV, 
  • Alice de Boyer des Roches, maître de conférence à VetAgro Sup et membre de la Chaire bien-être animal, en charge des formations écornage et « médical training » des équidés.

Aujourd’hui des outils de formation existent en matière de bien-être animal, qu’il s’agisse de formations généralistes ou plus techniques. Elles peuvent allier des modalités différentes : modules dispensés en e-learning ou modules pratiques réalisés sur le terrain, les formations en matière de bien-être animal doivent avant tout être axées sur les besoins spécifiques de chaque éleveur/professionnel, en prenant en compte le temps qu’il lui est possible d’allouer à de tels dispositifs. 

Après son passage au Sénat, nouveau décryptage de la proposition de loi de lutte contre la maltraitance animale

Après son adoption par l’Assemblée nationale le 29 janvier 2021, la proposition de loi est arrivée au Sénat qui l’a discutée le 29 et 30 septembre 2021. Le texte a été adopté après avoir été substantiellement modifié. Pour vous aider à vous y retrouver, la Chaire bien-être animal vous propose un état des lieux des modifications opérées par les sénateurs et sénatrices en partant des mesures initiales votées par les députés en janvier.