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Fin de la castration à vif des porcelets

Depuis le 1er janvier 2022, les éleveurs n’ont plus la possibilité de pratiquer la castration (à vif ou non) des porcelets (arrêté du 24 février 2020). Celle-ci ne pourra être réalisée que par un vétérinaire, sauf dérogation.

Pourquoi castrer les porcs ?

La castration des porcelets est une pratique effectuée sur les porcelets mâles pour éviter l’odeur de verrat de la viande. Il s’agit d’une odeur ou d’un goût indésirable qui apparaît lors de la cuisson du porc et qui provient de substances chimiques (androstérone et scatol) produites par des mâles sexuellement matures.

Elle vise aussi à limiter l’agressivité et le comportement sexuel des mâles entiers, qui peuvent constituer des facteurs de risques pour l’éleveur et les autres porcs.

Avant la nouvelle réglementation, la castration était réalisée avant 7 jours d’âge, à vif et sans anesthésie. Elle générait un stress et de la douleur avec l’incision de l’épiderme et le prélèvement des testicules à l’intérieur du scrotum.

Ce qui change

La castration à vif est interdite depuis le 31 décembre 2021.

La castration doit maintenant être réalisée par un vétérinaire et sans déchirement des tissus avec l’obligation a minima de traitement analgésique ou antalgique.

Cependant, par dérogation, les détenteurs de porcs domestiques mâles et leurs salariés peuvent pratiquer eux-mêmes la castration des porcs domestiques mâles âgés de 7 jours ou moins, dans les conditions suivantes :

  • Pouvoir prouver un besoin spécifique d’approvisionnement en viande de porc mâle castré dans le cadre d’un signe d’identification de qualité et de l’origine ou par des contraintes imposées au producteur,
  • Elle doit être réalisée avec l’utilisation de traitements analgésiques et anesthésiques locaux après avoir suivi obligatoirement une formation (au plus tard le 31 décembre 2022).

Cette formation se compose de deux parties :
– Un premier module théorique, en distanciel, à valider avant toute première pratique de castration (portant sur les gestes techniques, les règles d’usage des médicaments vétérinaires et les modalités de tenue du registre d’élevage),
– Un second module individualisé et sur site, doit ensuite être suivi dans les 6 mois suivant l’obtention du premier module.

Pour en savoir plus :
CastraBEA : utilisation de traitements anesthésiques et analgésiques par l’éleveur

Les alternatives à la castration

La Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires (SNGTV) s’est officiellement positionnée contre la castration chirurgicale (avec ou sans anesthésie) :

Des alternatives à la castration existent en effet, même si elles comportent également des inconvénients.

1. Produire des porcs entiers

Abattre des mâles non castrés à un âge antérieur à la maturité sexuelle (poids maximal d’environ 110 kg) évite l’apparition des hormones responsables de l’odeur de verrat.

Cela nécessite cependant de développer d’autres pratiques qui limitent l’agressivité entre les porcs (suffisamment d’espace, pas de mélange d’individus qui ne se connaissent pas, etc.) et cela peut entraîner des qualités de viande non favorable à la transformation.

2. Utilisation des « nez »

Seule une minorité des carcasses dégage une odeur de verrat. Il est donc possible d’utiliser des « renifleurs » humains ou électroniques à l’abattoir pour détecter les carcasses odorantes et les orienter dans un circuit de transformation sans cuisson (jambon, saucisson).

3. L’immunocastration

Il s’agit d’une vaccination qui retarde la puberté en neutralisant les hormones de l’axe gonadotrope par des anticorps spécifiques. Cette immunisation consiste en la suppression de l’hormone mâle de libération de gonadotrophine (GnRH) qui inhibe la synthèse de LH, ce qui à son tour inhibe la sécrétion de testostérone ainsi que la fonction et le développement testiculaires.

La méthode a été validée par l’UE comme n’étant sans danger sur la santé publique. La sécurité de l’éleveur est garantie par l’utilisation d’un pistolet d’injection sécurisé.

La SNGTV préconise l’arrêt de la castration chirurgicale et encourage de ce fait l’élevage de mâles entiers, avec ou sans immunocastration.

Pour aller plus loin

Effet de la castration sur le bien-être des porcelets (2013) – E. Mainau, D. Temple, X. Manteca

Communiqué SNGTV/AVPO sur la castration des porcelets

McGill Blogs : Immunocastration des porcs d’engraissement : ça passe ou ça casse ?

Lien vers l’arrêté qui prévoit l’interdiction de la castration à vif des porcelets

Lien vers l’instruction technique visant à encadrer la dérogation de la castration chirurgicale des porcelets sous anesthésie et analgésie par les détenteurs et leurs salariés

Lien vers les protocoles de castration choisis


Interview – L’association Bien-être Animal LIT Ouesterel cherche à réconcilier élevage et société

Aujourd’hui, nous interrogeons Raphaël Guatteo, professeur en médecine bovine et gestion de la santé des bovins à Oniris et membre de l’association LIT Ouesterel.

🎙 « Il s’agit de réconcilier élevage et société en essayant d’emmener un maximum d’éleveurs et d’acteurs des filières dans une démarche d’amélioration du bien-être animal »

Raphaël Guatteo

Quand est née l’association LIT Ouesterel et quels étaient les objectifs ? 

L’association en tant que telle est née début 2020 mais les prémisses remontent à 2017 avec la construction d’un consortium qui in fine a fini par se constituer en association en vue de répondre à un appel d’offre dans le cadre du PIA 3 sur l’appel à projet Territoires d’Innovations, le troisième appel des fonds d’investissement d’avenir. Donc la genèse date de 2017 mais l’association en tant que telle date de 2020. Quant à son objectif, il s’agit de réconcilier élevage et société en essayant d’emmener un maximum d’éleveurs et d’acteurs des filières dans une démarche d’amélioration du bien-être animal, sachant que pour l’instant les trois filières ciblées sont porcs, volailles et bovins laitiers. Très rapidement nous allons toutefois nous diriger vers le bovin viande, la filière œuf, etc. Il s’agit à la fois de travailler à l’élaboration de référentiels bien-être en co-construction avec l’AEBEA (Association Etiquette Bien-être Animal), d’aller vers l’identification d’innovations favorables au bien-être animal, en les repérant si elles existent déjà, ou éventuellement en les construisant ensemble puis en les évaluant dans un réseau de fermes-pilotes. L’objectif est aussi de ne pas perdre de vue l’aspect marketing et financier en s’assurant du consentement à payer du consommateur ou à défaut de mettre en œuvre les démarches nécessaires pour que les éleveurs soient payés en retour de leurs efforts.

🎙 « L’idée était plutôt de former un bouillon de culture et d’idées en mettant autour de la table toutes les parties prenantes »

Raphaël Guatteo

Est-ce une association ou un laboratoire (puisque l’on parle d’un Laboratoire d’Innovation Territoriale ) ? Quels sont les différents partenaires impliqués dans le projet ?

Il s’agit vraiment d’une association loi 1901. L’expression Laboratoire d’Innovation Territoriale a été utilisée pour coller aux mots-clés de l’appel à projet PIA 3, qui étaient « territoire d’innovation ». Ainsi les mots « territoire » et « innovation » étaient importants, tout autant que de travailler en mode « living lab », en laboratoire vivant. C’est vrai que l’expression « laboratoire vivant » peut prêter à confusion car les gens s’imaginent certainement quelqu’un en train de faire de la recherche sur une paillasse. L’idée était plutôt de former un bouillon de culture et d’idées en mettant autour de la table toutes les parties prenantes, c’est-à-dire les éleveurs, les consommateurs, les ONG welfaristes, les instituts techniques, les transformateurs, les partenaires privés du secteur. Nous sommes également bien une association territoriale dans la mesure où notre association a pour l’instant trois territoires pilotes qui sont un peu les locomotives et qui se situent dans trois régions : Bretagne (Communauté de communes du Kreiz Breizh), Pays de la Loire (Communauté de communes du Pays d’Ancenis) et Normandie (Pays d’Argentan, d’Auge et d’Ouche). Chaque territoire s’est donné un objectif. Celui de Bretagne est centré sur les porcs, celui de Normandie plutôt sur les bovins laitiers et le pâturage et celui des pays de la Loire sur les volailles. Aujourd’hui, l’association se compose de 56 partenaires et chacun se répartit en fonction de son objet d’intérêt entre les territoires pilotes chargés d’initier des projets en lien avec leur domaine de prédilection. 

Quel est votre rôle au sein de l’association ?

Je représente Oniris (L’École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique) au sein de l’association, Oniris qui par ailleurs héberge cette association. L’association est également organisée avec différents organes de direction dont un conseil d’administration qui permet de représenter l’ensemble des partenaires qui sont répartis entre 9 collèges. A ce titre, je représente le collège de l’enseignement supérieur et de la recherche dont font partie l’INRAE, l’Institut Agro, Oniris, l’ESA d’Anger et l’Anses. Plus particulièrement, au sein de l’association, je suis en charge de suivre les actions de formation

De façon générale, le LIT Ouesterel rencontre-t-il le soutien des scientifiques et des éleveurs ? 

L’association commence à être connue grâce aux scientifiques, le porteur du projet au départ étant l’INRAE. Le CNR BEA (Centre National de Référence pour le Bien-Être Animal) est également invité aux réunions du LIT, permettant de renforcer cet encrage scientifique. Pour ce qui est des éleveurs, nous avons, parmi les partenaires, de grandes coopératives, des associations d’éleveurs, les instituts techniques. Les éleveurs qui sont en poste de responsabilité et de représentation sont bien au courant de notre existence. Pour ce qui est de l’éleveur lambda, je ne pense pas qu’il ait forcément entendu parler de notre association. Je pense toutefois que nous commençons doucement à nous faire connaître notamment grâce à notre « traque aux innovations ». Par exemple, en Normandie, des laiteries, des coopératives sont sollicitées pour essayer d’identifier chez les éleveurs des choses qui seraient plutôt vertueuses. Cela permet de nous mettre en lien avec eux et de faire connaître un peu le LIT Ouesterel. 

🎙 « Il faut trouver le compromis entre quelque chose qui soit vraiment informatif pour le consommateur, bénéfique pour l’animal  tout en permettant d’amener un maximum de professionnels dans une démarche d’amélioration » 

Raphaël Guatteo

Dans les ambitions revendiquées sur le site de l’association, il est fait mention d’une volonté de créer un étiquetage ou un label. Est-ce déjà en réflexion ? Si oui, quelle forme est susceptible de prendre cette labellisation ? 

Au tout départ, avant même la création de l’association, il existait la volonté d’aller sur un référentiel valorisable au travers d’un étiquetage. Il se trouve que dans le courant du montage du projet et juste avant la création de l’association en tant que telle, un premier étiquetage bien-être animal sur les volailles a vu le jour sous l’impulsion de l’AEBEA. Nous nous sommes dits que ce n’était pas la peine de multiplier les initiatives. Donc désormais, le LIT travaille de concert avec l’AEBEA. Au moment où nous nous sommes rapprochés, nous avions pratiquement fini de travailler sur le référentiel volailles et donc il y a eu une sorte d’hybridation de leur référentiel et du nôtre, avec une mise en commun des travaux. Actuellement, nous menons un travail conjoint pour le référentiel et l’étiquetage en porc, sachant qu’il s’agit bien de l’AEBEA qui porte cet étiquetage. Le LIT est partenaire de la réflexion. Cela est d’autant plus important qu’il existe une crainte du côté des éleveurs d’être stigmatisé ou d’être pour la plupart associés à une catégorie jugée pas suffisamment protectrice du bien-être animal. Il faut trouver le compromis entre quelque chose qui soit vraiment informatif pour le consommateur, bénéfique pour l’animal tout en permettant d’amener un maximum de professionnels dans une démarche d’amélioration. 

🎙 « Il peut en effet parfois exister de petits changements en termes de pratiques d’élevage qui ne sont pas forcément très coûteux et qui peuvent avoir un grand effet sur le comportement des animaux, sur leur bien-être »

Raphaël Guatteo

Une autre ambition affichée est celle de permettre à l’élevage français de reconquérir des parts de marché et d’augmenter la rémunération des éleveurs. Comment le LIT Ouesterel compte-t-il s’y prendre ? 

En associant des partenaires comme Carrefour, Système U, qui sont très actifs au sein de l’association, nous allons essayer de mener des initiatives locales pour tester de nouveaux systèmes et voir si cela est susceptible d’attirer les consommateurs et de correspondre à leurs attentes. Nous allons d’abord tester l’étiquetage bien-être animal et voir s’il est parlant et compréhensible. Nous essayons aussi de travailler avec les producteurs pour identifier les marges de gain possibles en essayant de démontrer que les hauts niveaux de bien-être ne sont pas toujours associés à des coûts d’investissement très élevés. En dehors des bâtiments et installations – qui peuvent effectivement vite chiffrer – il peut en effet parfois exister de petits changements en termes de pratiques d’élevage qui ne sont pas forcément très coûteux et qui peuvent avoir un grand effet sur le comportement des animaux, sur leur bien-être. Enfin communiquer activement sur nos résultats doit servir à cette ambition.

🎙« Nous espérons à terme que le grand public s’empare du projet et vienne directement formuler ses besoins, l’objectif final étant bien de réconcilier élevage »

Raphaël Guatteo

Quelles sont les actions à destination du grand public que l’association envisage de mettre en place ? 

Les actions à destination du grand public ont déjà commencé avec une initiative qui s’appelle « Animagine » qui est déclinée dans les 3 territoires et qui est déjà bien en marche. L’objectif est d’essayer de réfléchir à l’élevage de porc et de bovin de demain ainsi que de tester via les PAT l’acceptabilité de telles démarches. Un concours a d’ailleurs été ouvert à tous invitant à dessiner l’élevage de porcs de demain. Dans une optique de co-construction, on invite aussi les gens à venir discuter, à poser leurs questions avec des intervenants qui peuvent être de différents horizons. J’ai participé en juin à une soirée « Élevage et bien-être, on en parle ? ». Il y avait des éleveurs, des citoyens, des gens de la distribution, des scientifiques. Ce sont des moments de rencontre et d’échange. L’idée est d’intensifier ces événements à destination du grand public pour faire mieux connaître le projet et ses réalisations. Si pour le moment nous menons la barque, nous espérons à terme que le grand public s’empare du projet et vienne directement formuler ses besoins, l’objectif final étant bien de réconcilier élevage et société.

ℹ️ Pour en savoir plus, n’hésitez pas à :
– consulter le site internet du LIT Ouesterel
– vous rendre sur le site internet de l’étiquette bien-être animal

Préserver et protéger les animaux sauvages en liberté ? Interview de Louis Schweitzer et de Sophie Hild, président et directrice de la Fondation Droit Animal Ethique et Sciences

Le mardi 16 novembre 2021, la Fondation Droit Animal Ethique et Sciences (LFDA) a organisé un colloque dédié à l’animal sauvage afin d’aborder la question de sa préservation et de sa protection en tant qu’individu sensible.

Pour un aperçu de l’ensemble du programme, vous pouvez suivre ce lien.

La Chaire bien-être animal était présente pour assister au colloque. Nous avons ainsi eu l’opportunité d’interviewer Louis Schweitzer, président de la LFDA, et Sophie Hild, directrice de la LFDA. Une bonne occasion d’en apprendre davantage sur le travail de la LFDA, ses engagements envers les animaux, et ses ambitions pour assurer la protection de la sensibilité des animaux sauvages en état de liberté.

Interview de Louis Schweitzer, président de la LFDA

Au cours de cette interview, nous avons abordé le parcours de Louis Schweitzer, son rôle en tant que président du comité d’éthique vétérinaire, les activités de la LFDA dont son projet d’étiquetage bien-être animal et, enfin, les enjeux autour de la prise en compte de la sensibilité de l’animal sauvage libre, thème du colloque du 16 novembre.

Interview de Sophie Hild, directrice de la LFDA

« L’objectif de la LFDA est d‘assurer la mise en commun de connaissances pluridisciplinaires dans le but d’améliorer les relations entre les humains et les autres animaux, d’améliorer la protection de ces derniers, de leur témoigner le respect que nous leur devons en tant qu’êtres vivants. » 

Sophie Hild

Pouvez-vous nous présenter la LFDA, les sujets dont elle traite et les partenaires avec lesquels elle travaille ?

La Fondation Droit Animal Ethique et Sciences se définit comme un groupe de réflexion pluridisciplinaire. C’est d’ailleurs une de ses forces. L’objectif de la LFDA est d‘assurer la mise en commun de connaissances pluridisciplinaires dans le but d’améliorer les relations entre les humains et les autres animaux, d’améliorer la protection de ces derniers, de leur témoigner le respect que nous leur devons en tant qu’êtres vivants. Pour cela, on travaille à la fois avec les institutions, l’État, les organismes de recherche, les professionnels de l’élevage, etc., et nous essayons aussi de sensibiliser le public à tous ces sujets. 

Quel est votre parcours et votre rôle au sein de la LFDA ?

Au niveau de mon parcours, j’ai fait des études en éthologie et j’ai réalisé ma thèse en Norvège à l’école vétérinaire norvégienne. Je suis actuellement directrice de la LFDA et je suis donc en charge du bon fonctionnement de la fondation de façon générale, aussi bien d’un point de vue de la gestion, de l’administration, de la communication et aussi concernant les dossiers de fond. Nous sommes actuellement 4 salariés au sein de la LFDA, dont une étudiante en alternance. A nous quatre, nous tâchons de faire tourner la fondation sachant que nous nous occupons de tous les types d’animaux, les animaux d’élevage, d’expérimentation, les animaux sauvages, etc. Cela représente donc beaucoup de travail. On développe ainsi à la fois des argumentaires juridiques, scientifiques, et éthiques, là encore toujours sous un angle pluridisciplinaire. Par ailleurs, au niveau de la communication, nous nous efforçons de partager le fruit de nos réflexions, nos recommandations à travers notre site internet, une revue trimestrielle et l’organisation de colloques, comme celui qui a eu lieu récemment sur les animaux sauvages. 

« Une de nos premières forces a été de légitimer le combat en faveur des animaux en lui offrant une forme de reconnaissance institutionnelle. »

Sophie Hild

Quelles sont les principales avancées permises par la LFDA ? 

De façon générale, notre particularité vient d’une sorte de garantie de sérieux, de rigueur dans les arguments que nous avançons. Lorsque l’on travaille pour l’amélioration de la protection animale, on risque souvent de ne pas être pris au sérieux, en étant taxé de militant ou d’extrémiste. Une de nos premières forces a été de légitimer le combat en faveur des animaux en lui offrant une forme de reconnaissance institutionnelle. De façon générale, nous apportons ainsi une caution de rigueur

De façon plus précise, nous avons beaucoup travaillé à faire modifier le droit qui était en retard par rapport à la science au niveau des connaissances que l’on avait des animaux, de leur sensibilité, de leur capacité à souffrir par la faute de l’Homme. Ainsi, nous avons été créés en 1977 et en 1978 nous avons proclamé la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal qui était une déclaration qui voulait remettre l’être humain au sein du règne animal. C’était une déclaration qui a eu beaucoup de retentissement à l’époque, avec l’organisation d’une cérémonie internationale, avec beaucoup de pays présents.  En 2018, pour les 40 ans, nous avons d’ailleurs décidé de remettre la déclaration à jour pour qu’elle soit directement applicable dans le droit en faisant preuve d’un tout petit peu plus de réalisme et de pragmatisme. Cette nouvelle version se compose désormais de 8 articles. 

Nous avons par ailleurs travaillé à modifier le Code pénal, en particulier, en 2004 en incluant les sévices sexuels au sein des délits punis. Aujourd’hui, avec la proposition de loi de lutte contre la maltraitance animale, nous voyons d’ailleurs que nous commençons enfin à avancer un peu plus sur ce sujet, avec la pénalisation du partage et du visionnage de vidéos zoopornographiques par exemple. 

Nous avons encore beaucoup travaillé à faire évoluer le Code civil. C’est un combat qui nous animait il y a déjà plus de 20 ans. En 2005, nous avons pu remettre au garde des Sceaux par notre secrétaire générale de l’époque, qui était magistrate, un rapport juridique sur les animaux qui préconisait ce qui a été obtenu 10 ans plus tard, en 2015, à savoir l’inclusion de la notion de sensibilité des animaux dans le Code civil. C’était vraiment une grande avancée pour nous au niveau juridique. Maintenant nous demandons aussi que les actes de cruauté soit punis pour les animaux sauvages en liberté, ce qui n’est actuellement pas le cas, alors que les humains sont capables des pires atrocités à leur encontre. 

Nous avons aussi obtenu au début des années 1980 l’étiquetage des œufs de poules pondeuses. Auparavant, nous ne pouvions pas savoir si les œufs étaient pondus par des poules en cage, des poules en plein air, etc. A la fin des années 1970, nous avons entamé une action avec l’OABA en nous associant par ailleurs à des consommateurs pour que le mouvement prenne de l’ampleur. Nous avons ainsi réussi à obtenir l’étiquetage du mode d’élevage des poules pondeuses sur les œufs. Cela a été traduit dans un règlement européen

Aujourd’hui, force est de constater que le droit peine malheureusement à davantage évoluer. Nous avons ainsi décidé de passer par le droit souple qui est le droit des contrats et des conventions. Nous avons créé l’étiquette bien-être animal, qui n’est pas l’objet de réglementation pour l’instant mais qui est le fruit d’accords, d’actions volontaires pour, là encore, permettre au consommateur d’influencer les conditions d’élevage des animaux dans leurs actes d’achat. 

« Nous proposons d’inclure dans le Code pénal, qui punit la maltraitance mais seulement à l’égard des animaux sous la garde de l’Homme, les animaux sauvages en liberté à la liste des animaux protégés contre la cruauté humaine. »

Sophie Hild

Suite au colloque du 16 novembre 2021, qu’espérez-vous pour les animaux sauvages en liberté ?

Nous espérons vraiment que le droit prenne mieux en compte les animaux sauvages en liberté en tant qu’individus. Nous souhaitons que le droit puisse mieux les considérer et les protéger contre la maltraitance et la cruauté humaine. Aujourd’hui, les animaux sauvages en liberté ne sont en effet considérés que sous l’angle de leur appartenance à une espèce ou à travers l’effet négatif qu’ils peuvent avoir sur l’humain et les activités humaines, comme on le voit avec la catégorie des ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts), anciennement appelés « nuisibles ». On ne les considère finalement pas, pour l’instant, dans le droit en tout cas, comme des êtres pouvant être victimes d’abus de la part de l’humain à titre individuel. C’est pour cela que nous proposons d’inclure dans le Code pénal, qui punit la maltraitance mais seulement à l’égard des animaux sous la garde de l’Homme, les animaux sauvages en liberté à la liste des animaux protégés contre la cruauté humaine.

« Au niveau de leur capacité à souffrir, les deux, le renard et le chien, ont exactement la même sensibilité. » 

Sophie Hild

La maltraitance de l’animal sauvage libre : une réelle problématique ? 

Il suffit de regarder certaines vidéos disponibles en ligne où l’on voit des gens qui font souffrir des animaux sauvages. J’ai en tête cette vidéo d’un renard blessé avec une arme à feu par des chasseurs avec l’un d’entre eux qui saute à pieds joints dessus. Je ne sais pas si l’objectif était de l’achever, une balle aurait été plus humaine… Aujourd’hui, si quelqu’un en France agit de la sorte à l’encontre d’un renard, il ne risque rien. Vous faites la même chose à un chien qui appartient à quelqu’un, vous risquez d’être poursuivi, de payer une amende, voire d’aller en prison. Or, au niveau de leur capacité à souffrir, les deux, le renard et le chien, ont exactement la même sensibilité

« Dans un monde parfait, nous laisserions juste les animaux sauvages évoluer et vivre leur vie. Aujourd’hui nous empiétons vraiment sur leurs espaces de vie. Il faut se demander ce que nous pouvons faire pour ne pas détruire leur monde mais, en même temps, sans devenir l’architecte de tout ce qui s’y passe. »

Sophie Hild

Quelle est votre définition du bien-être animal ? Peut-on se dire qu’un animal sauvage ne peut être en état de bien-être qu’en évoluant libre dans un espace naturel non détérioré par l’Homme ?

J’aime beaucoup la définition de l’ANSES de 2018. Je pense ne pas pouvoir ajouter grand-chose à cette définition très complète qui prend en compte à la fois les besoins physiologiques, comportementaux, les attentes de chaque animal. C’est vraiment une définition qui met l’animal au centre. On y voit bien la différence entre bien-être et bientraitance. 

Concernant la deuxième question, c’est un point très intéressant. Nous partons plutôt du principe que nous n’avons pas à nous mêler du bien-être de l’animal sauvage libre. S’il est en libre évolution, il ne sera pas forcément en état de bien-être : peut-être qu’il aura faim, froid, peut-être qu’il sera pourchassé par un prédateur, mais quelque part cela ne nous regarde pas. C’est sa vie. Là où nous sommes concernés, c’est lorsque nous sommes responsables d’un impact sur son bien-être, c’est-à-dire si nous polluons son environnement, si nous détériorons son habitat. Là, nous commençons à avoir une certaine responsabilité… Mais dans ce cas, on ne parle pas vraiment de bien-être. Il s’agit plutôt de lui garantir des conditions de vie qui lui permettent d’exprimer sa nature. Il y a d’ailleurs un courant de pensée auquel nous n’adhérons pas qui est le Rwas (« Reducing Wild-Animal Suffering »), qui prône une véritable intrusion dans le monde animal libre. Au nom de la réduction de la souffrance pour les animaux, les tenants de cette vision vont dire qu’il faut intervenir dans la prédation et empêcher les prédateurs de se nourrir de proies. Ils n’ont pas tous un discours aussi extrême mais, pour nous, cela apparaît fortement dangereux : un écosystème est quelque chose d’excessivement complexe avec des interactions, des mécanismes qu’il est nécessaire de maîtriser sinon on peut avoir des effets boomerang désastreux. De façon générale, l’intervention de l’être humain dans le monde sauvage libre est quelque chose de très dangereux. Cela doit être fait de façon très réfléchie, méticuleuse, selon une démarche scientifique éprouvée. Dans un monde parfait, nous laisserions juste les animaux sauvages évoluer et vivre leur vie. Aujourd’hui nous empiétons vraiment sur leurs espaces de vie. Il faut se demander ce que nous pouvons faire pour ne pas détruire leur monde mais, en même temps, sans devenir l’architecte de tout ce qui s’y passe.

Replay des conférences

Si vous souhaitez voir (ou revoir!) les interventions, n’hésitez pas à aller visionner le replay des conférences :