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Le sens du métier d’éleveur

Sens du métier d'éleveur

Quel sens a aujourd’hui le métier d’éleveur ? À travers le regard d’Anne-Charlotte Dockès, cette vidéo revient sur la richesse et la diversité des missions des éleveurs.

Anne-Charlotte Dockès est ingénieure agro-économiste et travaille à l’Institut de l’élevage (IDELE), où elle dirige le département « Approches sociales et transfert ».

La vidéo interroge les défis actuels du métier : climatiques, économiques et sociétaux, ainsi que la place de l’éleveur dans une société de plus en plus éloignée de ses réalités, et les enjeux de reconnaissance qui en découlent.

Avoir un métier qui est accepté par le reste de ses concitoyens, c’est absolument indispensable.

Anne-Charlotte Dockès

Au programme

  • 0:00 : Pouvez-vous vous présenter ?
  • 0:24 : Quel est le sens du métier d’éleveur pour les éleveurs ?
  • 1:15 : Quelles difficultés rencontrent les éleveurs dans leur métier ?
  • 2:18 : Depuis quand existe ce questionnement sociétal sur l’élevage ?
  • 3:56 : Comment la relation élevage-société impacte-t-elle les éleveurs ?

Retranscription

Retranscription - Le métier de soigneur animalier

Pouvez-vous vous présenter ?

Anne-Charlotte Dockès

Bonjour, je m’appelle Anne-Charlotte Dockès et je travaille à l’Institut de l’Élevage, où je dirige le département « Approches sociales et transfert ».

Quel est le sens du métier d'éleveur pour les éleveurs ?

Anne-Charlotte Dockès

Le métier d’éleveur a plusieurs sens pour les éleveurs. Tout d’abord, il s’agit de la relation à l’animal et à la nature, qui constitue le point focal de la définition du métier selon les éleveurs.

Il y a aussi l’utilité sociale du métier, notamment le fait d’apporter des aliments sains et de qualité, ainsi que d’entretenir des espaces et des paysages de qualité.

Le métier d’éleveur est également riche de sa diversité. On est en contact physique avec les animaux, avec des machines et avec la nature. Il implique de la gestion, de la comptabilité et un intérêt pour l’entrepreneuriat.

Enfin, c’est un métier de relations : des relations commerciales pour ceux qui font de la vente, une relation directe avec le producteur, des relations de voisinage, ainsi qu’un lien avec des conseillers et d’autres éleveurs.

Quelles difficultés rencontrent les éleveurs dans leur métier ?

Anne-Charlotte Dockès

Il y a le travail, il y a les questions d’astreinte, les questions de métier, du quotidien, qui peuvent être jugées pénibles par certains éleveurs. Selon les périodes et selon la conjoncture, il y a également des difficultés économiques qui peuvent être liées à des aléas économiques ou climatiques.

Ensuite, les changements globaux et sociaux récents sont aussi un facteur d’incertitude et d’inquiétude. Un certain nombre d’éleveurs, sont fortement remis en question par les enjeux climatiques et doivent transformer fondamentalement leur mode d’élevage.

Le deuxième axe de difficulté dans ce domaine global et sociétal, c’est la vision que la société a de l’agriculture et la remise en question d’un certain nombre de pratiques, ce qui peut générer des difficultés de compréhension d’une part, et d’autre part, d’acceptation de ces visions sociétales par les éleveurs. Cela peut engendrer des sentiments de colère, de frustration et d’incompréhension.

Depuis quand existe ce questionnement sociétal sur l'élevage ?

Anne-Charlotte Dockès

Depuis toujours, la société est concernée par l’élevage. De très nombreux citoyens étaient eux-mêmes éleveurs, en lien avec l’élevage, ou en lien avec des familles d’éleveurs.

Aujourd’hui, on observe une plus grande distance entre les citoyens et l’élevage. Plus que 2 % de nos concitoyens sont directement concernés par des activités d’élevage ou en lien avec l’élevage.

Cette distance, aussi liée à l’urbanisation, fait qu’il y a une connaissance moins grande du métier. Cependant, on a toujours une assez bonne image globale de l’élevage, près de 80 % des citoyens ont une très bonne image de l’agriculture et de l’élevage. Mais en parallèle, la connaissance de la réalité du métier d’éleveur reste assez moyenne, voire faible. Ce qui a changé par rapport à il y a une cinquantaine d’années, c’est cette distanciation.

Ensuite, un certain nombre de controverses ont émergé progressivement autour de l’élevage. Elles ont commencé à apparaître et se sont surtout développées dans les années 1990 avec les questions environnementales. À partir des années 2000, on a observé une émergence croissante des questions de bien-être animal.

Un troisième champ de controverse concerne les questions de santé. La crise de la vache folle a véritablement constitué une rupture fondamentale dans les relations entre élevage et société. C’est à partir de ce moment que l’on peut dater la remise en question d’un certain nombre de pratiques d’élevage par nos concitoyens. Ils ont notamment réalisé à cette occasion qu’ils connaissaient mal la façon dont l’élevage fonctionnait en réalité.

On peut donc parler d’un avant et d’un après crise de la vache folle dans les relations entre élevage et société.

Comment la relation élevage-société impacte-t-elle les éleveurs ?

Anne-Charlotte Dockès

Avoir un métier qui est accepté par le reste de ses concitoyens, c’est absolument indispensable. Le reste des concitoyens, c’est à la fois au niveau local, avec des élevages acceptés localement, et au niveau général, en étant fier de son métier et en se sentant bien dans la société.

Une des raisons du choix d’exercer le métier d’éleveuse ou d’éleveur réside dans le sens que procure ce métier, dans la relation aux animaux et dans le plaisir de l’exercer. Les éleveurs parlent même de passion pour exercer leur métier.

Cependant, la perte de sens, et notamment les relations parfois tendues entre l’élevage et la société, constitue une des raisons de démotivation pour certains éleveurs. C’est également un facteur qui peut freiner l’installation de nouveaux éleveurs et limiter l’attractivité de la profession.

à retenir

Avoir un métier qui est accepté par le reste de ses concitoyens, c’est absolument indispensable.

Anne-Charlotte Dockès