
Le métier d’éleveur est-il toujours attractif aujourd’hui ? À travers le regard d’Anne-Charlotte Dockès, cette vidéo revient sur la richesse et la diversité des missions des éleveurs.
Anne-Charlotte Dockès est ingénieure agro-économiste et travaille à l’Institut de l’élevage (IDELE), où elle dirige le département « Approches sociales et transfert ».
Elle fait le point sur les disparités d’attractivité entre filières et identifie trois leviers d’action concrets pour attirer et retenir les éleveurs de demain : l’image du métier, les conditions d’accès à l’installation et les conditions d’exercice.

Si on veut renforcer l’attractivité des métiers de l’élevage, on peut jouer autour de trois axes : l’image du métier, les conditions d’accès au métier et les conditions d’exercice.

Anne-Charlotte Dockès
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Retranscription
Retranscription - Le métier d’éleveur : toujours attractif ?
Pouvez-vous vous présenter ?

Anne-Charlotte Dockès
Bonjour, je m’appelle Anne-Charlotte Dockès et je travaille à l’Institut de l’Élevage, où je dirige le département « Approches sociales et transfert ».
Quels sont les grands enjeux du métier d'éleveur ?

Anne-Charlotte Dockès
On peut identifier une première série d’enjeux dans le domaine économique. La production en France connaît une certaine diminution, alors que la consommation reste stable. À court terme, cela contribue à faire monter les prix des produits, ce qui est plutôt favorable à l’équilibre des revenus des éleveurs. Mais de manière plus structurelle, cette situation nous amène à importer davantage, des importations qui ne respectent pas forcément les mêmes normes environnementales ou de bien-être animal, et qui peuvent introduire des produits à bas prix venant concurrencer directement nos filières.
Au-delà de ces enjeux économiques, un deuxième enjeu s’avère particulièrement important : celui du renouvellement des actifs en agriculture.
Que dire sur le renouvellement des actifs en agriculture ?

Anne-Charlotte Dockès
Selon les secteurs, les taux de renouvellement sont très variables. Les filières bovins lait et bovins viande affichent les taux les plus faibles : seulement 40 à 50 % des fermes trouvent un repreneur.
D’autres filières sont nettement plus attractives : les petits ruminants renouvellent leurs actifs à près de 100 %, les filières porcs et volailles ainsi que les grandes cultures se situent autour de 80 %.
Quant au maraîchage, il connaît actuellement un véritable engouement, avec un taux de renouvellement dépassant lui aussi les 100 %.
Pourquoi une telle différence d'attractivité selon les filières ?

Anne-Charlotte Dockès
Les métiers de l’élevage sont plus touchés par la perte d’attractivité que les autres métiers agricoles, en raison de deux difficultés spécifiques : une charge de travail plus importante, et des revenus qui ont été plus faibles en élevage de ruminants que dans les autres filières.
La différence d’attractivité entre les bovins laitiers et les petits ruminants ne s’explique pas par la charge de travail, comparable dans les deux cas. Elle tient plutôt à un accès plus facile aux filières de petits ruminants, et au fait que, pour des personnes non issues du milieu agricole, travailler avec de petits animaux est moins intimidant. Les filières ovines et caprines ont par ailleurs fourni un travail important pour faire connaître leurs métiers et attirer de nouveaux actifs. Elles offrent également des débouchés en transformation à la ferme et en vente directe, particulièrement attractifs pour des nouveaux entrants dans le secteur agricole.
Comment améliorer l'attractivité du métier d'éleveur ?

Anne-Charlotte Dockès
Pour renforcer l’attractivité des métiers de l’élevage, trois axes peuvent être mobilisés.
Le premier est l’image du métier, c’est-à-dire donner une vision juste et positive des réalités du métier d’éleveur, via des actions de communication avec des témoignages d’éleveuses, d’éleveurs et de salariés, qui montrent les réalités, l’intérêt et la diversité de ce métier.
Le deuxième axe est celui des conditions d’accès au métier : que les parcours à l’installation soient clairs et facilitants, que la charge administrative ne soit pas trop complexe, et que des solutions existent sur le foncier et le cheptel, avec des accompagnements portés par des collectivités territoriales, des coopératives ou des associations.
Le troisième axe concerne les conditions d’exercice du métier : une fois installés, les éleveurs doivent pouvoir exercer leur activité dans des conditions conformes à ce qui leur a été présenté. Cela passe notamment par un travail sur la qualité de vie au travail, afin d’éviter les déceptions liées à une charge sous-estimée, mais aussi par un accompagnement technique et économique permettant d’atteindre des niveaux de revenus satisfaisants.
à retenir
- Les métiers de l'élevage font face à une double tension économique : une production française en recul face à une consommation stable, et un recours croissant à des importations qui ne respectent pas toujours les mêmes normes environnementales et de bien-être animal.
- Le renouvellement des actifs est très inégal selon les filières, allant de 40 à 50 % en bovins lait et viande à plus de 100 % en maraîchage et petits ruminants.
- Améliorer l'attractivité des métiers de l'élevage suppose d'agir sur trois axes : l'image du métier, les conditions d'accès à l'installation et les conditions d'exercice.

Si on veut renforcer l’attractivité des métiers de l’élevage, on peut jouer autour de trois axes : l’image du métier, les conditions d’accès au métier et les conditions d’exercice.

Anne-Charlotte Dockès




