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Interview d’Estelle Prietz, responsable de la Commission Protection Animale au sein du Conseil National de l’Ordre des Vétérinaires

A l’occasion des Carrefours de l’Innovation Agronomique, nous avons interviewé Estelle Prietz, élue au Conseil National de l’Ordre des Vétérinaires (CNOV) et responsable de la Commission Protection Animale. Nous abordons avec elle les missions du CNOV, notamment en matière de bien-être animal, ainsi que ses actions concrètes. De façon plus générale, nous évoquons le rôle du vétérinaire, qui est par définition sentinelle du bien-être animal. Cette interview est également l’occasion de parler de l’association Vétérinaire pour Tous, destinée à promouvoir l’accès aux soins pour tous les animaux en France.

Au programme :
0’16 : Qu’est ce que le Conseil National de l’Ordre des Vétérinaires ?
1’15 : Pouvez-vous nous citer des actions concrètes ?
1’42 : Bien-être animal : quel rôle pour les vétérinaires ?
3’15 : Plus généralement, quel est votre regard sur la question du bien-être animal aujourd’hui ?

Quand on mange de la viande de bœuf on mange vraiment du bœuf, VRAI ou FAUX ?

Réponse rédigée en partenariat avec Marie-Pierre Ellies de Bordeaux Sciences Agro :

Bien souvent faux !

Pourtant, certains plats de la gastronomie française indiquent être faits à partir de viande de bœuf, le bœuf bourguignon par exemple, et de nombreux restaurants proposent des plats à base de bœuf, de même que de nombreuses enseignes de distribution font la promotion de « foires au bœuf » … alors que la viande ne provient pas toujours d’un bœuf !

Source : https://www.icatalogue.fr/i/geant-casino/foire-au-boeuf-604445

C’est de fait autorisé car la réglementation[1] ne précise pas les catégories de bovins, nécessairement âgés de plus de 8 mois, pouvant être commercialisées sous l’appellation générique « viande de bœuf ». 

Et oui, il est possible d’appeler « viande de bœuf », la viande provenant des catégories de bovins suivantes :

  • les génisses de boucherie : il s’agit des bovins femelles n’ayant pas encore vêlé (c’est-à-dire n’ayant pas encore donné naissance à un veau). Elles sont généralement abattues entre 30 et 36 mois ;
  • les vaches qui représentent les bovins femelles ayant vêlé au moins une fois et qui, une fois arrivées au terme de leur carrière de production (production laitière ou production allaitante[2]), sont « réformées » ;
  • les taureaux : il s’agit des mâles adultes non castrés. Ils sont très peu présents en élevage bovins et sont principalement utilisés pour la reproduction ;
  • les taurillons ou jeunes bovins : il s’agit des mâles non castrés et abattus généralement entre 14 et 24 mois ; 
  • les bœufs : il s’agit des mâles adultes castrés et abattus généralement à l’âge de trois ans.

💡En résumé !
La « viande de bœuf » peut donc désigner aussi bien de la viande de génisses de boucherie, de vaches de réforme, de taurillons et de bœufs !

Quelle est la proportion de bœufs dans la production et dans la consommation française ?

En 2021, la France a produit  1,28 millions de Tonnes Equivalent Carcasse[4](pour en savoir plus sur la TEC voir la fin de notre article !), dont :

  • 30 % étaient des taurillons ou des taureaux
  • 47 % des vaches, ce qui correspond à environ 1,65 millions de vaches
  • 17 % des génisses 
  • et seuls 5 % étaient des bœufs, ce qui correspond à environ 144 000 bœufs, soit 10 fois moins que les vaches !

Ce qui est intéressant de souligner également est que 68% de cette production provient d’animaux qui ont été élevés pour produire de la viande (filière viande ou allaitante) et que 32% provient d’animaux dont la vocation première était de produire du lait (filière laitière), et dont la viande est une finalité secondaire.

Pour ce qui est de la consommation, en 2021, la France a consommé 1,29 millions de Tonnes Equivalent Carcasse. Cela correspond environ à 23.6 Kgec (Kg équivalent carcasse) par habitant et par an[5], ce qui équivaut à environ 60g de viande par jour et par français.

Sur l’ensemble de la consommation : 

  • 16% provenait de taurillons et de taureaux
  • 60% de vaches
  • 18% de génisses
  • Et 6% de bœufs
Source : estimations GEB-Institut de l’Élevage, % tonnage de Gros Bovins : https://www.grands-troupeaux-mag.fr/wp-content/uploads/2021/10/Chiffres-cles-bovins-2021.pdf

Le différentiel dans la proportion des différentes catégories d’animaux entre production et consommation s’explique par les exportations et les importations. Même si les échanges représentent un faible volume, la France exporte des carcasses de taurillons et importe des quartiers avant et des pièces de viande provenant de vaches. La quasi-totalité de ces échanges se font avec des pays européens.

Pour préserver l’environnement, il est nécessaire toutefois que cette consommation de viande bovine diminue en privilégiant encore plus les productions françaises afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées au transport et lutter contre le réchauffement climatique.

💡En résumé !
En France, nous consommons donc essentiellement de la viande provenant de vaches, très majoritairement nées et élevées en France (laitières et allaitantes), et très peu de viande provenant de bœufs

Quels sont les principales caractéristiques des différents types de production ?

Le type d’animal a un effet significatif sur les caractéristiques de la carcasse. 

Ainsi, les taurillons ont des poids et des rendements carcasse plus élevés que les bœufs, les génisses et les vaches. 

Les taurillons ont cependant une note d’état d’engraissement[6] plus faible par rapport aux bœufs, aux génisses et aux vaches. Pour le dépôt de gras, le gras « persillé »[7], est important. En effet, il a été démontré que l’accumulation de ce dépôt adipeux a un impact important sur la qualité organoleptique[8] de la viande bovine. Ainsi, des travaux scientifiques montrent, avec des tests faits à l’aveugle, que les consommateurs préfèrent les viandes persillées aux viandes maigres, tant en France[9] qu’à l’étranger[10]. La présence de gras intramusculaire permet d’améliorer la flaveur, la jutosité et indirectement la tendreté de la viande[11].

Or, le gras persillé est un gras qui se dépose tardivement chez l’animal et tous les animaux ne déposent pas du gras aussi rapidement. Cela dépend en effet de leur précocité[12]. Plus l’animal est précoce, plus les dépôts de gras seront précoces et importants[13].

Il existe une différence de précocité : 

  • entre les races : ainsi, les races laitières sont par exemple plus précoces que les races allaitantes,
  • entre les sexes : les femelles déposent plus de persillé que les mâles, et les bœufs ont un statut intermédiaire, 

Les différents types d’animaux n’ont, de même, pas la même morphologie, ce qui peut avoir des conséquences sur la proportion des différents morceaux de viande. Ainsi par exemple, les races à viande ont un rendement supérieur par rapport aux vaches laitières et un taurillon aura un développement important des quartiers « avant », une femelle un développement plus important des quartiers « arrière » et un bœuf un développement plus équilibré.

Enfin, produire un bœuf, ou plus généralement un animal âgé, représente un coût plus important. En effet, l’indice de consommation augmente avec l’âge, c’est-à-dire que pour produire un kilo de viande, il faudra fournir plus d’aliment à l’animal. Qui plus est, garder l’animal coûte également plus de paille, nécessite plus de soins vétérinaires et occupe le logement plus longtemps, donc il s’agit là d’une réelle « stratégie » d’élevage.

Pour résumer ce que nous venons de dire :


En bonus, pour en savoir plus sur la Tonne équivalent carcasse (TEC) et sur le rendement carcassse :

Pour comprendre cette dernière illustration, il est important de noter que la carcasse d’un animal inclut les muscles, le gras et les os mais ne comprend plus le poids des organes ou de la peau. Le poids de la carcasse est donc plus faible que le poids vif de l’animal vivant. La différence entre le poids vif et le poids de la carcasse est ce qu’on appelle le rendement carcasse. Pour autant, le poids de la carcasse ne correspond pas au poids qui est acheté par le consommateur, la viande étant en partie désossée et dégraissée après sortie de l’abattoir et avant mise en rayon. Un kilo de viande de bœuf dans les rayons (désossé) correspond ainsi à 1.3 kg équivalent carcasse.

1kg de viande de bœuf acheté dans nos rayons de supermarché correspond ainsi à 1,5kg de carcasse et à 2,7 kg de poids vif (animal vivant)

[1] Voir l’arrêté du 18 mars 1993 relatif à la publicité des prix des viandes de boucherie et de charcuterie : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006082060/. Retour

[2] La production allaitante correspond aux vaches élevées pour la production de viande. Elles font des veaux, qu’elles allaitent, qui sont ensuite élevés pour être abattus et produire de la viande. Le lait des vaches allaitantes n’est pas destiné à la production laitière. Retour

[3]Directives CE 1249/2008 et 1308/2013.

[4] La tonne équivalent carcasse est une unité de mesure qui permet de comparer en poids les produits alimentaires d’origine animale https://www.franceagrimer.fr/FAQ/VIANDES/Viandes-Que-signifie-T.E.C. Pour en savoir plus sur la TEC voir la fin de notre article ! Retour

[5] Source : La consommation de viande en France en 2020 – Synthèses conjoncturelles – Juin 2021 – FranceAgriMer – Agreste avec le SSP. Retour

[6] Note permettant de mesurer les réserves de graisse de l’animal. Retour

[7] Le gras persillé est le gras intramusculaire qui correspond à l’ensemble des dépôts lipidiques présents au sein du muscle. Retour

[8] C’est-à-dire l’activation des organes des sens, et ici particulièrement le goût. Retour

[9] Normand J., Flattard C., Philibert A., (2017). Attentes de consommateurs en matière de qualité de viande bovine, enquête sur la base d’analyse sensorielles. Compte rendu d’étude Institut de l’Elevage et france Agrimer 112. Retour

[10] O’Quinn T.G., Brooks J.C., Polkinghorne R.J., Garmyn A.J., Johnson B.J., Starkey J.D., Rathmann R.J., Miller M.F. (2012). Consumer assessment of beef strip loin steaks of varying fat levels. Journal of Animal Science, 90, 626–634. https://doi.org/10.2527/jas.2011-4282. Retour

[11] https://viandesetproduitscarnes.com/index.php/fr/1195-quels-facteurs-d-elevage-influent-sur-le-depot-de-persille-dans-la-viande-bovine. Retour

[12] La précocité est l’aptitude de l’animal à atteindre rapidement l’état adulte et la composition corporelle de l’individu mature. Retour

[13] https://www.viandesetproduitscarnes.fr/index.php/fr/processtechnologies/851-le-gras-des-animaux-approche-zootechnique. Retour

Interview- Nouvelle aire d’ébat canine dans le 8ème arrondissement de Lyon

Une nouvelle aire d’ébat canine a été aménagée dans le 8e arrondissement pour l’amélioration du bien-être animal et du vivre-ensemble, à proximité du Clos Layat. L’inauguration a eu lieu le samedi 5 mars 2022. Chrystel Bertrand, déléguée à la protection animale du 8ème arrondissement de Lyon, Nicolas Husson, délégué à la protection animale de Lyon et Nathalie Dehan, conseillère métropolitaine en charge d’une mission condition animale, répondent à nos questions ! En bonus, en dessous de la vidéo, Karine Mounier, vétérinaire praticienne à la Clinique vétérinaire de l’Yzeron (http://www.vet-lyzeron.com/), nous donne quelques conseils, non exhaustifs, pour une bonne utilisation de ces aires d’ébat !

« La fréquentation des aires d’ébat présente un intérêt certain pour le chien en termes d’exercice physique et de temps partagé avec son maître mais peut se révéler contre-bénéfique si quelques règles ne sont pas respectées, tant en termes de respect du comportement de l’animal, qu’en termes de sécurité sanitaire.

Comportement

Pour le jeune comme pour l’adulte, arriver dans un regroupement de congénères dans des conditions qui ne sont pas naturelles peut être très impressionnant. Tous les chiens ne sont forcement bien sociabilisés ! Beaucoup sont timides et peuvent ne pas apprécier la première rencontre ! Un professionnel (vétérinaire, éducateur canin) peut vous aider à déterminer si les aires d’ébat sont indiquées pour votre animal. En attendant, quelques conseils que vous pouvez appliquer pour que ce soit un moment agréable :

  • Visiter seul, sans votre animal, l’aire d’ébat dans un premier temps afin de vérifier que l’aire est sérieusement administrée, que le règlement de cet espace est clairement affiché et qu’une double clôture est présente afin d’éviter les fugues. Vous pouvez également vérifier que le milieu est suffisamment enrichi avec notamment des zones de refuge pour votre animal, une zone d’ombre, etc.
  • Lorsque vous amenez votre chien les premières fois :
    • Préférer les heures creuses, voire la première fois privilégier, si possible, un moment où aucun autre chien n’est présent afin de permettre à votre compagnon de prendre tranquillement ses marques.
    • Garder votre animal en laisse. 
    • Evaluer les chiens déjà présents avant de rentrer dans l’aire. 
    • Ne pas forcer votre animal à entrer s’il n’en a pas envie, il pourrait se braquer.
    • Vous pouvez identifier quel maître est avec quel chien, ce qui vous permettra par exemple de le questionner sur le comportement de son chien, sa façon d’approcher les petits nouveaux. Cela vous permettra également d’interpeller le maître en cas de comportement non approprié. 
  • Certaines aires d’ébat ont une zone réservée aux petites races, ce qui rend l’intégration plus facile et limite les risque de blessure par les plus costauds !
  • Ne pas emmener une femelle lorsqu’elle est en chaleurs. D’une manière générale, la stérilisation peut être une bonne idée.
  • Bien maîtriser son animal, s’assurer qu’il répond aux ordres, même lorsqu’il est occupé à interagir avec un nouveau copain. Lorsque les chiens interagissent, laissez-les faire mais soyez attentif à leur comportement. Si les chiens deviennent agressifs, séparez-les… mais s’ils se battent, n’y aller pas avec les mains. Le mieux est de détourner leur attention sur autre chose.

Mais heureusement, tout se passe bien dans la très grande majorité des cas, surtout si les premiers contacts ont été faits de manière adaptée. 

Sécurité sanitaire 

 Il ne s’agit pas de mettre en danger votre compagnon… aussi, assurez-vous que :

  • La couverture vaccinale est suffisante : pour le chiot, il est recommandé d’attendre la fin du protocole vaccinal de votre animal. Les anticorps que sa maman a transmis à votre protégé disparaissent progressivement et les rappels vaccinaux permettront de stimuler à terme son immunité propre. Tant que le protocole n’est pas terminé, cette protection peut être fragile et il est donc préférable de ne pas fréquenter une aire d’ébats. Quant à l’adulte, il doit être à jour de ses vaccins.

Remarque : Une vaccination contre la toux de chenil est fortement recommandée : cette maladie souvent bénigne n’est pas très agréable mais elle est surtout TRES contagieuse en cas de regroupements de chiens. La vaccination se fait très simplement : elle peut être administrée jusqu’à 3 jours avant le regroupement, pour une durée de protection d’un an !

  • La couverture parasitaire de votre animal est suffisante, que ce soit contre les parasites externes (puces et tiques) ou internes (vers). Ces petits parasites n’ont aucun mal à s’intégrer dans les aires d’ébats, eux, si nous leur en laissons l’occasion !
  • Si vous avez des doutes sur l’état sanitaire de votre animal, il est préférable de reporter la visite à une prochaine fois
  • Pensez à apporter un bol d’eau : les aires d’ébats n’en contiennent généralement pas pour des raisons sanitaires.
  • Et bien penser à ramasser les déjections de vos animaux à chaque fois

Et bien entendu, discutez-en avec votre vétérinaire pour qu’il puisse vous donner des conseils adaptés à votre animal ! »

Karine Mounier, vétérinaire praticienne à la Clinique vétérinaire de l’Yzeron (http://www.vet-lyzeron.com/)