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Les haies sont indispensables au bien-être des animaux vivant en plein air, VRAI ou FAUX ?

VRAI

Les haies sont bénéfiques au bien-être des animaux.                                                                        

à retenir

Une haie est une clôture végétale composée d’herbes, de broussailles, d’arbustes et même d’arbres servant à délimiter un domaine, une propriété ou un champ. Elle peut avoir été plantée ou avoir poussé naturellement.

La haie est définie par l’Inventaire Forestier National (IFN) comme une structure linéaire gérée par l’homme, d’une largeur maximale de 10 mètres et comportant au minimum trois arbres séparés au maximum de 10 mètres les uns des autres[1].

Un peu d’histoire… et de géographie

Les haies font partie de nos paysages depuis de nombreuses années. Néanmoins, depuis le début du XXème siècle, pour de multiples raisons, elles se font de plus en plus rares. En effet depuis 1950, d’après une étude de l’association Solagro datant de 2006, près de 70% des haies du territoire français ont disparu soit 1,4 million de kilomètres[2].

Cela s’explique tout d’abord par l’aménagement foncier rural qui a entrainé une réduction de la quantité des haies sur notre territoire afin d’avoir des parcelles moins morcelées. D’autre part, la modernisation agricole et le recul des élevages en plein air ont participé à la diminution des prairies permanentes et, par conséquent, à la disparition des haies. Enfin, la croissance de l’urbanisation contribue à la réduction des surfaces agricoles. 

La raréfaction des haies semble toutefois actuellement ralentir grâce à une prise de conscience environnementale globale, avec même la volonté de mettre en place une réimplantation de haies. A titre d’exemple, l’objectif du gouvernement via le plan « Plantons des haies ! » a été de parvenir à la plantation de 7000 km de haies sur la période 2021-2022.

En ce qui concerne la répartition de haies sur l’hexagone, on peut souligner que les régions de l’Ouest comme la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire ont une densité de haies assez importante en comparaison avec d’autres régions comme les Hauts-de-France ou encore la Nouvelle-Aquitaine. En Bretagne, par exemple, la densité de haies peut atteindre presque 110 m par ha alors que, dans d’autres régions, elle n’est que de 20m par ha[3].

Titre : Carte de densité des haies en France métropolitaine
Source : OFB (https://www.ofb.gouv.fr/haies-et-bocages-des-reservoirs-de-biodiversite)

Alors pourquoi les haies ont-elles un impact positif sur le bien-être des animaux ?

Les haies ont plusieurs effets bénéfiques sur le bien-être des animaux :

  • Elles permettent l’expression de certains comportements naturels des animaux
  • Elles favorisent un meilleur confort thermique des animaux, d’autant plus essentiel aux vues des perspectives climatiques.

Le saviez-vous ?

Des panneaux photovoltaïques sont de plus en plus implantés dans les prairies des ovins afin de fournir les mêmes effets positifs que les haies, on parle alors "d'agrivoltaïsme". Dans ce cas de figure, de l'énergie est produite grâce aux panneaux et l'herbe située en dessous pousse mieux grâce à la protection assurée par ces derniers. À noter que ce type d'installation exige d'être placé à une hauteur minimale de 1.1 mètre afin d'éviter toute blessure et faciliter la surveillance des animaux [4].

Attention toutefois, l'installation de panneaux photovoltaïques ne doit pas se faire au détriment des surfaces agricoles.

L’effet des haies sur le confort thermique des animaux

Les haies permettent de protéger les animaux contre la chaleur, le froid, le vent et les intempéries. Dans un contexte de dérèglement climatique, de fortes sécheresses et canicules apparaissent, comme nous avons pu le constater durant l’été 2022, avec des animaux qui souffrent de la chaleur.

Les animaux qui sont élevés en plein air une partie de l’année ont besoin d’ombre pour se protéger des fortes chaleurs en été, grâce à un abri qui peut être naturel (arbres et haies) ou artificiel. Cela est d’autant plus important que les animaux n’ont pas la même zone de confort thermique que les humains et craignent souvent bien plus la chaleur que nous !  Par exemple, il a été observé que les truies peuvent utiliser l’ombre des arbres et des haies pour réguler leur température lors de périodes chaudes[5].

De même, en cas de fortes intempéries et de vents violents, les animaux peuvent s’abriter sous les haies qui agissent ainsi comme des brise-vent[7].  De cette manière, la vitesse du vent peut être diminuée de 30 à 50%. Les haies peuvent donc permettre de protéger les animaux du froid. Les animaux utilisent alors moins d’énergie pour maintenir leur température corporelle à un niveau acceptable. Le coût de thermorégulation est alors réduit, ce qui limite les impacts négatifs du stress thermique sur le bien-être et la productivité des animaux. 

Pour en savoir plus sur l’effet du froid sur les bovins :

Le saviez-vous ?

La thermorégulation représente l'ensemble des processus permettant à un animal de maintenir sa température interne dans des limites normales quelle que soit la température du milieu ambiant. Elle repose sur un équilibre constant entre les apports et les pertes de chaleur.

En résumé !

Les haies sont de réels outils pour permettre aux animaux de s’adapter et d’atténuer les impacts négatifs liés au dérèglement climatique sur leur bien-être et leur santé. Elles sont des leviers d’action durables qui doivent être utilisés au maximum pour la gestion de pâturages. Elles sont essentielles aux besoins vitaux des animaux vivant à l’extérieur qui subissent en premier les changements climatiques. 

Autres avantages des haies sur le bien-être animal …

Outre l’amélioration du confort thermique, les haies présentent de nombreux autres avantages pour le bien-être des animaux.

Pour les volailles, des parcours arborés peuvent être créés. Ces derniers sont constitués notamment de haies permettant aux volailles d’exprimer leur comportement naturel et améliorer leur confort. En effet, selon une étude, le risque de picage des plumes était réduit de 9 fois dans les groupes où plus de 20 % des volailles utilisaient des parcours extérieurs[8]. Par ailleurs, la présence du parcours arboré augmente le comportement exploratoire des volailles, qui utilisent alors mieux le parcours. En effet, elles se sentent notamment plus en sécurité vis-à-vis des prédateurs[9]. L’existence de haies et d’arbres dans les parcours apparaît donc comme importante pour le bien-être et le confort des volailles.

Le saviez-vous ?

Certains labels exigent la présence de parcours arborés pour les animaux. À titre d'exemple, le cahier des charges du Label Rouge plein air ainsi que celui de l'Étiquette bien-être animal niveau A exigent un parcours arboré permettant aux poulets de chair de bénéficier de 2 mètres carrés chacun. Pour les poules pondeuses, le cahier des charges du Label Rouge prévoit un parcours arboré avec 5m2/poule.

Les haies jouent d’autres rôles : elles peuvent également servir d’apports nutritifs (fourrage d’appoint) pour les animaux, surtout lors de périodes de sécheresse où la pousse de l’herbe est limitée.  « Lorsque les prairies sont sèches en été, les feuilles d’arbres encore vertes constituent un appoint alimentaire, comme celles du mûrier blanc, très riches en protéines. D’autres feuilles comme celles du frêne, du tilleul, de l’aulne ou du saule, sont dotées de vertus médicinales », indique Yves Étignard, président du Groupement d’Intérêt Ecologique et Economique (GIEE) Prairies DOR[10]

Les haies peuvent également fournir des compléments alimentaires : châtaignes ou glands pour les porcs, comme l’indique le témoignage de certains éleveurs[11]. Néanmoins, à noter que toutes les espèces végétales ne sont pas sans danger pour les animaux, et certaines haies peuvent être toxiques pour eux, il faut donc rester vigilant. 

Les vaches préfèrent même parfois les haies à l’herbe qui est pourtant abondante au début du printemps[12]

Enfin, les bovins et même les chevaux peuvent utiliser les haies pour se gratter, leur apportant ainsi du confort. A noter que le grattage est un des comportements naturels essentiel au bien-être des bovins. Il a même été montré que le comportement de grattage des animaux grâce aux arbres était mieux exprimé avec des haies/arbres qu’avec une brosse[13].

Pour les caprins, les arbres leur permettent aussi d’exprimer leur comportement naturel « d’escalade». En effet, les chèvres préfèrent se coucher et s’alimenter sur des surfaces surélevées, ce comportement est dû à une stratégie d’évitement face aux prédateurs et leur permet ainsi de réduire leur stress[14].

Par ailleurs, les haies constituent un véritable lieu de vie pour d’autres animaux… plus petits ! En effet, elles créent un microclimat[15] où oiseaux (ex. bécasse), petits mammifères (ex. lapins de garenne) et insectes cohabitent, mangent ou encore se reproduisent. Les haies sont de véritables écosystèmes. De plus, grâce aux haies, les sols ont une meilleure capacité de rétention de l’eau (les haies ralentissent le ruissellement et favorisent l’infiltration de l’eau dans les sols). L’érosion  éolienne ou hydrique des sols s’en trouve ralentie. 

Au final, les haies contribuent fortement au bien-être animal, humain et à la préservation de l’environnement. Elles s’inscrivent ainsi parfaitement dans une démarche durable de « One Welfare », signifiant un seul « bien-être » pour les Hommes, les animaux et l’environnement (Pour en savoir plus sur le concept de One Welfare, n’hésitez pas à consulter cette vidéo).

En résumé !

Les haies possèdent de nombreux avantages pour le bien-être des animaux d’élevage. Elles sont un réel outil de protection, de confort, de réduction du stress et d’amélioration de l'alimentation des animaux.

Pour résumer

Pour aller plus loin

Les haies jouent également le rôle de puits de carbone, permettant aux parcelles avec haies de présenter une capacité de stockage du CO2 supérieure à des parcelles sans haies. Grâce aux projets de recherche AgForward – Promotion des pratiques agroforestières pour favoriser le développement rural en Europe (EU 2014-2017) et Carbocage – Vers la neutralité Carbone des territoires (Ademe 2016-2019), des chercheurs de l’INRAE ont en effet montré un effet significatif des haies sur les stocks de carbone des sols des parcelles adjacentes, jusqu’à une distance de 3 mètres. D’un point de vue écologique et climatique, les haies constituent un véritable atout pour la planète

[1] https://inventaire-forestier.ign.fr/spip.php?article597 .

[2] Philippe POINTEREAU et Frédéric COULON, « La haie en France et en Europe : évolution ou régression, au travers des politiques agricoles », 2006. Disponible sur: https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-35258-rnhc.pdf.

[3] « Haies et bocages : des réservoirs de biodiversité ». Disponible sur : https://www.ofb.gouv.fr/haies-et-bocages-des-reservoirs-de-biodiversite.

[4] inn’ovin, « Produire des ovins sous panneaux photovoltaïques au sol ». Disponible sur : https://www.inn-ovin.fr/produire-des-ovins-sous-panneaux-photovoltaiques-au-sol/.

[5] S.-L. A. Schild, L. Rangstrup-Christensen, M. Bonde, et L. J. Pedersen. (2018). The use of a shaded area during farrowing and lactation in sows kept outdoors. Applied Animal Behaviour Science, 209, https://doi.org/10.1016/j.applanim.2018.08.019.

[6] Idele, Cniel (centre national interprofessionnel de l’économie laitière), « Impacts du stress thermique sur les vaches laitières », août 2021. Disponible sur: https://idele.fr/umt-ebis/?eID=cmis_download&oID=workspace%3A%2F%2FSpacesStore%2F6e71a361-6b6e-460d-a140-aed81d7c8e89&cHash=50557fae57f74ca602d0212ba1ae25bd.

[7] Direction de l’environnement et de le biodiversité du conseil général Calvados, « Les haies bocagères », mars 2010. Disponible sur: https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwi479L-mvH6AhXNxoUKHXJlBr0QFnoECBAQAQ&url=http%3A%2F%2Fwww.valdarry.fr%2Fmedias%2Ffiles%2Fguide-des-haies.pdf&usg=AOvVaw3F7r52xgMMT9aJvRVT_9iq.

[8] C.J. Nicol , C. Pötzsch , K. Lewis & L.E. Green. (2003). Matched concurrent case-control study of risk factors for feather pecking in hens on free-range commercial farms in the UK. British Poultry Science, 44(4), https://doi.org/10.1080/00071660310001616255.

[9] A.C. Fanatico, J.A. Mench, G.S. Archer, Y. Liang, V.B. Brewer Gunsaulis, C.M. Owens, A.M. Donoghue. (2016). Effect of outdoor structural enrichments on the performance, use of range area, and behavior of organic meat chickens, Poultry Science, 95(9), https://doi.org/10.3382/ps/pew196.

[10] « Les bienfaits des haies pour les exploitations agricoles ». Disponible sur : http://biodiversite.gouv.fr/actualite/les-bienfaits-des-haies-pour-les-exploitations-agricoles.

[11] « De l’arbre et du cochon ». Disponible sur : https://www.viandesetproduitscarnes.fr/index.php/en/144-environnement–elevage/724-de-l-arbre-et-du-cochon.

[12]S. Vandermeulen, C. A. Ramírez-Restrepo, C. Marche, V. Decruyenaere, Y. Beckers, and J. Bindelle. (2018). Behaviour and browse species selectivity of heifers grazing in a temperate silvopastoral system. Agroforestry Systems, 92, https://dx.doi.org/10.1007/s10457-016-0041-x.

[13] D. Kohari, T. Kosako, M. Fukasawa, et H. Tsukada. (2007). Effect of environmental enrichment by providing trees as rubbing objects in grassland: Grazing cattle need tree-grooming, Animal Science Journal, 78 (4), https://doi.org/10.1111/j.1740-0929.2007.00455.x.

[14] G. Zobel, H. W. Neave, et J. Webster. (2019). Understanding natural behavior to improve dairy goat (Capra hircus) management systems, Translational Animal Science, 3(1), https://doi.org/10.1093/tas/txy145.

[15] Thomas Vanneste, Sanne Govaert, Fabien Spicher, Jörg Brunet, Sara A.O. Cousins, Guillaume Decocq, Martin Diekmann, Bente J. Graae, Per-Ola Hedwall, Rozália E. Kapás, Jonathan Lenoir, Jaan Liira, Sigrid Lindmo, Kathrin Litza, Tobias Naaf, Anna Orczewska, Jan Plue, Monika Wulf, Kris Verheyen, Pieter De Frenne. (2020). Contrasting microclimates among hedgerows and woodlands across temperate Europe. Agricultural and Forest Meteorology, 281, https://doi.org/10.1016/j.agrformet.2019.107818.

à retenir

CHIFFRE CLÉ

70%

des haies du territoire français ont disparu depuis 1950.