Home » Actualités

Category Archives: Actualités

Quel est le lien entre maltraitance animale et humaine et quel est le rôle du vétérinaire ?

Dominique Autier-Derian, vétérinaire comportementaliste, nous parle aujourd’hui du lien qu’il existe entre maltraitance animale et humaine. En effet, de plus en plus d’études, notamment conduites dans les pays anglo-saxons, montrent que maltraitance animale et humaine sont souvent concomitantes. La présence de violence avérée sur un animal peut être le marqueur d’une violence élargie à l’encontre de l’ensemble des membres du foyer. Il est également établi qu’il existe un lien entre la violence de l’adulte et l’exposition durant l’enfance à des actes de violence, y compris à l’encontre d’un animal. D’ailleurs la loi de lutte contre la maltraitance de novembre 2021 a entériné ce dernier risque puisque elle prévoit qu’en cas de sévices graves, actes de cruauté ou atteinte sexuelle à l’encontre d’un animal, la présence d’un mineur constitue une circonstance aggravante. Elle établit également qu’en cas de maltraitance avérée perpétrée par un mineur à l’encontre d’un animal, le service d’aide sociale à l’enfance devra veiller au repérage et à l’orientation dudit mineur.

Nous abordons également avec Dominique Autier-Derian le rôle de sentinelle du vétérinaire dans le signalement des maltraitances à l’encontre des animaux, mais aussi des humains. Ce rôle a été réaffirmé à l’occasion de l’adoption de la loi de lutte contre la maltraitance animale en 2021 (pour retrouver notre décryptage) qui autorise le vétérinaire à lever le  secret professionnel en cas d’actes de cruauté, de sévices graves ou à caractère sexuel perpétrés à l’encontre d’un animal, là où auparavant seul le vétérinaire sanitaire avait obligation de rapporter tout manquement susceptible de « présenter un danger grave pour les personnes ou les animaux » (article L.203-6 du Code rural). 

Au programme :

  • 0’47 : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la théorie du lien ?
  • 2’37 : Les études qui prouvent le lien entre maltraitance animale et humaine sont-elles françaises ou existe-t-il des questionnements similaires dans d’autres pays ?
  • 5’50 : Comment définir une maltraitance et existe-t-il différentes catégories de maltraitances ? 
  • 8’52 : De la maltraitrance humaine doit-elle être suspectée pour tout type de maltraitrances animales constatées ?
  • 10’20 : Quel est, selon vous, le rôle des vétérinaires dans la prévention des maltraitances animales et humaines ?
  • 11’13 : Comment sensibiliser les vétérinaires à toutes ces questions ? 
  • 12’54 : Est-il pertinent selon vous d’inclure les auxiliaires vétérinaires dans la prévention et la prise en charge des maltraitances ? 
  • 14’13 : Pensez-vous que la levée du secret professionnel prévue par la loi de lutte contre la maltraitance de novembre 2021 est une bonne chose ? Que va changer cette levée du secret professionnel ? 
  • 18’01 : Quelque chose à ajouter pour sensibiliser au lien entre maltraitance animale et humaine ? 

En complément :

  • Thèses citées dans la podcast : Marine FOUQUET 2011 & Hélène BERTHAUT 2015
  • Retrouvez notre décryptage de la loi de lutte contre la maltraitance ici et notre décryptage du premier décret d’application ici
  • Retrouvez notre résumé du guide à l’usage des vétérinaires pour repérer les signes de maltraitance chez les animaux et les humains réalisé par l’Association contre la Maltraitance Animale et Humaine (AMAH) :

En bonus, une infographie pour vous aider à comprendre la distinction entre les formes de maltraitances (extraite du guide AMAH) :

Comment les vétérinaires équins prennent-ils en compte le bien-être des équidés dans leur pratique ? Focus sur la « Clinéquine » de VetAgro Sup (partie 2/2)

Si la prise en compte du bien-être animal est inhérente à la pratique vétérinaire, il paraît pertinent de s’intéresser dans les faits aux moyens mis en place par les vétérinaires sur le terrain ! Nous avons choisi d’aborder, dans un premier temps, l’exercice vétérinaire équin en effectuant une série d’entretiens destinée à en mettre en lumière les spécificités. 

Après notre première interview consacrée à Bertrand Olonde, vétérinaire équin en ambulatoire, nous nous intéressons à la Clinique des équidés, dite « Clinéquine » de VetAgro Sup. Pour ce faire, nous nous sommes entretenus avec Agnès Benamou Smith, vétérinaire et maître de conférence en médecine équine, et Olivier Lepage, professeur de chirurgie équine et directeur du Pôle de compétences en santé équine.

Interview d’Agnès Benamou-Smith

Comment les étudiants sont-ils formés à une meilleure prise en compte des questions BEA dans le cadre d’une hospitalisation ?

Au fil de leur cursus, les étudiants vétérinaires reçoivent dès la première année, des cours généralistes sur le comportement des animaux de plusieurs espèces animales, essentiellement domestiques, et sur les interactions des animaux avec leur environnement de vie. Ces enseignements sont complétés par des travaux pratiques en immersion avec certaines espèces animales (ruminants, équidés, carnivores, nouveaux animaux de compagnie). L’objectif est de bien comprendre le comportement des animaux, d’empêcher l’anthropomorphisme qui sous-tend malheureusement beaucoup des relations entre humains et animaux, et d’interagir avec respect vis-à-vis des besoins des animaux, dans l’esprit des 5 libertés qui sont au centre de la bientraitance animale.

Cet enseignement est effectué auprès des équidés par le biais d’un troupeau pédagogique habitant sur le site de VetAgro Sup, et qui est également suivi par un groupe d’étudiants volontaires dans le cadre d’une initiative « ADOPT a HORSE » que j’ai initiée en 2017. Cette initiative apporte une interaction bienveillante et positive régulière auprès de ces équidés. Ce groupe d’étudiants est initié à cette interaction par une formation pratique initiale renforçant la notion de pansage, et celle d’interaction positive.

Dans le cadre d’une hospitalisation, les étudiants de 3ème et 4ème année sont déjà formés aux besoins physiologiques et comportementaux des équidés en situation normale. Durant leur immersion en milieu hospitalier, les étudiants sont également initiés à la gestion particulière (pansage, alimentation adaptée) du cheval hospitalisé, ainsi qu’à la détection de la douleur et de ses manifestations (perte d’appétit, digestion anormale, perte des interactions normales, impossibilité de se mouvoir normalement) par l’usage régulier de fiches analysant les scores de douleur (score facial essentiellement). Ces évaluations sont discutées quotidiennement en rondes cliniques et permettent d’ajuster la gestion médicale de l’équidé ainsi que sa gestion alimentaire et ses sorties.  Il est difficile de prendre en compte toutes les particularités individuelles des chevaux hospitalisés, mais nous sommes vigilants par exemple sur la population d’équidés âgés, qui sont assez fréquents dans l’hôpital, et qui d’après mon expérience sont plus fragiles et donc plus impactés par le stress de l’hospitalisation.   

Comment accompagner les propriétaires vers une meilleure prise en compte du BEA ?

Depuis plus de 10 ans, il est clair que nous sommes de plus en plus sollicités par les détenteurs de chevaux sur des problématiques liées à la qualité de vie de leur équidé et sur les moyens humains ou matériels qu’ils peuvent adapter à leurs chevaux pour résoudre des problèmes de santé. Précédemment, un certain mode de vie était imposé de facto aux chevaux. Actuellement, beaucoup de propriétaires cherchent à offrir un environnement plus adapté à leurs besoins comportementaux.  Pourtant, avec une certaine démocratisation de l’équitation, il est clair qu’il existe aussi un vrai déficit de connaissances même parmi les initiés. Il est nécessaire de mieux leur expliquer les facteurs à l’origine de peurs et de stress chez les chevaux, ainsi que ce qui constitue les piliers de l’équilibre de vie des équidés, mais également les bonnes conditions de son apprentissage. C’est en apportant ces compétences larges aux propriétaires que l’on pourra pérenniser une prise en compte satisfaisante du bien-être animal des équidés. Une formation initiale puis régulière des propriétaires, délivrée par des structures de formation telles que la Fédération Française Equine (FFE), l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation (IFCE) ou les écoles vétérinaires, pourrait ainsi apporter une vraie montée en compétences des propriétaires sur tous les aspects relatifs au bien-être des équidés.

Quels sont les points d’attention spécifiques aux chevaux en matière de bien-être ?

En se basant sur les besoins physiologiques et comportementaux propres à cette espèce animale, il semble impératif de veiller à apporter dans tous les cas quelques fondamentaux constitutifs du bien-être des chevaux : 

  • un accès constant à un aliment fourrager en petite quantité et pas trop riche nutritionnellement,
  • un accès à un milieu extérieur varié leur permettant de bouger et d’interagir directement avec des congénères, 
  • des zones abritées permettant de se protéger des aléas climatiques. 

Chez les chevaux utilisés pour le sport, malgré les contraintes imposées par les compétitions et les transports, il devrait être possible, comme c’est assez souvent le cas en endurance équestre, de proposer un environnement similaire même si cela n’est réalisable que de façon plus intermittente. 

En tant qu’animal grégaire et social, c’est bien d’interaction régulière avec ses congénères dont a besoin avant tout un équidé – les contacts avec des êtres humains ne constituant pas des interactions indispensables ni suffisantes.

Il existe également des points plus spécifiques à apporter chez les poulains et jeunes chevaux qui ont besoin par exemple d’interagir avec un animal de référence leur servant de modèle d’apprentissage (cela peut être la poulinière ou un encore un autre équidé adulte).

Pourriez-vous nous donner un exemple d’action conduite pour prendre en compte le bien-être d’un cheval hospitalisé à VetAgro Sup ?

Une de nos actions cruciales sur le cheval hospitalisé se concentre beaucoup sur le fait de limiter la douleur qu’il peut ressentir en relation avec sa maladie. Durant les différentes phases de sa prise en charge médicale ou d’une chirurgie, nous élaborons à plusieurs et en incluant les cliniciens anesthésistes, une action dite « multimodale » qui allie différentes familles de molécules : antiinflammatoires, antalgiques, anesthésiques, et différentes formes d’administrations qui peuvent être systémiques, topiques ou loco-régionales. Par ailleurs, le confort du cheval hospitalisé est un point important qui passe aussi par l’utilisation systématique de sols confortables en caoutchouc adapté à cette utilisation, facilitant le relevé du cheval et évitant les traumatismes et glissades en cas de chutes.

Interview d’Oliver Lepage

Comment l’organisation des hospitalisations et du service permet de prendre en compte le bien-être des équidés au sein de la clinique équine ?

Dès l’arrivée du cheval à la Clinéquine, nous sommes directement attentifs à son bien-être. Avant même qu’il soit descendu du camion, un interne avec son étudiant vient faire les premières constatations pour déterminer le box le plus adapté pour lui.

Exemple de portique

Par exemple s’il est très boiteux, nous faisons en sorte de l’amener à un box tout proche.  S’il arrive en urgence vitale comme une forte hémorragie, nous l’amenons avec le camion directement au box d’induction d’anesthésie en regard de la salle où il sera opéré. S’il ne peut se déplacer par lui-même, nous pouvons recourir à un portique[1] pour l’aider à avancer. S’il ne peut pas se tenir debout ou qu’il se trouve en décubitus, nous utilisons une civière-luge[2] pour le transporter dans un de nos quatre box équipé d’un treuil pour pouvoir ensuite le suspendre dans un harnais. D’autres urgences comme des coliques, des équidés neurologiques ou des nouveau-nés seront amenés directement vers un box dédié dans le Centre d’Urgence Soins Intensifs (CUSI) de la Clinéquine. Le portique et la civière sont fournis par Horse Emergency, un service d’ambulance privé pour chevaux, avec lequel nous collaborons étroitement. Tout est, en tout cas, vraiment prévu dès le début pour éviter au cheval des souffrances évitables. En ce sens, ce service d’ambulance est vraiment essentiel ! De fait, le taux de succès d’un certain nombre de traitements vétérinaires est basé soit sur la rapidité de la prise en charge de l’animal (notamment dans le cadre de colique) soit sur sa bonne immobilisation, notamment pendant le transport, en cas de problème locomoteur, ce qu’assure ce système de portique et de civière. Nous avons ainsi souhaité travailler avec cette entreprise pour diminuer les souffrances de l’animal et assurer un bon taux de succès dans la prise en charge. 

Cheval tenu à l’aide d’un treuil

Ensuite, pour préserver le bien-être des chevaux au cours de leur hospitalisation, pour ceux qui sont en soins intensifs, ils sont placés dans un environnement à 20°C, plus ou moins 5°C en fonction de l’été ou l’hiver, avec donc un système de climatisation et de chauffage. Chaque box est pourvu d’une caméra, ce qui assure une surveillance et une réactivité optimales de la part des soignants. Ces derniers ont également accès aux images via leur téléphone, ce qui permet aux cliniciens Sénior de les consulter de chez eux et de guider les internes sur place. Il faut noter également que si un cheval est contagieux ou suspecté de contagion lors de la consultation d’admission il est amené directement dans un bâtiment spécifique entièrement dédié à ce type de pathologie. Une sorte d’hôpital dans l’hôpital avec également un suivi individuel de chaque patient par vidéosurveillance et avec un salle dédiée à la désinfection du camion ayant servi au transport afin que celui-ci ne propage pas l’infection à d’autres animaux du propriétaire ou du transporteur. 

Donc il existe à la Clinéquine plusieurs dispositifs prévus pour assurer la meilleure prise en charge possible des animaux. 

salle de réveil après anesthésie

Pour aider les chevaux à supporter leur hospitalisation et diminuer leur stress, pour ceux qui le peuvent, ils sont promenés par les étudiants et l’équipe soignante sur le site de l’école qui propose beaucoup d’espace. Nous avons également un box pourvu de musique pour les animaux qui sont immobilisés très longtemps sans possibilité de sortir ou de voir leurs congénères. Pour les autres box, si les chevaux ne peuvent pas être en contact direct (pour des soucis de contagion), ils peuvent en revanche se voir.  Enfin, si la pathologie le permet et que c’est un animal qui a l’habitude de vivre à l’extérieur on lui propose au maximum d’être au pré ou dans des paddocks individuels sur sable pour mieux gérer son alimentation.  

A noter enfin qu’au cours des hospitalisations nous utilisons des récompenses pour aider les chevaux à supporter les soins. 

Enfin, je pense qu’il est important de mentionner que nous avons reçu une labellisation de la part de la filière cheval Rhône Alpes qui montre notre engagement pour le bien-être des chevaux. La plaque se trouve à l’entrée de la Clinéquine et liste les points sur lesquels nous nous sommes engagés. 

Comment l’organisation des hospitalisations et du service permet de prendre en compte le bien-être des équidés au sein de la clinique équine ?

Il faut déjà savoir que la Clinéquine comporte 25 vétérinaires en exercice pour 5 techniciens en santé animale (TSA).  Sauf pour les plus anciens, les vétérinaires ont tous étudié le bien-être animal au cours de leur cursus. Quant aux TSA nous essayons de les recruter avec une licence pro, cursus qui assure également d’avoir engrangé des connaissances en matière de bien-être animal. 

Existe-t-il des initiatives de la Clinéquine pour une meilleure prise en compte du bien-être animal ?

Il est certain que l’on peut toujours faire mieux en matière de bien-être et il faut être ouvert aux nouvelles choses. Un label « Equures » a été mis au point et nous souhaiterions y adhérer. Il s’agit d’un label qualité qui prend en compte l’environnement et le bien-être. Nous avons déjà entamé avec le Pôle Qualité de VetAgro Sup des démarches en ce sens. 

Comme nous avons des missions de recherche et de pédagogie (avec des chevaux dédiés à ces deux missions), nous discutons à l’occasion de la réunion de la Structure bien-être animal (SBEA) prévue par la loi, des améliorations concrètes quotidiennes à apporter (locaux, abris à construire, des clôtures, etc.).

Concernant la partie clinique, il serait bien d’augmenter l’équipe de TSA et d’une manière générale de mieux valoriser l’équipe de soins pour assurer un meilleur bien-être au travail et donc une meilleure disponibilité et prise en compte du bien-être des équidés, dans une optique « One Welfare ». Il est également souhaitable d’investir dans un centre de rééducation incluant marcheur[3],  outils de balnéothérapie et de soins divers. Un tel centre permettrait d’adapter un planning de soins personnalisé qui tient compte de la grande variété d’affections (locomotrices ou autres) que nous recevons à la Clinéquine.  


[1] Le portique est doté d’un harnais et d’un moteur par membre pour permettre au cheval d’être transporté en le soulageant de son poids.

[2] Il s’agit d’un moyen de transporter un cheval couché qui se montre incapable de se tenir debout. La civière est déplacée par un treuil qui amène le cheval dans l’ambulance. Puis le cheval est transporté au box dédié au sein du Centre d’Urgence Soins Intensifs (CUSI) via un autre treuil qui tire l’animal jusqu’au box. 

[3] Il s’agit d’une installation qui permet de promener 5 à 6 chevaux en même temps en cercle. 

Les haies sont indispensables au bien-être des animaux vivant en plein air, VRAI ou FAUX ?

Vrai… Les haies sont bénéfiques au bien-être des animaux car elles permettent :
L’expression de comportements naturels tels que le comportement de grattage chez les ruminants
L’amélioration du confort thermique en procurant de l’ombre durant les périodes de forte chaleur et en fournissant des abris en cas de vent ou de pluie
▸ Parfois une source alimentaire complémentaire au pâturage
▸ De favoriser la biodiversité

Un peu d’histoire… et de géographie

Les haies font partie de nos paysages depuis de nombreuses années. Néanmoins, depuis le début du XXème siècle, pour de multiples raisons, elles se font de plus en plus rares. En effet depuis 1950, d’après une étude de l’association Solagro datant de 2006, près de 70% des haies du territoire français ont disparu soit 1,4 million de kilomètres[2]. Cela s’explique tout d’abord par l’aménagement foncier rural qui a entrainé une réduction de la quantité des haies sur notre territoire afin d’avoir des parcelles moins morcelées. D’autre part, la modernisation agricole et le recul des élevages en plein air ont participé à la diminution des prairies permanentes et, par conséquent, à la disparition des haies. Enfin, la croissance de l’urbanisation contribue à la réduction des surfaces agricoles. 

La raréfaction des haies semble toutefois actuellement ralentir grâce à une prise de conscience environnementale globale, avec même la volonté de mettre en place une réimplantation de haies. A titre d’exemple, l’objectif du gouvernement via le plan « Plantons des haies ! » a été de parvenir à la plantation de 7000 km de haies sur la période 2021-2022.

En ce qui concerne la répartition de haies sur l’hexagone, on peut souligner que les régions de l’Ouest comme la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire ont une densité de haies assez importante en comparaison avec d’autres régions comme les Hauts-de-France ou encore la Nouvelle-Aquitaine. En Bretagne, par exemple, la densité de haies peut atteindre presque 110 m par ha alors que, dans d’autres régions, elle n’est que de 20m par ha[3].

Titre : Carte de densité des haies en France métropolitaine
Source : OFB (https://www.ofb.gouv.fr/haies-et-bocages-des-reservoirs-de-biodiversite)

Alors pourquoi les haies ont-elles un impact positif sur le bien-être des animaux ?

Les haies ont plusieurs effets bénéfiques sur le bien-être des animaux :

  • Elles permettent l’expression de certains comportements naturels des animaux
  • Elles favorisent un meilleur confort thermique des animaux, d’autant plus essentiel aux vues des perspectives climatiques.

L’effet des haies sur le confort thermique des animaux

Les haies permettent de protéger les animaux contre la chaleur, le froid, le vent et les intempéries. Dans un contexte de dérèglement climatique, de fortes sécheresses et canicules apparaissent, comme nous avons pu le constater durant l’été 2022, avec des animaux qui souffrent de la chaleur. Les animaux qui sont élevés en plein air une partie de l’année ont besoin d’ombre pour se protéger des fortes chaleurs en été, grâce à un abri qui peut être naturel (arbres et haies) ou artificiel. Cela est d’autant plus important que les animaux n’ont pas la même zone de confort thermique que les humains et craignent souvent bien plus la chaleur que nous !  Par exemple, il a été observé que les truies peuvent utiliser l’ombre des arbres et des haies pour réguler leur température lors de périodes chaudes[5].

De même, en cas de fortes intempéries et de vents violents, les animaux peuvent s’abriter sous les haies qui agissent ainsi comme des brise-vent[7].  De cette manière, la vitesse du vent peut être diminuée de 30 à 50%. Les haies peuvent donc permettre de protéger les animaux du froid. Les animaux utilisent alors moins d’énergie pour maintenir leur température corporelle à un niveau acceptable. Le coût de thermorégulation est alors réduit, ce qui limite les impacts négatifs du stress thermique sur le bien-être et la productivité des animaux. 

ℹ️ Pour en savoir plus sur l’effet du froid sur les bovins :

💡En résumé ! 
Les haies sont de réels outils pour permettre aux animaux de s’adapter et d’atténuer les impacts négatifs liés au dérèglement climatique sur leur bien-être et leur santé. Elles sont des leviers d’action durables qui doivent être utilisés au maximum pour la gestion de pâturages. Elles sont essentielles aux besoins vitaux des animaux vivant à l’extérieur qui subissent en premier les changements climatiques. 

Autres avantages des haies sur le bien-être animal …

Outre l’amélioration du confort thermique, les haies présentent de nombreux autres avantages pour le bien-être des animaux.  Pour les volailles, des parcours arborés peuvent être créés. Ces derniers sont constitués notamment de haies permettant aux volailles d’exprimer leur comportement naturel et améliorer leur confort. En effet, selon une étude, le risque de picage des plumes était réduit de 9 fois dans les groupes où plus de 20 % des volailles utilisaient des parcours extérieurs[8]. Par ailleurs, la présence du parcours arboré augmente le comportement exploratoire des volailles, qui utilisent alors mieux le parcours. En effet, elles se sentent notamment plus en sécurité vis-à-vis des prédateurs[9]. L’existence de haies et d’arbres dans les parcours apparaît donc comme importante pour le bien-être et le confort des volailles.

Les haies jouent d’autres rôles : elles peuvent également servir d’apports nutritifs (fourrage d’appoint) pour les animaux, surtout lors de périodes de sécheresse où la pousse de l’herbe est limitée.  « Lorsque les prairies sont sèches en été, les feuilles d’arbres encore vertes constituent un appoint alimentaire, comme celles du mûrier blanc, très riches en protéines. D’autres feuilles comme celles du frêne, du tilleul, de l’aulne ou du saule, sont dotées de vertus médicinales », indique Yves Étignard, président du Groupement d’Intérêt Ecologique et Economique (GIEE) Prairies DOR[10]

Les haies peuvent également fournir des compléments alimentaires : châtaignes ou glands pour les porcs, comme l’indique le témoignage de certains éleveurs[11]. Néanmoins, à noter que toutes les espèces végétales ne sont pas sans danger pour les animaux, et certaines haies peuvent être toxiques pour eux, il faut donc rester vigilant. 

Les vaches préfèrent même parfois les haies à l’herbe qui est pourtant abondante au début du printemps[12]

Enfin, les bovins et même les chevaux peuvent utiliser les haies pour se gratter, leur apportant ainsi du confort. A noter que le grattage est un des comportements naturels essentiel au bien-être des bovins. Il a même été montré que le comportement de grattage des animaux grâce aux arbres était mieux exprimé avec des haies/arbres qu’avec une brosse[13].  Pour les caprins, les arbres leur permettent aussi d’exprimer leur comportement naturel « d’escalade». En effet, les chèvres préfèrent se coucher et s’alimenter sur des surfaces surélevées, ce comportement est dû à une stratégie d’évitement face aux prédateurs et leur permet ainsi de réduire leur stress[14]

Par ailleurs, les haies constituent un véritable lieu de vie pour d’autres animaux… plus petits ! En effet, elles créent un microclimat[15] où oiseaux (ex. bécasse), petits mammifères (ex. lapins de garenne) et insectes cohabitent, mangent ou encore se reproduisent. Les haies sont de véritables écosystèmes. De plus, grâce aux haies, les sols ont une meilleure capacité de rétention de l’eau (les haies ralentissent le ruissellement et favorisent l’infiltration de l’eau dans les sols). L’érosion  éolienne ou hydrique des sols s’en trouve ralentie. 

Au final, les haies contribuent fortement au bien-être animal, humain et à la préservation de l’environnement. Elles s’inscrivent ainsi parfaitement dans une démarche durable de « One Welfare », signifiant un seul « bien-être » pour les Hommes, les animaux et l’environnement (Pour en savoir plus sur le concept de One Welfare, n’hésitez pas à consulter cette vidéo

💡En résumé ! 
Les haies possèdent de nombreux avantages pour le bien-être des animaux d’élevage. Elles sont un réel outil de protection, de confort, de réduction du stress et d’amélioration de l’alimentation des animaux.

Pour aller plus loin …

Les haies jouent également le rôle de puits de carbone, permettant aux parcelles avec haies de présenter une capacité de stockage du CO2 supérieure à des parcelles sans haies. Grâce aux projets de recherche AgForward – Promotion des pratiques agroforestières pour favoriser le développement rural en Europe (EU 2014-2017) et Carbocage – Vers la neutralité Carbone des territoires (Ademe 2016-2019), des chercheurs de l’INRAE ont en effet montré un effet significatif des haies sur les stocks de carbone des sols des parcelles adjacentes, jusqu’à une distance de 3 mètres. D’un point de vue écologique et climatique, les haies constituent un véritable atout pour la planète

Pour résumer :


[1] https://inventaire-forestier.ign.fr/spip.php?article597 .

[2] Philippe POINTEREAU et Frédéric COULON, « La haie en France et en Europe : évolution ou régression, au travers des politiques agricoles », 2006. Disponible sur: https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-35258-rnhc.pdf.

[3] « Haies et bocages : des réservoirs de biodiversité ». Disponible sur : https://www.ofb.gouv.fr/haies-et-bocages-des-reservoirs-de-biodiversite.

[4] inn’ovin, « Produire des ovins sous panneaux photovoltaïques au sol ». Disponible sur : https://www.inn-ovin.fr/produire-des-ovins-sous-panneaux-photovoltaiques-au-sol/.

[5] S.-L. A. Schild, L. Rangstrup-Christensen, M. Bonde, et L. J. Pedersen. (2018). The use of a shaded area during farrowing and lactation in sows kept outdoors. Applied Animal Behaviour Science, 209, https://doi.org/10.1016/j.applanim.2018.08.019.

[6] Idele, Cniel (centre national interprofessionnel de l’économie laitière), « Impacts du stress thermique sur les vaches laitières », août 2021. Disponible sur: https://idele.fr/umt-ebis/?eID=cmis_download&oID=workspace%3A%2F%2FSpacesStore%2F6e71a361-6b6e-460d-a140-aed81d7c8e89&cHash=50557fae57f74ca602d0212ba1ae25bd.

[7] Direction de l’environnement et de le biodiversité du conseil général Calvados, « Les haies bocagères », mars 2010. Disponible sur: https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwi479L-mvH6AhXNxoUKHXJlBr0QFnoECBAQAQ&url=http%3A%2F%2Fwww.valdarry.fr%2Fmedias%2Ffiles%2Fguide-des-haies.pdf&usg=AOvVaw3F7r52xgMMT9aJvRVT_9iq.

[8] C.J. Nicol , C. Pötzsch , K. Lewis & L.E. Green. (2003). Matched concurrent case-control study of risk factors for feather pecking in hens on free-range commercial farms in the UK. British Poultry Science, 44(4), https://doi.org/10.1080/00071660310001616255.

[9] A.C. Fanatico, J.A. Mench, G.S. Archer, Y. Liang, V.B. Brewer Gunsaulis, C.M. Owens, A.M. Donoghue. (2016). Effect of outdoor structural enrichments on the performance, use of range area, and behavior of organic meat chickens, Poultry Science, 95(9), https://doi.org/10.3382/ps/pew196.

[10] « Les bienfaits des haies pour les exploitations agricoles ». Disponible sur : http://biodiversite.gouv.fr/actualite/les-bienfaits-des-haies-pour-les-exploitations-agricoles.

[11] « De l’arbre et du cochon ». Disponible sur : https://www.viandesetproduitscarnes.fr/index.php/en/144-environnement–elevage/724-de-l-arbre-et-du-cochon.

[12]S. Vandermeulen, C. A. Ramírez-Restrepo, C. Marche, V. Decruyenaere, Y. Beckers, and J. Bindelle. (2018). Behaviour and browse species selectivity of heifers grazing in a temperate silvopastoral system. Agroforestry Systems, 92, https://dx.doi.org/10.1007/s10457-016-0041-x.

[13] D. Kohari, T. Kosako, M. Fukasawa, et H. Tsukada. (2007). Effect of environmental enrichment by providing trees as rubbing objects in grassland: Grazing cattle need tree-grooming, Animal Science Journal, 78 (4), https://doi.org/10.1111/j.1740-0929.2007.00455.x.

[14] G. Zobel, H. W. Neave, et J. Webster. (2019). Understanding natural behavior to improve dairy goat (Capra hircus) management systems, Translational Animal Science, 3(1), https://doi.org/10.1093/tas/txy145.

[15] Thomas Vanneste, Sanne Govaert, Fabien Spicher, Jörg Brunet, Sara A.O. Cousins, Guillaume Decocq, Martin Diekmann, Bente J. Graae, Per-Ola Hedwall, Rozália E. Kapás, Jonathan Lenoir, Jaan Liira, Sigrid Lindmo, Kathrin Litza, Tobias Naaf, Anna Orczewska, Jan Plue, Monika Wulf, Kris Verheyen, Pieter De Frenne. (2020). Contrasting microclimates among hedgerows and woodlands across temperate Europe. Agricultural and Forest Meteorology, 281, https://doi.org/10.1016/j.agrformet.2019.107818.