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Comment définir le bien-être animal ?

Le bien-être des animaux est une attente de plus en plus forte et il en résulte une volonté croissante de bienveillance à l’égard de ces derniers. 

Cependant, qu’est-ce que réellement le bien-être des animaux ? sur quoi se base-t-il ? Est-il différent de la bientraitance ? Est-ce qu’une attitude bienveillante est nécessairement synonyme de bientraitance ? 

Autant de questions importantes lorsqu’on s’intéresse au bien-être des animaux !!

La définition scientifique du bien-être animal selon l’Anses

Le bien-être d’un animal se base sur sa capacité à ressentir des émotions, sur sa nature sensiblece qui a été démontré par les recherches scientifiques depuis de nombreux années et a également été inscrit dans la loi . 

Tenant compte de ces éléments l’Anses, a établie, en 2018, une définition scientifique du bien-être animal, précisant toutefois que celle-ci pouvait-être amenée à évoluer en fonction des nouvelles connaissances scientifiques. 

« Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal. » (Anses, 2018)

Cette définition est fondamentale à plusieurs égards :

▶︎ Elle insiste tout d’abord sur le fait que le bien-être est propre à chaque individu. Il est donc plus juste de parler du bien-être des animaux plutôt que de parler de bien-être animal ! Le bien-être d’un groupe d’animaux est donc la résultante du bien-être de chacun des individus

▶︎ Elle précise que le bien-être est à la fois l’état physique positif mais aussi mental de l’animal. Les émotions ressenties par l’animal sont donc primordiales pour évaluer son bien-être. 

▶︎ Enfin, le bien-être varie en fonction de la situation dans laquelle se trouve chaque animal, de sa perception et de ses attentes… qui sont différentes de celles de l’humain… le bien-être animal doit donc être impérativement évalué du point de vue de l’animal.

Cette vidéo réalisée par la Chaire bien-être animal résume bien tout ce que nous venons de voir sur la définition de l’Anses :

ℹ️ Pour aller plus loin sur cette définition vous pouvez encore consulter :
▪︎ cette infographie réalisée par la Chaire Bien-être animal
▪︎ cette page réalisée par le Centre National de Référence pour le bien-être animal

Si vous souhaitez connaître d’autres définitions théoriques du bien-être animal, allez visionner cette vidéo

Bien-être, bienveillance et bientraitance

Mais alors, un animal envers lequel nous adoptons une attitude bienveillante et que nous cherchons à bien traiter est-il forcément en état de bien-être ? Il apparaît à ce stade, important de distinguer entre les notions de bienveillance, bientraitance et bien-être animal

La bientraitance est donc une obligation de moyen. Elle est nécessaire mais elle ne garantit pas le bien-être qui dépend de la perception de l’animal et qui est donc une obligation de résultat.

La bienveillance est avant tout une intention, un état d’esprit. Elle est nécessaire à la bientraitance mais ne la garantit pas, tout comme elle ne peut présager d’un état de bien-être de l’animal.

Pour résumer :

ℹ️ La différence vous échappe encore ? Pour tout comprendre en vidéo :
▪︎ différence bien-être, bientraitance avec Luc Mounier, responsable de la Chaire bien-être animal
▪︎ différence bienveillance, bientraitance, bien-être avec Jérôme Michalon, sociologue

Cette distinction entre bien-être, bienveillance et bientraitance permet de comprendre les maltraitances involontaires parfois perpétrés par les propriétaires à l’encontre de leurs animaux, notamment de compagnie, en raison d’une méconnaissance des besoins ou des comportements. Pour aller plus loin sur le sujet, vous pouvez consulter cet article d’Estelle Mollaret, résidente en bien-être animal.

La définition opérationnelle du bien-être 

Si la définition de l’Anses est une définition scientifiquement approuvée, dans la pratique, elle peut apparaître difficile à mettre en œuvre car très théorique. C’est pourquoi, s’appuyer sur une définition plus opérationnelle peut s’avérer pertinent pour une évaluation concrète. La définition opérationnelle la plus communément admise est « Le principe de cinq libertés » : 

Ces « libertés » doivent être toutes évaluées positivement pour que le bien-être soit respecté.

Pour mieux comprendre le principe des cinq libertés, vous pouvez visionner cette vidéo :

ℹ️ Pour aller plus loin sur le principe des cinq libertés vous pouvez encore consulter :
▪︎ cette infographie réalisée par la Chaire Bien-être animal
▪︎ cette vidéo extraite du MOOC bien-être des animaux d’élevage

D’autres définition opérationnelles sont utilisées, notamment celle développée dans le projet welfare quality® qui se base sur 4 principes 

– bonne alimentation

– bon confort

– bonne santé

– comportement approprié

Maintenant, deux cas de figure :

1. Vous êtes toujours perdus. Dans ce cas, cette vidéo permet de récapituler tout ce que nous venons d’aborder :

2. Vous avez tout compris et vous souhaitez aller encore plus loin.  N’hésitez pas à télécharger le fascicule Comprendre le bien-être animal paru aux éditions Quae.


Illustrations : Sabine Li, Freepik et Marion Weisslinger

Interview – « Il n’y a pas de bien-être animal sans bien-être humain » pour Xavier Boivin, éthologiste directeur de recherche à l’INRAE

Dans le cadre du Sommet de l’élevage qui s’est déroulé le 5 octobre 2021, nous avons pu nous entretenir avec Xavier Boivin, éthologiste et directeur de recherche à l’INRAE (UMRH, équipe CARAIBE) en lui posant une série de questions :

  • Quelle est votre définition du bien-être animal ? (0’37)
  • Améliorer la relation humain-animal, un indispensable pour assurer le bien-être animal ? (1’19)
  • Les attentes des animaux ont-elles évolué avec la domestication ? (2′)
  • Qu’entendez-vous par « pratiques relationnelles » ? (2’56)

💡 Pour visionner l’ensemble de l’intervention de Xavier Boivin à l’occasion du Sommet de l’élevage, c’est par ici

Interview – L’association Bien-être Animal LIT Ouesterel cherche à réconcilier élevage et société

Aujourd’hui, nous interrogeons Raphaël Guatteo, professeur en médecine bovine et gestion de la santé des bovins à Oniris et membre de l’association LIT Ouesterel.

🎙 « Il s’agit de réconcilier élevage et société en essayant d’emmener un maximum d’éleveurs et d’acteurs des filières dans une démarche d’amélioration du bien-être animal »

Raphaël Guatteo

Quand est née l’association LIT Ouesterel et quels étaient les objectifs ? 

L’association en tant que telle est née début 2020 mais les prémisses remontent à 2017 avec la construction d’un consortium qui in fine a fini par se constituer en association en vue de répondre à un appel d’offre dans le cadre du PIA 3 sur l’appel à projet Territoires d’Innovations, le troisième appel des fonds d’investissement d’avenir. Donc la genèse date de 2017 mais l’association en tant que telle date de 2020. Quant à son objectif, il s’agit de réconcilier élevage et société en essayant d’emmener un maximum d’éleveurs et d’acteurs des filières dans une démarche d’amélioration du bien-être animal, sachant que pour l’instant les trois filières ciblées sont porcs, volailles et bovins laitiers. Très rapidement nous allons toutefois nous diriger vers le bovin viande, la filière œuf, etc. Il s’agit à la fois de travailler à l’élaboration de référentiels bien-être en co-construction avec l’AEBEA (Association Etiquette Bien-être Animal), d’aller vers l’identification d’innovations favorables au bien-être animal, en les repérant si elles existent déjà, ou éventuellement en les construisant ensemble puis en les évaluant dans un réseau de fermes-pilotes. L’objectif est aussi de ne pas perdre de vue l’aspect marketing et financier en s’assurant du consentement à payer du consommateur ou à défaut de mettre en œuvre les démarches nécessaires pour que les éleveurs soient payés en retour de leurs efforts.

🎙 « L’idée était plutôt de former un bouillon de culture et d’idées en mettant autour de la table toutes les parties prenantes »

Raphaël Guatteo

Est-ce une association ou un laboratoire (puisque l’on parle d’un Laboratoire d’Innovation Territoriale ) ? Quels sont les différents partenaires impliqués dans le projet ?

Il s’agit vraiment d’une association loi 1901. L’expression Laboratoire d’Innovation Territoriale a été utilisée pour coller aux mots-clés de l’appel à projet PIA 3, qui étaient « territoire d’innovation ». Ainsi les mots « territoire » et « innovation » étaient importants, tout autant que de travailler en mode « living lab », en laboratoire vivant. C’est vrai que l’expression « laboratoire vivant » peut prêter à confusion car les gens s’imaginent certainement quelqu’un en train de faire de la recherche sur une paillasse. L’idée était plutôt de former un bouillon de culture et d’idées en mettant autour de la table toutes les parties prenantes, c’est-à-dire les éleveurs, les consommateurs, les ONG welfaristes, les instituts techniques, les transformateurs, les partenaires privés du secteur. Nous sommes également bien une association territoriale dans la mesure où notre association a pour l’instant trois territoires pilotes qui sont un peu les locomotives et qui se situent dans trois régions : Bretagne (Communauté de communes du Kreiz Breizh), Pays de la Loire (Communauté de communes du Pays d’Ancenis) et Normandie (Pays d’Argentan, d’Auge et d’Ouche). Chaque territoire s’est donné un objectif. Celui de Bretagne est centré sur les porcs, celui de Normandie plutôt sur les bovins laitiers et le pâturage et celui des pays de la Loire sur les volailles. Aujourd’hui, l’association se compose de 56 partenaires et chacun se répartit en fonction de son objet d’intérêt entre les territoires pilotes chargés d’initier des projets en lien avec leur domaine de prédilection. 

Quel est votre rôle au sein de l’association ?

Je représente Oniris (L’École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique) au sein de l’association, Oniris qui par ailleurs héberge cette association. L’association est également organisée avec différents organes de direction dont un conseil d’administration qui permet de représenter l’ensemble des partenaires qui sont répartis entre 9 collèges. A ce titre, je représente le collège de l’enseignement supérieur et de la recherche dont font partie l’INRAE, l’Institut Agro, Oniris, l’ESA d’Anger et l’Anses. Plus particulièrement, au sein de l’association, je suis en charge de suivre les actions de formation

De façon générale, le LIT Ouesterel rencontre-t-il le soutien des scientifiques et des éleveurs ? 

L’association commence à être connue grâce aux scientifiques, le porteur du projet au départ étant l’INRAE. Le CNR BEA (Centre National de Référence pour le Bien-Être Animal) est également invité aux réunions du LIT, permettant de renforcer cet encrage scientifique. Pour ce qui est des éleveurs, nous avons, parmi les partenaires, de grandes coopératives, des associations d’éleveurs, les instituts techniques. Les éleveurs qui sont en poste de responsabilité et de représentation sont bien au courant de notre existence. Pour ce qui est de l’éleveur lambda, je ne pense pas qu’il ait forcément entendu parler de notre association. Je pense toutefois que nous commençons doucement à nous faire connaître notamment grâce à notre « traque aux innovations ». Par exemple, en Normandie, des laiteries, des coopératives sont sollicitées pour essayer d’identifier chez les éleveurs des choses qui seraient plutôt vertueuses. Cela permet de nous mettre en lien avec eux et de faire connaître un peu le LIT Ouesterel. 

🎙 « Il faut trouver le compromis entre quelque chose qui soit vraiment informatif pour le consommateur, bénéfique pour l’animal  tout en permettant d’amener un maximum de professionnels dans une démarche d’amélioration » 

Raphaël Guatteo

Dans les ambitions revendiquées sur le site de l’association, il est fait mention d’une volonté de créer un étiquetage ou un label. Est-ce déjà en réflexion ? Si oui, quelle forme est susceptible de prendre cette labellisation ? 

Au tout départ, avant même la création de l’association, il existait la volonté d’aller sur un référentiel valorisable au travers d’un étiquetage. Il se trouve que dans le courant du montage du projet et juste avant la création de l’association en tant que telle, un premier étiquetage bien-être animal sur les volailles a vu le jour sous l’impulsion de l’AEBEA. Nous nous sommes dits que ce n’était pas la peine de multiplier les initiatives. Donc désormais, le LIT travaille de concert avec l’AEBEA. Au moment où nous nous sommes rapprochés, nous avions pratiquement fini de travailler sur le référentiel volailles et donc il y a eu une sorte d’hybridation de leur référentiel et du nôtre, avec une mise en commun des travaux. Actuellement, nous menons un travail conjoint pour le référentiel et l’étiquetage en porc, sachant qu’il s’agit bien de l’AEBEA qui porte cet étiquetage. Le LIT est partenaire de la réflexion. Cela est d’autant plus important qu’il existe une crainte du côté des éleveurs d’être stigmatisé ou d’être pour la plupart associés à une catégorie jugée pas suffisamment protectrice du bien-être animal. Il faut trouver le compromis entre quelque chose qui soit vraiment informatif pour le consommateur, bénéfique pour l’animal tout en permettant d’amener un maximum de professionnels dans une démarche d’amélioration. 

🎙 « Il peut en effet parfois exister de petits changements en termes de pratiques d’élevage qui ne sont pas forcément très coûteux et qui peuvent avoir un grand effet sur le comportement des animaux, sur leur bien-être »

Raphaël Guatteo

Une autre ambition affichée est celle de permettre à l’élevage français de reconquérir des parts de marché et d’augmenter la rémunération des éleveurs. Comment le LIT Ouesterel compte-t-il s’y prendre ? 

En associant des partenaires comme Carrefour, Système U, qui sont très actifs au sein de l’association, nous allons essayer de mener des initiatives locales pour tester de nouveaux systèmes et voir si cela est susceptible d’attirer les consommateurs et de correspondre à leurs attentes. Nous allons d’abord tester l’étiquetage bien-être animal et voir s’il est parlant et compréhensible. Nous essayons aussi de travailler avec les producteurs pour identifier les marges de gain possibles en essayant de démontrer que les hauts niveaux de bien-être ne sont pas toujours associés à des coûts d’investissement très élevés. En dehors des bâtiments et installations – qui peuvent effectivement vite chiffrer – il peut en effet parfois exister de petits changements en termes de pratiques d’élevage qui ne sont pas forcément très coûteux et qui peuvent avoir un grand effet sur le comportement des animaux, sur leur bien-être. Enfin communiquer activement sur nos résultats doit servir à cette ambition.

🎙« Nous espérons à terme que le grand public s’empare du projet et vienne directement formuler ses besoins, l’objectif final étant bien de réconcilier élevage »

Raphaël Guatteo

Quelles sont les actions à destination du grand public que l’association envisage de mettre en place ? 

Les actions à destination du grand public ont déjà commencé avec une initiative qui s’appelle « Animagine » qui est déclinée dans les 3 territoires et qui est déjà bien en marche. L’objectif est d’essayer de réfléchir à l’élevage de porc et de bovin de demain ainsi que de tester via les PAT l’acceptabilité de telles démarches. Un concours a d’ailleurs été ouvert à tous invitant à dessiner l’élevage de porcs de demain. Dans une optique de co-construction, on invite aussi les gens à venir discuter, à poser leurs questions avec des intervenants qui peuvent être de différents horizons. J’ai participé en juin à une soirée « Élevage et bien-être, on en parle ? ». Il y avait des éleveurs, des citoyens, des gens de la distribution, des scientifiques. Ce sont des moments de rencontre et d’échange. L’idée est d’intensifier ces événements à destination du grand public pour faire mieux connaître le projet et ses réalisations. Si pour le moment nous menons la barque, nous espérons à terme que le grand public s’empare du projet et vienne directement formuler ses besoins, l’objectif final étant bien de réconcilier élevage et société.

ℹ️ Pour en savoir plus, n’hésitez pas à :
– consulter le site internet du LIT Ouesterel
– vous rendre sur le site internet de l’étiquette bien-être animal