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Author Archives: Marion Weisslinger

Interview- Comment l’Hirondelle prend-elle en charge la faune sauvage blessée ?

Nous avons pu interviewer Anne Fourier, chargée de développement à l’Hirondelle, centre de soins pour animaux sauvages qui est l’un des plus grands de France avec une intervention dans le Rhône, la Loire, l’Ardèche et la Drôme. Le but de cet entretien ? Montrer les installations mises en place par le centre pour accueillir au mieux ses pensionnaires blessés en leur occasionnant le minimum de stress, de souffrances et afin que leur séjour au centre soit le plus court possible. Pour ce faire, l’Hirondelle prend en compte les particularités de chaque espèce, mais aussi de chaque individu !

Avec le changement climatique et l’augmentation de la pression humaine sur leurs espaces de vie, les animaux sauvages sont particulièrement impactés. Le travail des centres de soins est ainsi de plus en plus fondamental ! Comme tous les centres qui s’occupent de la faune sauvage blessée, l’Hirondelle a besoin de dons pour continuer à prendre en charge les animaux en détresse. Elle a aussi besoin de « forces vives » (bénévoles, services civiques) pour s’occuper des pensionnaires. N’hésitez pas à les contacter !

Améliorer le bien-être des animaux d’élevage : est-ce toujours possible ?

28/06/2022 : Au moment où des étudiants en agronomie pointent du doigt une agriculture industrielle, des scientifiques rappellent la dissonance entre nos connaissances sur le bien-être des animaux et l’industrialisation de leur élevage.

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Un chat qui ronronne est un chat heureux, VRAI ou FAUX ?

Pas toujours vrai !

Le chat est un animal très apprécié des Français : selon l’I-CAD, l’organisme en charge de la gestion du fichier d’identification national des carnivores domestiques, 7 231 498 chats sont actuellement identifiés en France en 2022[1], contre 6 686 814 en 2020[2].

Les foyers qui ont un chat le savent : ce dernier sait se faire comprendre ! Il a d’ailleurs été montré qu’un chat adulte possèdent 21 vocalisations différentes[3]. Il semblerait que le chat domestique soit le félin au répertoire vocal le plus développé et complexe. Il serait même plus vocal que son homologue sauvage Felis silvestris libyca[4]. La raison d’une telle complexité du répertoire n’a pas été établie clairement : est-ce le chat qui s’adapte à l’humain pour communiquer de façon plus efficace[5] ou est-ce le résultat du processus de domestication qui a conduit l’humain à sélectionner les chats les plus avenants et les plus communicants[6] ?

Le  ronronnement est considéré comme faisant partie du répertoire vocal du chat[7]. Il constitue un moyen pour lui de communiquer avec ses congénères mais également avec l’humain. Si le ronronnement a été décrit dans la littérature scientifique comme une démonstration de plaisir et d’un « faible degré d’excitation »[8], il est aujourd’hui clair qu’il ne s’agit pas là de sa seule fonction.  

Le ronronnement, une recherche de contact

Si un chat peut ronronner lorsqu’il est seul et se trouve dans une situation de confort, ou encore lorsqu’il se frotte à des objets[10], le ronronnement revêt également chez lui un caractère éminemment social. En effet, il semble que le ronronnement se produise pour chercher et maintenir le contact entre congénères ou avec l’humain[11].

Les chatons savent ronronner presque dès leur naissance[12] et y recourent lorsqu’ils tètent, ce qui pourrait inciter la mère à continuer de s’occuper d’eux[13], mais également lui envoyer le signal que « tout va bien »[14]. Un chat adulte ronronne lorsqu’il veut maintenir le contact avec un congénère[15]. Dans ce cas, le ronronnement a pour but d’aider à créer et maintenir une relation étroite avec ce dernier. Cela permettrait d’expliquer pourquoi la mère ronronne lorsqu’elle lèche ses chatons ou encore lorsqu’une femelle cherche à courtiser un mâle[16]. Certains scientifiques pointent aussi le fait que, lors d’interactions intra-spécifiques, le ronronnement pourrait envoyer un signal d’apaisement, le chat cherchant alors à indiquer qu’il ne constitue pas une menace[17].

Concernant le contact à l’humain, il apparaît que le chat ronronne lorsqu’il est caressé ou flatté vocalement par une personne familière[18]. Il peut également ronronner au retour de son propriétaire après une séparation : le chat ronronne alors d’autant plus que celle-ci a été longue[19].  Pour les chercheurs, cela indique que le propriétaire a une place importante dans l’environnement social du chat.

Un ronronnement particulier pour solliciter de la nourriture 

Il a été montré que le chat peut également ronronner lorsqu’il sollicite de la nourriture auprès de l’humain[21]. Son ronronnement est alors plus pressant avec une composante sonore en plus qui rend la sollicitation plus difficile à ignorer, et donc plus susceptible d’être satisfaite (ce qui tend certainement à renforcer un tel comportement). Les chercheurs ont de plus souligné que cette composante sonore présente des fréquences « comparables à la fréquence fondamentale du pleur d’un enfant ». Enfin, l’étude en question avance que les propriétaires savent faire la différence entre le ronronnement normal et celui de sollicitations, qu’ils jugent moins plaisant et plus pressant. 

💡En résumé
Le chat ronronne lorsqu’il est bien et ressent un « faible degré d’excitation » mais également dans le cadre d’interactions chat/chat et chat/humain. Il s’agit même d’un moyen pour lui de solliciter de la nourriture auprès de son propriétaire. Le ronronnement est dans ce dernier cas légèrement différent, plus urgent et moins agréable à entendre pour l’humain.

Le ronronnement, un marqueur de la douleur et du stress chez le chat ? 

Mais, le ronronnement de votre chat peut-il avoir lieu dans des circonstances moins plaisantes ? Tout d’abord, il arrive qu’une chatte puisse ronronner au moment de mettre bas, entre la survenue de chaque contraction[22]. Par ailleurs, il a été observé dans la pratique vétérinaire que les chats ronronnent parfois dans un contexte de stress, de souffrance ou lorsqu’ils sont proches de mourir[23]. Si nous n’avons pas trouvé d’études scientifiques à grande échelle venant prouver ce fait, des études de cas font état d’un tel phénomène[24]. Par ailleurs, un consensus d’experts a effectivement intégré le ronronnement parmi les signaux possibles de souffrance, bien qu’ils estiment que cela reste rare[25].

La raison d’un ronronnement lié au stress ou à la douleur n’est à ce jour pas tout à fait claire. Certains y voient un moyen de solliciter de l’attention et des soins[26]. Cependant, se pose également la question de la capacité du ronronnement en lui-même à faciliter la guérison. Si on parle aujourd’hui parfois des bienfaits de la ronronthérapie sur l’humain, des études ont été réalisées afin de déterminer si le fait de ronronner pouvait contribuer à aider un chat blessé ou malade à guérir. Ainsi, bien que des recherches complémentaires nécessitent d’être menées sur le sujet, une étude de 2001[27] a montré que le ronronnement du chat correspondait à une fréquence utilisée en thérapie pour favoriser la croissance des os, la guérison des fractures, l’apaisement de la douleur, la diminution des œdèmes, voire de la dyspnée (difficulté à respirer). 

🧠 À retenir
Si votre chat ronronne, il peut certes être en état de bien-être, témoigner sa joie de vous voir, mais il peut aussi solliciter de l’attention, voire de la nourriture. C’est même ce qu’il y a de plus probable ! Cependant, même si cela reste rare, il peut également être en état de stress et de souffrance. Dans ce cas, pas de mystère : seule une observation attentive de l’ensemble de son comportement vous permettra de déterminer la raison de son ronronnement. S’il présente des symptômes de maladie (diarrhée, vomissement, toux, éternuement, etc.), ne s’alimente plus, paraît apathique, il est peut-être le temps de faire un tour chez votre praticien vétérinaire préféré ! 

ℹ️ Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le livre d’Anne-Claire Gagnon. (2020). Les chats, comment ils prennent soin de notre santé, Paris : Robert Laffont.


[1] https://sni.i-cad.fr/lechat. Attention, ce chiffre est à prendre avec précaution car il existe encore de nombreux chats de compagnie non identifiés et qu’il inclut les chats dits « libres », c’est-à-dire identifiés par une association ou une mairie et vivant dans la rue. À noter que l’identification de votre chat est obligatoire, sans quoi vous vous exposez à une amende de 750 euros. Retour

[2] https://www.i-cad.fr/uploads/21.Population.Barometre.DEF.pdf . Retour

[3] Tavernier C., Ahmed S., Houpt K. A., Yeon, S. C. (2020). Feline vocal communication. Journal of veterinary science, 21(1), https://doi.org/10.4142/jvs.2020.21.e18. Retour

[4] Tavernier et al. (2020) ; Bradshaw J., Casey R., Brown S. (2012). The Behavior of the Domestic Cat, 2éd. Wallingford : CABI. Retour

[5] Koyasu H., Kikusui T., Takagi S., Nagasawa M. (2020). The Gaze Communication Between Dogs/Cats and Humans : Recent Research Review and Future Directions. Frontiers in Psychologyhttps://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.613512. Retour

[6] Bradshaw et al. (2012). Retour

[7] Tavernier et al. (2020). Retour

[8] Kiley-Worthington M. (1984). Animal language? Vocal communication of some ungulates, canids and felids. Acta Zoologica Fennica,171(83). Retour

[9]En effet, il a été montré que les chats ronronnent pendant l’inhalation et l’exhalation, tandis que les ratons laveurs semblent ne « ronronner » qu’au moment de l’exhalation :  Peter G. (2002). Purring and similar vocalizations in mammals. Mammal Revue, 32(4), https://doi.org/10.1046/j.1365-2907.2002.00113.x. Retour

[10] Kiley-Worthington M. (1984). Retour

[11] Bradshaw J., Brown S. (2013). “Communication in the Domestic Cat: Within and Between Species”, in The Domestic Cat: The Biology of its Behavior, eds Turner D. et Bateson P., 3e ed., Cambridge: Cambridge University Press. Retour

[12] Bradshaw J. et al. (2013). Retour

[13] Haskins R. (1977). Effect of kitten vocalizations on maternal behavior. Journal of Comparative Physiology and Psychology, 91(4), https://doi.org/10.1037/h0077362. Retour

[14] Turner D., Bateson P. (2013). “Postscript: Questions and Some Answers”, in The Domestic Cat: The Biology of its Behavior, eds Turner D. et Bateson P., 3e ed., Cambridge: Cambridge University Press ; Bradshaw J. et al. (2013). Retour

[15] Bradshaw J. et al. (2013). Retour

[16] Turner D. et al. (2013). Retour

[17] Tavernier et al. (2020); Schötz S., van de Weijeir J., Eklund R. (2017). “Phonetic Characteristics of Domestic Cat Vocalisations”, in Proceedings of the 1st International Workshop on Vocal Interactivity in-and-between Humans, Animals and RobotsSkövde, Sweden, 25-26 August 2017; Turner D. et al. (2013). Retour

[18] Moelk M. (1944). Vocalizing in the House-Cat: A Phonetic and Functional Study. The American Journal of Psychology, 57 (2), https://doi.org/10.2307/1416947. Retour

[19] Eriksson M., Keeling L. J., Rehn T. (2017). Cats and owners interact more with each other after a longer duration of separation. PLoS Onehttps://doi.org/10.1371/journal.pone.0185599. Retour

[20] Les styles d’attachement sont les suivants : sécure, insécure, ambivalent, évitant, désorganisé.  L’étude de 2019 citée et une autre de 2007 ont appliqué aux chats un « Strange Situation Test », test initialement utilisé pour évaluer la sécurité de l’attachement chez les humains mais qui a ensuite été appliqué aux primates puis aux chiens. Cette sécurité est évaluée en analysant le comportement des individus au départ puis au retour de la personne d’attachement. En fonction du comportement observé, on définit le style d’attachement de l’individu (sécure, insécure, ambivalent, évitant, désorganisé). A noter que si ces deux études semblent s’accorder sur le fait que les chats présentent des styles d’attachement similaires à ceux développés par l’humain, une autre étude datant de 2015 remet directement en cause celle de 2007 et de façon plus générale doute de l’applicabilité du « Strange Situation Test » en tant que tel à des chats sans quelques ajustements méthodologiques. En revoyant dès lors la méthodologie du test pour qu’il s’applique au mieux au fonctionnement éthologique du chat, les scientifiques de l’étude de 2007 auraient ainsi montré que le chat resterait un animal assez autonome, qui ne dépendrait pas des autres pour acquérir un sentiment de sécurité : Vitale K., Behnke A., Udelle M. (2019). Attachment bonds between domestic cats and humans. Current Biology, 29 (18), https://doi.org/10.1016/j.cub.2019.08.036 ; Edwards C., Heiblum M., Tejeda A. (2007). Experimental evaluation of attachment behaviors in owned cats. Journal of Veterinary Behavior, 2(4), https://doi.org/10.1016/j.jveb.2007.06.004 ; Domestic Potter A., Mills D. S. (2015). Cats (Felis silvestris catus) Do Not Show Signs of Secure Attachment to Their Owners. PLoS ONE, 10(9), https://doi.org/10.1371/journal.pone.0135109. Retour

[21] McComb K., Taylor A. M., Wilson C., Charlton B. D. (2009). The cry embedded within the purr. Current Biology, 19 (3), https://doi.org/10.1016/j.cub.2009.05.033. Retour

[22]Cooper J. B. (1944). A description of parturition in the domestic cat. Journal of Comparative Psychology, 37 (2), https://doi.org/10.1037/h0060726. Retour

[23] Bradshaw et al. (2012) ; Schötz S. et al. (2017) ; Rodan I. (2010). Understanding Feline Behavior and Application for Appropriate Handling and Management. Topics in Companion Animal Medicine, 25(4), https://doi.org/10.1053/j.tcam.2010.09.001. Retour

[24] Cook T. F. (1973). The relief of dyspnoea in cats by purring. New Zealand Veterinary Journal, 21(3), https://doi.org/10.1080/00480169.1973.34076. Retour

[25]Merola I., Mills D. (2016). Behavioural Signs of Pain in Cats: An Expert Consensus. PLoS ONE, 11(2), https://doi.org/10.1371/journal.pone.0150040. Retour

[26] Bradshaw J. et al. (2013). Retour

[27] Von Muggenthaler E. (2001). The Felid Purr: A Healing Mechanism? The Journal of the Acoustical Society of America, 110, https://doi.org/10.1121/1.4777098. Retour