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Sommaire

Élevages en plein air : quelles réalités sur le terrain ?

Qu'est-ce que le "plein air" ?

Souvent perçu comme un gage de bien-être animal, l’élevage en plein air recouvre en réalité des pratiques très diverses selon les filières et les systèmes d’élevage. Une courette bétonnée accolée à un bâtiment porcin et dix hectares de prairie pour des vaches laitières répondent par exemple tous deux à cette notion.

En France comme en Europe, une majorité d’animaux est élevée dans des systèmes dits conventionnels, sans accès à l’extérieur. Si le plein air est pleinement intégré dans les pratiques de certaines filières, ce n’est donc pas le cas de toutes.

Qu'est-ce que le "plein air" ?

à retenir

Souvent perçu comme un gage de bien-être animal, l’élevage en plein air recouvre en réalité des pratiques très diverses selon les filières et les systèmes d’élevage. Une courette bétonnée accolée à un bâtiment porcin et dix hectares de prairie pour des vaches laitières répondent par exemple tous deux à cette notion.

En France comme en Europe, une majorité d’animaux est élevée dans des systèmes dits conventionnels, sans accès à l’extérieur. Si le plein air est pleinement intégré dans les pratiques de certaines filières, ce n’est donc pas le cas de toutes.

Comment définir l’élevage plein air ?

Juridiquement, il n’existe pas aujourd’hui de définition spécifique de l’élevage plein air. De manière générale, l’élevage en plein air désigne un mode d’élevage dans lequel les animaux ont accès, de façon permanente ou durant une période déterminée, à un espace extérieur adapté à leurs besoins physiologiques et leur permettant d’exprimer certains comportements naturels.

Cette définition soulève plusieurs questions : que recouvre exactement la notion d’espace extérieur ? S’agit-il toujours d’un espace totalement ouvert, sans toit ni murs ? Comment cette notion varie-t-elle selon les espèces ? L’accès au plein air est-il identique tout au long de la vie de l’animal ?

En France, les réponses à ces questions diffèrent selon les filières, les espèces, les modes d’élevage et les cahiers des charges des labels.

Lien entre plein air et labels

En France, la majorité des animaux monogastriques (porcs, volailles et lapins) ayant accès au plein air sont élevés dans des exploitations labellisées. Chaque label repose sur un cahier des charges précis, qui encadre les différentes pratiques d’élevage, telles que la reproduction, l’alimentation, les conditions d’hébergement, ou l’abattage.

Les Signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO), comme le label Agriculture Biologique (AB), le Label Rouge ou les appellations d’origine (AOP, AOC), intègrent ainsi des exigences spécifiques en matière d’accès à l’extérieur.

📌 AOP, AOC, IGP, CCP : à quoi correspondent ces signes ?[1]

L’AOP (appellation d’origine protégée) désigne un produit dans l’UE, dont toutes les étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une aire géographique précise, qui confère ses caractéristiques au produit.

L’AOC (appellation d’origine contrôlée) est l’équivalent français de l’AOP.

L’IGP (indication géographique protégée) identifie un produit agricole, brut ou transformé, dont la qualité, la réputation ou d’autres caractéristiques sont liées à son origine géographique.

La CCP (certification de conformité des produits) garantit le respect des caractéristiques certifiées à partir d’un cahier des charges qui permettent de distinguer le produit du standard.

Ces exigences varient selon les labels. Pour le label AB par exemple, tous les animaux à partir d’un certain âge doivent avoir obligatoirement accès à l’extérieur ou à un espace semi-ouvert dès que les conditions le permettent (météo, état du sol, état de santé de l’animal, …) et conformément aux densités prévues dans les cahiers des charges. Il est néanmoins possible de déroger à cette obligation pendant les mois d’hiver et pendant la phase d’engraissement (3 mois maximum).

Les exigences relatives à l’accès à l’extérieur varient également selon les filières et les espèces. Cet article présente les systèmes de plein air les plus couramment rencontrés selon les filières, mais d’autres modèles, plus minoritaires, existent sans être détaillés ici.

Implications en fonction des filières – Porcs

La France produit environ 22 millions de porcs par an[2], dans près de 13 000 élevages professionnels. L’élevage porcin avec accès au plein air reste minoritaire : il se retrouve principalement dans le cahier des charges des labels Agriculture Biologique (AB), dans celui de cinq cahiers des charges utilisés pour trois groupes de Labels Rouge, et dans le cahier des charges de certaines appellations d’origine protégée (AOP), notamment pour des races locales comme le Porc noir de Bigorre ou le Kintoa.

Ces modes d’élevage sont très minoritaires au regard de la production porcine totale. Les cinq cahiers des charges Labels Rouge représentent environ 0,7 % de la production nationale. Les AOP ne constituent également qu’une part très marginale de la production totale. En incluant la production labellisée AB, qui représente environ 1,9 % des truies élevées en France, moins de 3 % des porcs élevés sur le territoire ont accès à l’extérieur ou à un espace semi-ouvert à un moment de leur vie[3].

Les porcs ayant un accès au plein air peuvent être élevés :

La courette est une extension extérieure du bâtiment, généralement découverte ou partiellement couverte (où au moins trois côtés sont ouverts sur l’extérieur), avec un sol bétonné plein ou en caillebotis facilitant l’évacuation des effluents. Elle fait partie intégrante de la surface d’hébergement et est prise en compte dans le calcul de la surface disponible par animal.

Une aire d’exercice correspond à une surface extérieure aménagée permettant aux porcs de se déplacer librement, d’explorer et d’exprimer certains comportements naturels. Elle peut aussi bien désigner une courette qu’un parcours extérieur.

Un parcours est un espace extérieur en terre ou végétalisé et qui n’est pas bétonné. Il peut être agrémenté d’abris.

Dans son cahier des charges, le label Agriculture Biologique impose un accès au plein air sur courette ou parcours à tous les stades de la vie du porc. Dans les cahiers des charges des Labels Rouges « fermier », des Labels Rouges « élevé en plein air » et des Labels Rouges « élevé en liberté », les porcs en phase de croissance doivent disposer d’un accès à un espace extérieur au plus tard à partir de 17 semaines d’âge.

Label Rouge Fermier
Label Rouge plein air
Label Rouge Liberté
Agriculture biologique

Âge d'accès à l'extérieur

Au plus tard à 17 semaines

Au plus tard à 17 semaines

Au plus tard à 17 semaines

Accès au minimum à des courettes à tous les stades de vie

Surface par porc

≥ 50 m2/porc sur sol nu ; ≥ 2 m2/porc sur sol bétonné

83m2/porc

250m2/porc

Dépend du stade physiologique de l’animal et du type de surface (ex : environ 715m2/porc d’engraissement sur parcours plein air – (14 porcs engraissement/ha)

Type de surface

Courette, ou parcours (végétalisé ou non)

Parcours

Parcours

Courette ou parcours

📌 Intérêts du plein air pour le bien-être du porc :

Dans son environnement naturel, le porc consacre une grande partie de son temps à fouiller et explorer son environnement à la recherche de nourriture. Des études en milieu semi-naturel ont montré que les porcs domestiques passent environ 52 % de leur journée à chercher de la nourriture en fouissant et broutant et 23 % en déplacement, à explorer leur environnement. Ce comportement d’exploration se manifeste par le fouissage, le reniflement et la manipulation d’objets. Il répond à un besoin comportemental fort que les porcs expriment s’ils en ont la possibilité.

L'accès à un parcours extérieur offre aux porcs un environnement riche et varié qui leur permet d'exprimer ces comportements. À l'inverse, élevés en bâtiment ou sur une courette extérieure bétonnée avec des matériaux à manipuler inadaptés, ils redirigent ces comportements exploratoires vers leurs congénères, ce qui peut engendrer des comportements anormaux, comme la caudophagie[9].

Implications en fonction des filières – Avicole

La filière avicole présente un tableau très différent, en particulier pour les poules pondeuses pour lesquelles l’élevage en plein air est aujourd’hui majoritaire, ce qui n’est pas le cas de toutes les espèces de volailles. La filière regroupe sept espèces (dinde, pintade, canard, caille, pigeon, oie et poulet) avec des modes de production très variables d’une espèce à l’autre.

Dans la filière avicole, l’accès au plein air peut prendre différentes formes, allant d’espaces intermédiaires à un accès libre à l’extérieur :

Un jardin d’hiver ou véranda est un espace supplémentaire accolé au poulailler, couvert par un toit et ouvert sur au moins un côté (généralement le plus long), protégé par un grillage et/ou un filet brise-vent.

Un parcours végétalisé est un espace extérieur enherbé.

Un parcours arboré un espace extérieur enherbé intégrant des zones d’ombrage et de protection contre le vent et les prédateurs aériens, créées par la plantation d’arbres et de bosquets.

📌 L’influenza aviaire :

Il existe plusieurs niveaux de risques concernant l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). Quand le risque est défini comme « élevé », cela amène à des mesures renforcées pour limiter la propagation du virus, dont la mise à l’abri des oiseaux en bâtiment fermé[10].

Par dérogation, certaines volailles élevées en plein air peuvent bénéficier d’aménagements :

  • Les poules pondeuses élevées en plein air peuvent être placées sur un parcours réduit sur autorisation préalable du préfet.
  • Les poulets de chair, les dindes et les pintades élevés en plein air peuvent être placés sur un parcours réduit sans autorisation préalable du préfet (dès la 8ème semaine d’âge pour les poulets et pintades et dès la 10ème semaine d’âge pour les dindes).
  • Les canards gras et oies peuvent être placés dans un abri léger ou sur un parcours réduit sous un filet en fonction de l’âge, du mode d’élevage, de la densité en élevage et de la zone où se trouve l’élevage.


Un « parcours réduit » est défini dans l’Arrêté du 25 septembre 2023 relatif aux mesures de surveillance, de prévention, de lutte et de vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) comme un parcours dont la surface initiale a été réduite par l’installation d’une clôture permettant d’éviter la divagation des volailles hors de cette surface. Un « abri léger » est défini comme une construction avec un toit en matériau plein, dont les matériaux sont nettoyables et désinfectables. Les parois sont en matériaux plein, grillage ou filet de sorte que les oiseaux détenus n’aient aucun contact avec la faune sauvage.

Poules pondeuses

En 2024, on comptait environ 49 millions de poules pondeuses en France, dont environ trois quarts élevés dans des systèmes alternatifs aux cages[11]. La filière comprend environ 2 240 fermes en agriculture biologique (données 2021)[12] et plus de 6 000 éleveurs de volailles de chair et de poules pondeuses ont le Label Rouge (données 2024). 

La filière « poules pondeuses » présente l’un des taux d’accès au plein air le plus élevé. Les œufs commercialisés sous les mentions Plein air, Label Rouge ou Agriculture Biologique proviennent de poules ayant accès à l’extérieur et représentent près de la moitié de la production totale d’œufs en France.

Plein air
Label Rouge
Agriculture biologique

Âge d’accès à l’extérieur

Accès continu pendant la journée dès le plus jeune âge

Accès continu pendant la journée dès le plus jeune âge et au plus tard à 25 semaines (175 jours)

Accès pendant au moins 1/3 de leur vie, en continu pendant la journée dès le plus jeune âge et au plus tard à 25 semaines (175 jours)

Surface par poule pondeuse

4m2

Plein air : 5m2 ;

 Liberté : 8m2

4m2

Type de surface

Parcours végétalisé

 

Parcours végétalisé et arboré

Parcours végétalisé et arboré

Densité maximale

< 2 500 poules pondeuse/hectare

Pas de données

< 490 poules pondeuses par hectare

Poulets de chair

En production de viande, le poulet représente environ 74 % de la production de volailles en France, suivi par la dinde (15 %), le canard (9 %) et la pintade (1,4 %). Les autres espèces réunies représentent environ 0,6 % de la production totale[17].

La France a produit environ 690 millions de poulets en 2023[18]. Contrairement aux poules pondeuses, le plein air reste minoritaire dans cette filière : le Label Rouge représente 13% de la production, les AOC 2% et l’Agriculture Biologique 1%. Les poulets sous Certification de Conformité Produit (CCP) représentent 5% de la production, certains cahiers des charges des CCP prévoient un accès à un parcours extérieur. Au total, on estime qu’entre 15 et 20 % des poulets de chair élevés en France bénéficient d’un accès au plein air[19]

Répartition du cheptel de poulets de chair
Label Rouge
Agriculture biologique
Certains CCP

Âge d’accès à l’extérieur

Au plus tard à 6 semaines

Pendant au moins un tiers de leur vie

Pas de données

Surface par poulet

Plein air : 4m2 

Liberté : illimité (minimum 4m2)

2,5m2

1m2

Type de surface

Parcours végétalisé et arboré

Parcours végétalisé et arboré

Pas de données

Dindes

La France a produit environ 31 millions de dindes en 2023[22]. Seule une faible proportion, estimée à environ 3% (soit moins d’un million de dindes), est élevée en plein air. Les cahiers des charges applicables sont similaires à ceux des poulets de chair élevés en plein air.

Label Rouge (plusieurs cahiers des charges)
Agriculture biologique
AOP

Âge d’accès à l’extérieur

8 semaines

Pendant au moins un tiers de leur vie

10 semaines

Surface par poulet

6m2

10m2

20m2

Type de surface

Parcours végétalisé et arboré

Parcours végétalisé et arboré

Parcours végétalisé (prairies)

Canards gras et oies

En 2023, environ 18 millions de canard à foie gras et 80 000 oies ont été élevés en France[24]. Durant la phase de pré-gavage, les canards et oies élevés sous Label Rouge ou IGP Sud-Ouest ont accès à un parcours extérieur. L’IGP Canard à foie gras du Sud-Ouest représentait, en 2020, environ 63 % de la production nationale[25].

Dans ce cadre, la surface minimale du parcours est de 2 m² par canard, et la durée de cette phase varie de 6 à 12 semaines. En système standard, l’accès à l’extérieur n’est pas obligatoire, bien que certains éleveurs choisissent de le mettre en place.

Canards à rôtir

La France a produit un peu plus de 21 millions de canards à rôtir en 2023[26]. La production de canard élevés en plein air (Label Rouge et AB) est très marginale (moins d’1% de la production).

Label Rouge
Agriculture biologique

Âge d’accès à l’extérieur

Entre 6 et 8 semaines maximum selon la saison

Pendant au moins un tiers de leur vie

Surface par poulet

2m2

4,5m2

Type de surface

Parcours végétalisé et arboré

Parcours végétalisé et arboré

Pintades

La France a produit en 2023 environ 18 millions de pintades[29]. 16,5% de cette production (soit environ 3 millions de pintades) était en Label Rouge et 0,3% en Bio.

Label Rouge
Agriculture biologique

Âge d’accès à l’extérieur

Entre 6 et 8 semaines maximum selon la saison

Pendant au moins un tiers de leur vie

Surface par poulet

2m2

4m2

Type de surface

Volière ou parcours végétalisé et arboré

Parcours végétalisé et arboré

Le saviez-vous ?

Depuis 1991, des règles européennes encadrent les mentions d'étiquetage des volailles élevées en plein air. Ces règles ont failli disparaître en 2022, ce qui aurait permis à des mentions floues comme « Poulets à l’air libre » ou « Poulets de plein vent » d'apparaître sans contrôle sur les étiquettes. Les nouvelles normes entrées en vigueur le 9 mars 2026 maintiennent ces protections et ajoutent un nouvel élément : il est désormais interdit d'utiliser des visuels de paysage sur les emballages de volailles élevées en bâtiment[31].

📌 Intérêts du plein air pour le bien-être des volailles

 

L'accès au plein air offre aux volailles la possibilité d'exprimer des comportements naturels (picorage au sol, bain de poussière, exploration, locomotion) que les systèmes en bâtiment ne permettent pas toujours ou peu. En pratique cependant, l'utilisation effective du parcours est très variable : dans certaines études, moins de 15 % des volailles sortaient à un instant donné, et restaient généralement proches du bâtiment[32].

 

La présence d'arbres et d’abris joue un rôle important. Les volailles préfèrent les espaces avec des arbres ou des arbustes, qui leurs offrent une protection contre les prédateurs aériens et les conditions météorologiques. Des études montrent qu'un couvert arboré, même limité, augmente significativement la proportion de volailles allant sur le parcours et la surface utilisée[33]. C'est pourquoi certains cahiers des charges (Labels Rouges, Label AB) imposent non seulement une surface minimale, mais aussi la présence d’arbres et d’abris sur le parcours.

Implications en fonction des filières – Cunicole

L’élevage conventionnel de lapins se fait en cage, sans accès à l’extérieur. Moins de 1 % des ventes de lapin sont en Label Rouge, pour lequel le plein air n’est pas obligatoire. La production biologique est très minoritaire mais impose quant à elle un accès au plein air ou semi-plein air.

📌 Intérêts du plein air pour le bien-être du lapin

 

Le lapin est un animal social et explorateur qui, lorsqu’il est à l'état sauvage, passe une grande partie de son temps à chercher de la nourriture, se déplacer et explorer son environnement, tout en restant à proximité d'abris lui permettant de se protéger des prédateurs. En élevage, l'accès à un parcours plein air lui permet d'exprimer ces comportements, comme le pâturage qui est le comportement le plus fréquemment observé chez les lapins ayant accès à l'extérieur[34].

Implications en fonction des filières – Ruminants

Pour les ruminants, l’accès au plein air prend une forme différente des filières avicole et porcine : il correspond principalement à l’accès au pâturage où les animaux se nourrissent d’herbe. Celui-ci peut se faire en :

Les prairies permanentes sont des surfaces agricoles semées depuis plus de 5 ans et composées de végétation herbacée.

Les prairies naturelles non semées sont des espaces naturels ou semi-naturels non semés, avec une végétation herbacée, arbustive ou arborée, souvent peu ou pas mécanisables.

Les différents labels (AB, Label Rouge, AOC, AOP, IGP) garantissent un accès au plein air à certaines périodes de l’année. Le label AB impose par exemple un accès aux pâturages chaque fois que les conditions le permettent ; le Label Rouge un pâturage minimum de 6 mois par an, et certaines AOP des périodes définies, comme l’AOP Maine-Anjou qui impose un pâturage obligatoire du 15 mars au 15 novembre. Certains labels privés imposent également du pâturage.

L’accès au pâturage est donc souvent saisonnier : en hiver, les conditions climatiques ou l’état des sols peuvent conduire les éleveurs à rentrer les animaux en bâtiment, même dans les systèmes labellisés. L’accès au plein air peut ainsi se limiter à quelques mois par an pour certains animaux.

Bovins - Vaches allaitantes

En 2024, la France comptait environ 3,7 millions de vaches allaitantes[35].
Environ 2 090 élevages étaient labellisés AB en 2021[36].

L’accès au pâturage varie selon le stade de vie des animaux et leur âge à l’abattage :

  • Les veaux élevés sous la mère restent en bâtiment pour que leur viande soit blanche. La mère peut avoir accès au plein air et rentre deux fois par jour pour les nourrir.
  • Les broutards et broutardes sortent à la pâture avec leur mère jusqu’à leur sevrage.
  • Les jeunes bovins de boucherie (taurillon ou génisse) sont engraissés en bâtiment, après la séparation de leur mère entre 7 et 9 mois.
  • Les génisses qui renouvelleront le troupeau ont généralement accès au plein air, quand les conditions le permettent.
  • Les bœufs (abattus à 3 ans) et vaches allaitantes pâturent tous les ans à chaque saison de pâturage. L’accès à l’extérieur est souvent garanti toute l’année pour les bœufs, y compris lorsqu’il n’y a plus d’herbe et qu’ils sont nourris avec du fourrage.

Pour les labels AB, Label Rouge, AOC, AOP et IGP, les animaux adultes ont systématiquement accès au pâturage, et les veaux ont accès à l’extérieur à partir de 6 mois. Pour le label AB, les veaux ont un accès permanent à un espace extérieur au plus tard à 6 semaines d’âge. Parmi les élevages de bovins allaitants conventionnels, il n’existe pas d’élevage naisseur 100% en bâtiment : l’objectif est de valoriser l’herbe, qui est peu coûteuse, en la faisant consommer directement par les animaux plutôt que de la faucher et la distribuer, ce qui génère des coûts supplémentaires en main-d’œuvre et en carburant.

Bovins - Vaches laitières

En 2024, la France comptait environ 3,1 millions de vaches laitières[37]. 4 410 élevages étaient en Bio en 2021, la part de la production Bio représentant 5% de la production totale.

Comme pour les bovins allaitants, l’accès au pâturage varie selon le stade de vie :

  • Les veaux de boucherie n’ont pas d’accès au plein air,
  • Les jeunes bovins mâles (abattus entre 12 et 24 mois) sont engraissés en bâtiment,
  • Les génisses de boucherie (abattues vers 24 à 30 mois) passent la saison de pâture au pâturage,
  • Les génisses qui renouvelleront le troupeau ont généralement accès au plein air, quand les conditions le permettent,
  • Les bœufs (abattus vers 2 ans) pâturent tous les ans pendant la saison de pâturage,
  • Vaches laitières : Plus de 90% des exploitations laitières font pâturer leurs vaches laitières au moins une partie de l’année[38].


En moyenne, les vaches laitières pâturent près de 7 mois par an.

Ovins – Brebis allaitantes

En 2024, la France comptait environ 3 millions de brebis allaitantes[39]. 1,5% de la production est labellisée AB, soit environ 1960 élevages.

Parmi les productions d’agneaux, on retrouve les :

  • Agneaux de bergerie : nés et élevés en bergerie, sans accès au plein air (consommés à Pâques)
  • Agneaux nés à l’extérieur et élevés en bergerie (consommés à Noël)
  • Agneaux d’herbe : nés et élevés à l’extérieur (consommés à l’automne)


Les agneaux nés à l’extérieur et élevés en bergerie et les agneaux d’herbe ont un accès au plein air. Les agneaux d’herbe représentent environ 15% de la production totale d’agneaux.

Pour les labels AB, Label Rouge, AOC, AOP et IGP, les animaux adultes ont accès au pâturage quand les conditions météorologiques le permettent, et les agneaux doivent disposer d’un accès à un espace extérieur pendant au moins 30 jours. Cet espace est généralement une courette, qui doit être découverte sur 50% de la surface et ouverte sur un côté.

Ovins – Brebis laitières

On compte 1,2 millions de brebis laitières en 2024 en France[40]. La quasi-totalité des brebis laitières ont accès au pâturage, la filière étant largement structurée autour d’AOP dont les cahiers des charges imposent le pâturage en période de disponibilité d’herbe et dès que les conditions climatiques le permettent, comme le Roquefort, l’Ossau-Iraty ou le Brocciu. 10% de la production des brebis laitières est labellisée AB (environ 650 élevages en 2023).

Chèvres

En 2024, on compte 907 000 chèvres laitières en France. 18% des élevages caprins sont en système pâturage. 10% de la production des chèvres laitières est labelisée AB (environ 1 170 élevages).

Pour les labels AOP, AOC, IGP, le pâturage n’est pas obligatoire. 

📌 Intérêts du plein air pour le bien-être des ruminants

 

Le pâturage est un comportement important pour les ruminants : dans des conditions naturelles, bovins, ovins et caprins passent une grande partie de leur journée à brouter, explorer et se déplacer. L'accès au pâturage leur permet d'exprimer ces comportements, de bénéficier d'une alimentation diversifiée et d'un environnement stimulant leur activité physique. Chez les vaches laitières notamment, l'accès au pâturage est associé à un taux plus faible de boiteries[41]. Ces bénéfices varient cependant selon la qualité et la diversité du pâturage, la saison et la gestion du nombre d’animaux par parcours.

Conclusion

Le plein air recouvre donc des réalités diverses, qui varient selon les espèces, les filières, les labels et les saisons. Si certains animaux bénéficient d’un accès large et continu à l’extérieur, d’autres n’y ont accès que quelques semaines dans leur vie, voire pas du tout, ou dans des espaces très limités.

L’accès au plein air présente des bénéfices documentés pour le bien-être des animaux, mais il s’accompagne aussi de contraintes spécifiques : risques de prédation, exposition aux conditions climatiques, risques de transmission de parasites ou de maladies infectieuses, accès à l’alimentation variable, etc. Ces risques varient selon les espèces et les systèmes d’élevage, et leur gestion fait partie intégrante des enjeux liés à l’élevage en plein air.

Par ailleurs, l’accès au plein air ne préjuge pas du bien-être effectif des animaux : la surface disponible, la qualité du parcours, la possibilité d’y exprimer des comportements naturels et le taux d’utilisation réel sont autant de facteurs qui comptent autant, voire davantage, que le simple accès théorique à l’extérieur.

Pour le consommateur, la mention « plein air » sur une étiquette est donc un indicateur utile mais partiel du niveau de bien-être animal, qui gagne à être lu à la lumière du cahier des charges du label concerné ou des spécificités de l’élevage concerné !

Merci à Maxime Delsart, maître de conférences en pathologie des animaux de production à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort et Dorothée Ledoux, maître de conférences en zootechnie et médecine des troupeaux à VetAgro Sup, pour leur relecture.

[1] MASAA – AOC/AOP, IGP : tout savoir sur les signes officiels de l’origine

[2] Agreste – Statistique agricole annuelle 2023 – Chiffres définitifs

[3] IFIP – Porc par les chiffres : 2025

[4] OABA – Filière porcine et labels

[5] Arrêté du 27 juillet 2017 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « porc »

[6] Produire porc bio – Les points réglementaires du porc bio en plein-air

[7] Produire porc bio – Le cahier des charges et la réglementation en élevage de porcs bio

[8] Cahier des charges du Label Rouge n°LA 05/89 « Viandes et abats frais de porc fermier » ; Arrêté du 27-07-2017 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « porc »

[9] Studnitz, M., Jensen, M. B., & Pedersen, L. J. (2007). Why do pigs root and in what will they root ? : A review on the exploratory behaviour of pigs in relation to environmental enrichment. Applied animal behaviour science, 107(3-4), 183-197.

[10] Arrêté du 25 septembre 2023 relatif aux mesures de surveillance, de prévention, de lutte et de vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP)

[11]  Agreste – Graph’Agri 2025

[12] Benoit, M., Steinmetz, L., FLÉChET, D., Piet, L., & Poméon, T. (2024). Les productions d’élevage en AB en France: structures des fermes, répartition spatiale et évolution récente. L’élevage biologique : conditions et potentiel de développement, 21.

[13] CNPO – Les chiffres clés

[14] RÈGLEMENT (CE) n°589/2008 DE LA COMMISSION du 23 juin 2008 portant modalités d’application du règlement (CE) no 1234/2007 du Conseil en ce qui concerne les normes de commercialisation applicables aux œufs

[15] Arrêté du 18 mars 2025 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « ŒUFS DE POULES ÉLEVÉES EN PLEIN AIR, EN COQUILLE OU LIQUIDES » « POULES FERMIÈRES ELEVÉES EN PLEIN AIR / LIBERTÉ »

[16] Certipaq – Guide sur l’élevage de poules pondeuses et poulettes en agriculture biologique

[17] Anvol – Volailles Françaises : reprise de la production confirmée !

[18] Agreste – Statistique agricole annuelle 2023 – Chiffres définitifs

[19] Anvol – Filière Avicole

[20] Arrêté du 10 décembre 2025 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « volailles fermières de chair »

[21] Règlement (UE) 2018/848 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2018 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques

[22] Agreste – Statistique agricole annuelle 2023 – Chiffres définitifs

[23] Arrêté du 10 décembre 2025 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « volailles fermières de chair »

[24] Agreste – Statistique agricole annuelle 2023 – Chiffres définitifs

[25] ITAVI – Résultats technico-économiques en palmipèdes gras (2022)

[26] Agreste – Statistique agricole annuelle 2023 – Chiffres définitifs

[27] Arrêté du 10 décembre 2025 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « volailles fermières de chair »

[28] RÈGLEMENT D’EXÉCUTION (UE) 2020/464 DE LA COMMISSION du 26 mars 2020 portant certaines modalités d’application du règlement (UE) 2018/848 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les documents nécessaires à la reconnaissance rétroactive des périodes de conversion, la production de produits biologiques et les informations communiquées par les États membres

[29] Agreste – Statistique agricole annuelle 2023 – Chiffres définitifs

[30] Arrêté du 10 décembre 2025 fixant les conditions de production communes relatives à la production en label rouge « volailles fermières de chair »

[31] Règlement délégué (UE) 2026/343 de la Commission du 6 octobre 2025 complétant le règlement (UE) n°1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les normes de commercialisation pour la viande de volaille et abrogeant le règlement (CE) n°543/2008 de la Commission

[32] Dawkins, M. S. (2003). Behaviour as a tool in the assessment of animal welfare. Zoology106(4), 383-387.

[33] Campbell, Y. L., Walker, L. L., Bartz, B. M., Eckberg, J. O., & Pullin, A. N. (2025). Outdoor access versus conventional broiler chicken production: Updated review of animal welfare, food safety, and meat quality. Poultry Science104(4), 104906.

[34] Fetiveau, M. (2023). Etude des relations entre le bien-être, la santé et la croissance chez le lapin élevé avec un accès à un parcours herbager (Doctoral dissertation, Institut National Polytechnique de Toulouse-INPT).

[35] Agreste – Graph’Agri 2025

[36] Benoit, M., Steinmetz, L., FLÉChET, D., Piet, L., & Poméon, T. (2024). Les productions d’élevage en AB en France: structures des fermes, répartition spatiale et évolution récente. L’élevage biologique: conditions et potentiel de développement, 21.

[37] Agreste – Graph’Agri 2025

[38] Agreste – Les exploitations bovines laitières en France métropolitaine en 2020

[39] Agreste – Graph’Agri 2025

[40] Agreste – Graph’Agri 2025

[41] EFSA Panel on Animal Health and Animal Welfare (AHAW), Nielsen, S. S., Alvarez, J., Bicout, D. J., Calistri, P., Canali, E., … & Winckler, C. (2023). Welfare of dairy cows. EFSA journal21(5), e07993.

à retenir

CHIFFRE CLÉ

3%

Pourcentage des porcs élevés en France avec un accès à l’extérieur ou à un espace semi-ouvert.