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Peut-on (ré)concilier chats domestiques et biodiversité ?

Chat et biodiversité
Chat et biodiversité

C'est possible !

Les chats ont un impact non négligeable sur la biodiversité, que ce soit par la prédation ou par d’autres mécanismes, tels que la compétition avec la faune locale ou la transmission de maladies. Des stratégies existent pour limiter ces impacts : stérilisation, dispositifs de prévention de captures, enrichissements, … mais elles impliquent de trouver un bon équilibre entre le bien-être, la santé et la sécurité des chats, et la protection de la biodiversité.

à retenir

On estime à près de 17 millions le nombre de chats domestiques en France en 2024[1], ce qui en fait l’animal de compagnie le plus représenté après les poissons. La France en accueillerait potentiellement le double si on inclut les chats errants non identifiés[2].

📌 Chat de compagnie, libre, errant, haret ou féral …

Il existe plusieurs populations de chats domestiques :

  • Le chat de compagnie est nourri, identifié, le plus souvent stérilisé, soigné et sous la responsabilité d’une personne.
  • Le chat dit « libre »[3] est nourri, identifié, stérilisé et soigné. Il est sous la responsabilité du maire ou par délégation, d’une association de protection des animaux. Après des soins ou sa stérilisation, il est replacé sur les lieux de sa capture et il bénéficie de la même protection qu’un chat de compagnie, notamment en cas de maltraitance.
  • Le chat errant est nourri, plus ou moins régulièrement, par les humains. On a estimé sa population en France à 11 millions en 2017[4]. Un chat non identifié trouvé à plus de 200 m des habitations est considéré comme un chat errant, même s’il vit avec un humain. Il en est de même pour un chat de compagnie trouvé à plus de 1 km du domicile de son propriétaire sans ce dernier.
  • Le chat haret ou féral est un chat domestique retourné à l’état sauvage. Il vit et se reproduit librement dans la nature, sans intervention humaine directe.

Le chat est aujourd’hui l’un des animaux de compagnie les plus répandus au monde : présent sur tous les continents sauf l’Antarctique et introduit sur des centaines d’îles, il figure parmi les espèces les plus largement distribuées sur la planète.

Domestiqué il y a plus de 9 000 ans, le chat a été introduit par les humains dans des écosystèmes où il n’était pas présent naturellement, de manière accidentelle ou pour lutter contre les rongeurs. Son arrivée a profondément bouleversé l’équilibre de certains écosystèmes, et a impacté la biodiversité. La responsabilité du déclin global de la biodiversité ne peut toutefois lui être attribué en priorité. En effet, l’IPBES a établi dès 2019[5] cinq facteurs directs majeurs liés au déclin de la biodiversité mondiale, qui sont tous des conséquences des activités humaines : le changement d’usage des terres et des mers, l’extraction des ressources, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes.

Faisons d’abord le point sur les impacts des chats sur la biodiversité et les écosystèmes pour aborder ensuite les mesures qui permettent de réduire ou prévenir les impacts négatifs et ainsi (ré)concilier chats et protection de la biodiversité.

Quels impacts sur les écosystèmes ?

Transmission de maladies

Les chats sont porteurs d’un large éventail de maladies, dont certaines peuvent se transmettre à d’autres espèces sauvages. On retrouve parmi ces maladies le FIV et le FeLV, pour lequel il existe un vaccin. Ces deux maladies ne sont pas transmissibles à l’humain mais aux autres félins.

Le FIV (virus de l’immunodéficience féline) est l’analogue félin du VIH humain : il provoque une immunosuppression  progressive et fatale. Il se transmet principalement par morsure et touche les félins du monde entier.

Le FeLV (virus de la leucémie féline) se transmet par la salive ou lors de l’accouplement et provoque lui aussi une immunosuppression. Il peut se transmettre aux félins sauvages : une infection provenant d’un seul chat domestique aurait ainsi causé la mort de cinq panthères de Floride, une sous-espèce qui ne compte qu’environ 200 individus[6].

Certains parasites des chats se transmettent également à la faune sauvage comme les puces[7] ou Toxoplasma gondii qui est un parasite interne que les chats peuvent transmettre via leurs fèces aux marsupiaux, aux loutres de mer ou à de nombreuses espèces d’oiseaux par exemple[8].

Hybridation avec des espèces de félins locales

Le chat domestique est issu du chat sauvage, et les hybridations entre les deux espèces sont fréquentes et documentées dans de nombreuses populations sauvages à travers le monde. Un exemple est le cas des populations de chats forestiers (Felis silvestris silvestris) en Écosse.

Son hybridation avec le chat domestique constitue aujourd’hui l’une des principales menaces pour sa survie. Le faible nombre de chats sauvages restants, tous plus ou moins hybridés, fait que la population est considérée comme n’étant plus viable[9].

Chat forestier

Le saviez-vous ?

Lorsqu'une population sauvage s'hybride massivement avec une espèce domestique, elle perd progressivement ses caractéristiques génétiques propres. Les gènes typiques de l'espèce sauvage se diluent à chaque génération dans ceux de l'espèce domestique, jusqu'à disparaître. La population d’origine est alors considérée comme génétiquement éteinte mais les individus hybridés peuvent former une nouvelle espèce.

Au-delà du Chat forestier, des hybridations ont également été produites artificiellement entre chats domestiques et d’autres félins, comme le Chat léopard du Bengale, le Chat de Geoffroy ou le Serval. Ces croisements posent des problèmes de conservation, notamment sur certaines îles japonaises, où des populations endémiques comme le chat de Tsushima ou le chat d’Iriomote sont menacées par l’introgression génétique. L’enjeu central est la capacité à distinguer les espèces indigènes des hybrides, condition nécessaire pour la mise en place d’une stratégie de conservation efficace.

Compétition avec les prédateurs locaux

Les animaux introduits dans un milieu entrent en compétition avec les espèces indigènes  pour la nourriture et l’habitat lorsqu’ils exploitent les mêmes ressources limitées. Dans le cas des chats, chaque proie consommée est une proie en moins pour les prédateurs locaux tels que les rapaces, les renards ou les mustélidés (loutre d’Europe, fouine, hermine, …) en Europe. Une étude[10] menée au Royaume-Uni a montré que plus il y avait de chats dans une zone, moins on y trouvait de mulots sylvestres, une espèce dont se nourrissent de nombreux prédateurs locaux.

Prédation sur la faune locale

La prédation est considérée comme l’impact négatif le plus important des chats sur la faune sauvage, que ce soit par les chats de compagnie en milieux urbains et périurbains, ou par les chats errants et harets dans les environnements naturels. Le chat étant un prédateur généraliste, son régime alimentaire est composé de nombreuses espèces d’oiseaux, de mammifères, de reptiles, etc.

La prédation par les chats peut réduire la taille des populations d’espèces locales, modifier les espèces présentes dans un milieu et affecter négativement leur succès reproducteur.

Aux États-Unis, une étude a estimé que les chats en liberté (chats de compagnie et chats errants) tuaient entre 1,3 et 4 milliards d’oiseaux et entre 6,3 et 22,3 milliards de mammifères chaque année. Les chats en liberté constitueraient la principale source de mortalité en lien avec les activités humaines pour les oiseaux et les mammifères aux États-Unis[11].

À l’échelle mondiale, une autre étude[12] a recensé 2 084 espèces consommées par les chats, dont près de 350 étaient des espèces à enjeux de conservation. Environ 9 % de toutes les espèces d’oiseaux connues, 6 % des espèces de mammifères et 4 % des espèces de reptiles figurent dans le régime alimentaire des chats.

📌 Un enjeu particulier sur les îles[13]

Le chat est l’un des prédateurs invasifs les plus répandus sur les îles : il peut survivre sans accès à l’eau douce, se reproduire rapidement, s’adapte facilement à de nouveaux environnements et adopte des comportements de prédation généralistes. Il a donc un impact négatif important sur la faune locale, qui a généralement un fort taux d’endémisme lié à l’isolement géographique des îles.

Si l’éradication des populations de chats sur les îles est souvent considérée comme la meilleure solution pour protéger la biodiversité, elle peut se révéler contre-productive dans certains écosystèmes. En effet, lorsque des rongeurs introduits sont également présents, la suppression des chats peut entraîner une explosion des populations de rongeurs, qui nuisent eux aussi fortement à la faune locale[14].

Dans le monde, on estime que les chats sont responsables à eux seuls de l’extinction de 63 espèces (40 espèces d’oiseaux, 21 de mammifères et de 2 reptiles), ce qui représente 26% de l’ensemble des extinctions imputables aux prédateurs mammifères introduits[15].

Extinctions d'espèces causées par les chats

Que chassent les chats en France ? [16],[17]

En France parmi les proies consommées par le chat, on retrouve principalement :

Une enquête participative[18] menée par le Muséum national d’Histoire naturelle et la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères entre 2015 et 2022 a étudié les proies rapportées par les chats de compagnie à leur propriétaire. Au total, plus de 5 000 chats ont rapporté près de 36 500 proies en France hexagonale.

Plusieurs études ont estimé le taux de prédation des chats de compagnie entre 2 et 36 proies par an, contre 177 à 300 proies par an pour les chats errants/harets.

Les chats de compagnie en France chassent ainsi principalement des espèces communes (voir tableau) et généralistes, et restent généralement à proximité des habitations[19].

Facteurs influençant le comportement de chasse [20]

INTERNES

Certains chats auraient naturellement un tempérament plus explorateur et curieux, ces individus auraient donc davantage un tempérament de « chasseur » que d’autres.

Les jeunes chats de moins de 5 ans sont plus enclins à chasser que les individus plus âgés. Les jeunes ramènent plus souvent des lézards, dont les mouvements pourraient stimuler leur comportement de jeu. La chasse aux oiseaux, qui nécessite une bonne condition physique, est aussi davantage le fait des jeunes chats.

Si le comportement de prédation est en partie inné, les compétences de capture se développent principalement entre quatre et douze semaines de vie. Les apprentissages réalisés durant cette période déterminent en grande partie les capacités de chasse du chat à l’âge adulte.

EXTERNES

L’abondance des proies présentes dans la zone d’exploration du chat influence significativement le nombre d’animaux capturés. Les prairies bocagères sont par exemple des lieux riches en biodiversité où les chats errants et les chats de compagnie chassent.

Les oiseaux sont davantage chassés au printemps, avec un pic entre avril et juin correspondant aux périodes de nidification et aux premières sorties des oisillons. Les rongeurs sont chassés en automne, quand leurs populations sont les plus grandes. Les reptiles sont principalement capturés en été, lorsqu’ils sont les plus actifs.

Plus un chat sort, plus il chasse, et plus il perfectionne sa technique au fil du temps, augmentant ainsi son taux de succès à chaque tentative.

Par beau temps, même les chats de compagnie nourris à volonté chassent. Par temps froid ou pluvieux, ils préfèrent généralement rester à l’intérieur et se contenter de la nourriture fournie par leur propriétaire.

Des stratégies différentes selon les populations de chats

Pour limiter leur impact sur la biodiversité, différentes stratégies de prévention et de réduction de la prédation peuvent être mises en place. Hormis le confinement total des chats, peu réaliste, aucune n’est efficace à 100% et il est souvent nécessaire de mettre en place différentes mesures, adaptées à la situation et l’environnement.

Les stratégies sont différentes selon les populations de chats, selon qu’il s’agisse de chats errants, harets, libres ou de chats de compagnie.

Mesures pour réduire l’impact des chats errants et harets sur la biodiversité

Une des premières mesures efficaces pour limiter l’impact des chats errants sur la biodiversité est la prévention de la reproduction en vue de contrôler les effectifs de chats dans une zone géographique donnée. Cela passe par la capture et la stérilisation des chats errants, qui sont ensuite soit relâchés dans leur milieu d’origine et pris en charge par la mairie de la commune où ils vivent ou par délégation par une association (ils deviennent alors des « chats libres »), soit sont proposés à l’adoption (ils deviennent alors des chats de compagnie).

Dans certains contextes particuliers, notamment les îles avec d’importantes populations de chats errants et de chats harets, des campagnes d’éradication sont parfois menées en vue de protéger la biodiversité et les écosystèmes indigènes. Différents moyens sont employés, souvent de manière complémentaire : capture et euthanasie, campagnes de chasse, empoisonnement ou encore introduction de maladies (comme la panleucopénie féline).

Ces campagnes suscitent généralement une forte opposition de l’opinion publique, soulèvent des questions en matière de bien-être animal et d’éthique, sont très coûteuses et nécessitent de nombreuses années avant de porter leurs fruits (par exemple, une quinzaine d’années de campagnes successives sur l’île Marion en Afrique du Sud). Leur efficacité reste débattue selon la superficie de l’île et la présence d’humains ou non, même si elles ont été jugées efficaces sur des îles de petite superficie et inhabitées[21]. Dans les contextes non insulaires, les campagnes d’éradication sont d’avantage controversées car il est impossible d’empêcher le retour d’autres félins sur un territoire donné. La stérilisation demeure ainsi la stratégie préconisée.

Comment limiter l’impact des chats de compagnie sur la biodiversité ?

Concernant les chats de compagnie, différentes stratégies peuvent être appliquées, selon les contextes d’habitation et les habitudes des propriétaires, tout en tenant compte de la personnalité du chat et de son bien-être.

La stérilisation précoce

La stérilisation précoce des chats (entre 4 et 6 mois) permet de limiter des naissances non désirées, et d’éviter que son chat ne se reproduise avec des chats errants ou des chats de compagnie non stérilisés et que les descendants ne viennent ainsi accroître la population générale de chats non stérilisés dans une zone géographique donnée.

En France, si la stérilisation des chats (mâles et femelles) est largement pratiquée (80% des chats)[22], elle intervient généralement tardivement (souvent après 2 ans)[23] et après une première portée, ce qui contribue aux problèmes de surpopulation et d’abandons. Sur le plan du bien-être animal, la stérilisation présente également des avantages pour le chat : elle prévient certaines maladies génitales, entraîne une diminution des comportements agonistiques vis-à-vis d’autres chats et diminue les comportements de chaleur/rut[24].

Avantages stérilisation

La prévention des abandons

Sensibiliser les citoyens dès leur plus jeune âge aux impacts de l’abandon des chats sur leur bien-être mais aussi sur la biodiversité semble important. En effet, lorsqu’un chat redevient chat errant ou haret, son alimentation n’étant plus nécessairement prise en charge régulièrement par les humains, son comportement de prédation peut être exacerbé. En outre, s’il n’est pas stérilisé, il contribuera par sa reproduction, à la surpopulation de chats dans une zone donnée.

Le saviez-vous ?

La Loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes a mis en place des certificats d’engagement et de connaissance obligatoires pour les acquéreurs d’animaux de compagnie et renforcé les sanctions en cas d’abandon. Néanmoins, on estimait à près de 150 000 le nombre de chats abandonnés en France en 2021[25].

La limitation de nombre de chats ayant accès à l’extérieur par foyer

En France, aucune réglementation n’encadre le nombre maximum de chats détenus par foyer. En Suisse, depuis plus d’une dizaine d’années, un débat public a lieu sur la mise en place d’une politique du « chat unique »[26]. Cette politique repose sur l’argumentaire selon lequel limiter le nombre de chats par foyer, notamment de chats ayant accès à l’extérieur, permettrait de réduire la pression sur la biodiversité d’une zone donnée. Mais la mesure est loin de faire consensus : certains s’opposent à tout encadrement du nombre de chats par foyer, d’autres soulignent qu’en zones urbaine et périurbaine, la densité des foyers est de toute façon trop élevée pour que cela soit suffisant, même en autorisant un seul chat par foyer.

La mise en œuvre de mesures visant à réduire la prédation

Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre afin de limiter la prédation d’un chat de compagnie :

Apporter une alimentation facilement accessible, de qualité et en quantité suffisante pour couvrir les besoins nutritionnels journaliers du chat

Cela peut contribuer à réduire les comportements de prédation du chat. En effet, les chats qui ont accès à l’extérieur se nourrissent entre 7 et 20 fois par jour, via de petites prises alimentaires. Concentrer la prise de repas en une fois dans la journée pourrait les inciter à chasser plus fréquemment[27]. De même, une ration avec des protéines de qualité et couvrant les besoins nutritionnels journaliers serait susceptible de limiter les comportements de prédation[28].

Cette mesure alimentaire est jugée comme étant d’une efficacité limitée car la présence de nourriture n’empêche pas le chat de chasser et de tuer une proie qui lui est présentée, mais peut limiter le comportement de chasse. Elle est toutefois facile à mettre en place et elle n’altère pas le bien-être du chat, au contraire ! 

Le saviez-vous ?

Un chat bien nourri peut tout à fait chasser, jouer avec sa proie et la tuer sans la consommer. La faim influence la recherche de nourriture et la consommation de la proie, mais pas l'instinct de chasse, ni la mise à mort. Un chat non nourri par l'humain peut consacrer jusqu'à 12 heures par jour à chasser, contre moins d'une heure pour un chat nourri, mais dans les deux cas, l'instinct reste présent ![29]

Les dispositifs les plus communs sont les colliers à clochette et les colliers à motifs qui doivent être impérativement dotés d’un système anti-étranglement pour protéger le chat. Le port d’un collier à clochette ne serait pas nécessairement très efficace contre la capture des oiseaux qui utilisent principalement la vue (plutôt que l’ouïe) pour repérer leurs prédateurs[30]. Il en serait de même pour les rats, les lézards et les insectes et l’efficacité est même jugée variable pour les petits rongeurs.

De plus, la question du port de clochette ne fait pas consensus chez les spécialistes : portée en permanence, la clochette soulève des questionnements sur le bien-être du chat compte tenu de ses capacités auditives développées. En revanche, les colliers à motifs sembleraient plus efficaces : des études ont notamment observé une réduction des comportements de chasse chez les chats qui en portent, ces derniers ayant moins de succès de capture[31]. Néanmoins, la fréquence de perte de ces colliers est élevée et est un frein pour les propriétaires.

Certaines zones, comme les parcs, jardins ou lieux de nourrissage des oiseaux, sont particulièrement riches en biodiversité et peuvent concentrer beaucoup de proies recherchées par les chats. L’accès des chats à ces zones peut être limité au moyen de clôtures physiques adaptées ou de répulsifs (à ultrasons, odorants, jets d’eau à détection de mouvement…). Ces derniers semblent toutefois avoir un effet dissuasif modéré et nécessiter un apprentissage pour que le chat évite réellement la zone concernée[32].

La LPO recommande de placer les mangeoires à oiseaux et les nichoirs à plus de 1,8-2 mètres de hauteur ou sur des arbres protégés par des herses adaptées, ainsi que dans une zone dégagée permettant aux oiseaux d’avoir une bonne visibilité sur les alentours[33].

Certaines périodes de la journée correspondent à des moments de chasse privilégiés par les chats, notamment le crépuscule et l’aube[34]. Empêcher son chat de sortir à l’extérieur pendant ces plages horaires permettrait de réduire son impact négatif sur la biodiversité. De même, le confinement nocturne des chats permet de réduire la prédation sur les chauves-souris, notamment de mi-juin à la fin du mois d’août, lorsque les femelles sont gestantes. Toutefois, une étude australienne a montré qu’un confinement nocturne des chats avait réduit le nombre d’opossum chassés par ces derniers, mais avait parallèlement conduit à une augmentation de la proportion d’attaques félines sur les oiseaux la journée (+30 à 53%)[35].

La LPO préconise le confinement aux périodes de l’année dites « sensibles » comme par exemple lors des épisodes de pluie ou de froid prolongés où les oiseaux viennent se nourrir à proximité des maisons, au printemps pendant la période de nidification et de sortie de nid des jeunes oisillons, ou encore lorsque vous partez en vacances[36].

Si une telle mesure permet de réduire efficacement l’impact négatif des chats sur la biodiversité tout en présentant d’autres avantages pour sa santé, elle présente aussi des inconvénients. Parmi les avantages les plus cités, on trouve la réduction des risques d’accidents (routiers, de relations agonistiques avec d’autres animaux), des risques de perte de l’animal, d’intoxication, d’infections et de zoonoses et au final, une espérance de vie plus élevée.

Quant aux inconvénients d’un confinement total, on peut noter : un risque accru d’obésité, une prédisposition aux risques de cystites et d’obstruction urétrale, des problèmes comportementaux en cas de frustration (vocalisations, malpropreté, stéréotypies de type léchage, grattage compulsif…) qui peuvent conduire à des abandons[37].

La balance en faveur du bien-être des chats n’est pas évidente et nécessiterait plus de recherches sur le sujet : entre une santé améliorée pour les chats d’intérieur et une meilleure expression des comportements propres à l’espèce (chasse, exploration de l’environnement) pour les chats ayant accès à l’extérieur.

D’autres mesures de réduction de la prédation sont régulièrement citées dans la littérature, mais nécessiteraient d’être davantage étudiées, comme par exemple l’enrichissement du milieu intérieur et la stimulation du chat par le jeu avec l’humain pour reproduire les différentes phases de la prédation[38]. L’impact de la race ou des premières années de vie du chat (phase d’apprentissage assurée par sa mère ou non) sont aussi des pistes à explorer afin de savoir si elles peuvent influer sur le comportement de prédation des chats.

La perception des propriétaires, une pierre angulaire

Il est reconnu par une majorité de l’opinion publique que le comportement de chasse des chats impacte négativement la biodiversité. Dans une étude menée en 2020 en France, 58% des répondants considéraient que le comportement de chasse des chats était un problème pour la biodiversité[39].

Toutefois, les propriétaires de chats considèrent rarement que leur propre chat puisse être responsable d’un impact négatif sur la biodiversité. Selon la même étude, 36% des propriétaires interrogés (dont le chat allait à l’extérieur) considéraient le nombre de proies rapportées par leur chat comme « négligeable » et 26% « important mais acceptable ». Seuls 20% d’entre eux considéraient que leur chat rapportait un nombre « excessif » de proies. Même lorsque ce comportement de chasse était reconnu comme problématique, les propriétaires ne se sentaient pas toujours responsables des agissements de leur chat : 45% considéraient avoir une certaine part de responsabilité dans le comportement de prédation de leur chat, contre 42 % qui rejetaient toute responsabilité relative à ce comportement (13 % ne se prononçaient pas).

Dans une autre étude menée en Grande-Bretagne en 2018, une majorité de propriétaires interrogés considéraient que la chasse était avant tout un comportement naturel de leur animal et que ce dernier était difficilement contrôlable en raison de son caractère « indépendant »[40]. En outre, les propriétaires considéraient souvent que la sécurité et le bien-être de leur chat étaient prioritaires. Lorsqu’ils confinaient leur chat la nuit, c’était davantage pour protéger leur animal de compagnie des accidents de la route que pour limiter leur comportement de prédation. Les propriétaires exprimaient également fréquemment une réticence à doter leur chat d’un collier de prévention des captures en raison de risques perçus pour leur chat (étranglement) et de la perte fréquente de ce type de dispositif.

Le niveau d’acceptation par les propriétaires des différentes mesures pour limiter l’impact des chats sur la biodiversité est variable[41] : les mesures les plus acceptées en France sont la stérilisation des chats non destinés à l’élevage félin (90% d’acceptation), les dispositifs de prévention des captures (51%) et l’incitation au maintien des chats dans l’enceinte de la propriété (jardin, balcon, terrasse) (46%).

La limitation du nombre de chats qui ont un accès à l’extérieur par foyer est peu accepté (26%), ainsi que l’instauration de zones géographiques où les chats doivent obligatoirement être maintenus à l’intérieur (29%).

Concernant le confinement du chat, qu’il soit permanent ou limité à certaines périodes de la journée, les propriétaires sont plus nombreux à considérer cette proposition défavorable (45 %).

Ainsi, les mesures les moins coercitives et les plus faciles à mettre en œuvre sont celles qui reçoivent le meilleur niveau d’acceptation de la part des propriétaires de chats français.

Le saviez-vous ?

La culture et le contexte influencent les comportements des propriétaires vis-à-vis de leur chat : par exemple, aux Etats-Unis, 55 à 60% des chats vivent exclusivement à l’intérieur. Cette proportion est bien moindre en Europe (24% au Royaume-Uni)[42]. Cette différence provient certainement des risques extérieurs différents : aux États-Unis, les coyotes et les pumas, qui sont des prédateurs carnivores, sont relativement nombreux à proximité des aires urbaines. Le risque de prédation perçu par les propriétaires de chats américains est donc certainement plus important qu’en Europe.

Conclusion

Un déclin majeur de la biodiversité est acté sur le plan mondial et ses principales causes sont liées aux activités humaines. Dans une moindre mesure, les chats ayant accès à l’extérieur peuvent contribuer à ce déclin de quatre façons principales : en transmettant des maladies à d’autres espèces sauvages, en entrant en compétition avec les prédateurs locaux pour les mêmes proies, en s’hybridant avec des félins sauvages et en menaçant ainsi leur intégrité génétique, et enfin par la prédation directe sur la faune locale, qui n’est pas identique pour tous les chats, certains étant plus chasseurs que d’autres. Ces impacts sont observés partout dans le monde, mais c’est sur les îles que la pression exercée par les chats est la plus forte, en raison de la vulnérabilité des espèces insulaires. Il convient néanmoins de noter que dans certains contextes, les chats peuvent également jouer un rôle positif en régulant des populations de rongeurs introduits.

Différentes stratégies peuvent être mises en place pour limiter leurs impacts sur la biodiversité. Concernant les chats errants et harets, il s’agit notamment des campagnes de stérilisation. Concernant les chats de compagnie, la stérilisation précoce est également primordiale, tout comme la prévention des abandons, pour éviter des phénomènes de surpopulation féline. Les mesures visant à réduire la prédation des chats sont également intéressantes, tout en prenant en compte le bien-être de chaque animal, mais elles ne limitent pas la propagation de maladies à d’autres espèces. La perception des propriétaires quant à l’impact de leur chat sur la biodiversité est également un élément clef à prendre en compte, qui dépend des contextes et des cultures.

Il apparait nécessaire de trouver un bon équilibre entre le bien-être, la santé et la sécurité des chats, et la protection de la biodiversité. A ce titre, une des conclusions de la conférence « The Outdoor Cat : Science and Policy from a Global Perspective » de Los Angeles en 2012 semble intéressante :

« Il est primordial de développer un consensus éthiquement et scientifiquement fondé sur la manière de réduire les antagonismes à propos des chats d’extérieur, en tenant explicitement compte de la diversité des contextes dans lesquels la gestion de ces derniers doit être effectuée. Cela devrait impliquer une collaboration entre experts du bien-être animal et spécialistes de la conservation. Compte-tenu du mal-être et des souffrances répandues des chats et du déclin de nombreuses espèces d’animaux sauvages, toutes les parties ont le devoir de veiller à travailler ensemble sur la résolution de ces enjeux ».

Pour résumer

Merci à Hélène Soubelet, docteure vétérinaire et directrice générale de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, pour sa relecture !

[1] FACCO – Les chiffres clés de la population animale en France

[2] One Voice – Chats errants en France : état des lieux, problématiques et solutions

[3] Article L211-27 du Code rural et de la Pêche maritime

[4] One Voice – Chats errants en France : état des lieux, problématiques et solutions

[5] IPBES (2019), Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services 

[6] Lepczyk, C. A., Lohr, C. A., & Duffy, D. C. (2015). A review of cat behavior in relation to disease risk and management options. Applied Animal Behaviour Science, 173, 29-39.

[7] Clark, N. J., Seddon, J. M., Šlapeta, J., & Wells, K. (2018). Parasite spread at the domestic animal-wildlife interface: anthropogenic habitat use, phylogeny and body mass drive risk of cat and dog flea (Ctenocephalides spp.) infestation in wild mammals. Parasites & vectors11(1), 8.

[8] Hollings, T., Jones, M., Mooney, N., & McCallum, H. (2013). Wildlife disease ecology in changing landscapes: Mesopredator release and toxoplasmosis. International Journal for Parasitology: Parasites and Wildlife2, 110-118.

[9] Nussberger, B., Barbosa, S., Beaumont, M., Currat, M., Devillard, S., Heurich, M., … & EUROWILDCAT Consortium. (2023). A common statement on anthropogenic hybridization of the European wildcat (Felis silvestris). Frontiers in Ecology and Evolution, 11, 1156387.

[10] Philip J Baker and others, ‘Factors Affecting the Distribution of Small Mammals in an Urban Area’ (2003) 33 Mammal Review 95.

[11] Loss, S. R., Will, T., & Marra, P. P. (2013). The impact of free-ranging domestic cats on wildlife of the United States. Nature communications, 4(1), 1396.

[12] Lepczyk, C. A., Fantle-Lepczyk, J. E., Dunham, K. D., Bonnaud, E., Lindner, J., Doherty, T. S., & Woinarski, J. C. (2023). A global synthesis and assessment of free-ranging domestic cat diet. Nature Communications, 14(1), 7809.

[13] Bonnaud, E., Medina, F. M., Vidal, E., Nogales, M., Tershy, B., Zavaleta, E., … & Horwath, S. V. (2011). The diet of feral cats on islands: a review and a call for more studies. Biological invasions, 13(3), 581-603.

[14] Courchamp, F., Langlais, M., & Sugihara, G. (1999). Cats protecting birds: modelling the mesopredator release effect. Journal of Animal Ecology, 68(2), 282-292.

[15] Doherty, T. S., Glen, A. S., Nimmo, D. G., Ritchie, E. G., & Dickman, C. R. (2016). Invasive predators and global biodiversity loss. Proceedings of the National Academy of Sciences, 113(40), 11261-11265.

[16] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[17] Castañeda, I., Forin-Wiart, M.-A., Pisanu, B., & de Bouillane de Lacoste, N. (2023). Spatiotemporal and Individual Patterns of Domestic Cat (Felis catus) Hunting Behaviour in France. Animals, 13(22), 3507. https://doi.org/10.3390/ani13223507

[18] Castañeda, I., Forin-Wiart, M.-A., Pisanu, B., & de Bouillane de Lacoste, N. (2023). Spatiotemporal and Individual Patterns of Domestic Cat (Felis catus) Hunting Behaviour in France. Animals, 13(22), 3507. https://doi.org/10.3390/ani13223507

[19] Baker, P. J., Molony, S. E., Stone, E., Cuthill, I. C., & Harris, S. (2008). Cats about town: is predation by free‐ranging pet cats Felis catus likely to affect urban bird populations? Ibis, 150, 86-99.

[20] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[21] NOGALES, M., MARTÍN, A., TERSHY, B.R., DONLAN, C.J., VEITCH, D., PUERTA, N., WOOD, B. and ALONSO, J. (2004), A Review of Feral Cat Eradication on Islands. Conservation Biology, 18: 310-319. https://doi.org/10.1111/j.1523-1739.2004.00442.x

[22] Baromètre FACCO-Odoxa 2024 :  https://www.facco.fr/barometre-facco-odoxa-2024-2025-chiffres-2-5/

[23] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[24] Voir notre article « Stérilisation et bien-être du chat » : https://chaire-bea.vetagro-sup.fr/sterilisation-et-bien-etre-du-chat/

[25] Avis du CNR BEA relatif aux premières actions à mener dans le cadre de l’Observatoire de la protection des carnivores domestiques (OCAD), 2022, doi : 10.17180/p5dn-3y69

[26] Le Monde, « En Suisse, la politique du chat unique », 2014 : https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2014/09/28/la-suisse-envisage-la-politique-du-chat-unique_4494089_4497186.html

[27] Cecchetti, M., Crowley, S.L. and McDonald, R.A. (2021), Drivers and facilitators of hunting behaviour in domestic cats and options for management. Mam Rev, 51: 307-322. https://doi.org/10.1111/mam.12230

[28] LSD , « Le chat, un tueur né », 2025 : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/le-chat-un-tueur-ne-2780682

[29] BRADSHAW J., CASEY R., BROWN S. (2012d) The Cat : Domestication and Biology. In The Behaviour of the Domestic Cat, 2e ed. Bristol, CABI.

[30] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[31] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[32] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[33] LPO, Fiche médiation faune sauvage : chats domestiques, 2024 : https://www.lpo.fr/media/read/9833/file/FM_CHATS%20DOMESTIQUES_aout2024_WEB.pdf

[34] Crowley SL, Cecchetti M, McDonald RA. Hunting behaviour in domestic cats: An exploratory study of risk and responsibility among cat owners. People Nat. 2019;1:18–30. https://doi.org/10.1002/pan3.6

[35] McCarthy, S. (2005), Managing impacts of domestic cats in peri-urban reserves. In: Proceedings of the 14th National Conference on Urban Animal Management in Australia, Canberra, ACT, Australia. Australian Veterinary Association, Melbourne. http://aiam.org.au/resources/Documents/2005%20UAM/PUB_Pro05_SallyMcCarthy_Impacts.pdf 

[36] LPO, Fiche médiation faune sauvage : chats domestiques, 2024 : https://www.lpo.fr/media/read/9833/file/FM_CHATS%20DOMESTIQUES_aout2024_WEB.pdf

[37] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[38] Cecchetti, M., Crowley, S.L. and McDonald, R.A. (2021), Drivers and facilitators of hunting behaviour in domestic cats and options for management. Mam Rev, 51: 307-322. https://doi.org/10.1111/mam.12230

[39] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[40] Crowley SL, Cecchetti M, McDonald RA. Hunting behaviour in domestic cats: An exploratory study of risk and responsibility among cat owners. People Nat. 2019; 1: 18–30. https://doi.org/10.1002/pan3.6

[41] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

[42] Eichstadt, R. (2020). Impact de la prédation du chat domestique (Felis catus) sur la faune sauvage : enquête auprès de propriétaires français sur la perception de cette problématique et des mesures de contrôle proposées. Médecine vétérinaire et santé animale.

à retenir

CHIFFRE CLÉ

1,3 à 4 milliards

Estimation du nombre d’oiseaux tués par les chats par an aux Etats-Unis.