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Quand on mange de la viande de bœuf on mange vraiment du bœuf, VRAI ou FAUX ?

Réponse rédigée en partenariat avec Marie-Pierre Ellies de Bordeaux Sciences Agro :

Bien souvent faux !

Pourtant, certains plats de la gastronomie française indiquent être faits à partir de viande de bœuf, le bœuf bourguignon par exemple, et de nombreux restaurants proposent des plats à base de bœuf, de même que de nombreuses enseignes de distribution font la promotion de « foires au bœuf » … alors que la viande ne provient pas toujours d’un bœuf !

Source : https://www.icatalogue.fr/i/geant-casino/foire-au-boeuf-604445

C’est de fait autorisé car la réglementation[1] ne précise pas les catégories de bovins, nécessairement âgés de plus de 8 mois, pouvant être commercialisées sous l’appellation générique « viande de bœuf ». 

Et oui, il est possible d’appeler « viande de bœuf », la viande provenant des catégories de bovins suivantes :

  • les génisses de boucherie : il s’agit des bovins femelles n’ayant pas encore vêlé (c’est-à-dire n’ayant pas encore donné naissance à un veau). Elles sont généralement abattues entre 30 et 36 mois ;
  • les vaches qui représentent les bovins femelles ayant vêlé au moins une fois et qui, une fois arrivées au terme de leur carrière de production (production laitière ou production allaitante[2]), sont « réformées » ;
  • les taureaux : il s’agit des mâles adultes non castrés. Ils sont très peu présents en élevage bovins et sont principalement utilisés pour la reproduction ;
  • les taurillons ou jeunes bovins : il s’agit des mâles non castrés et abattus généralement entre 14 et 24 mois ; 
  • les bœufs : il s’agit des mâles adultes castrés et abattus généralement à l’âge de trois ans.

💡En résumé !
La « viande de bœuf » peut donc désigner aussi bien de la viande de génisses de boucherie, de vaches de réforme, de taurillons et de bœufs !

Quelle est la proportion de bœufs dans la production et dans la consommation française ?

En 2021, la France a produit  1,28 millions de Tonnes Equivalent Carcasse[4](pour en savoir plus sur la TEC voir la fin de notre article !), dont :

  • 30 % étaient des taurillons ou des taureaux
  • 47 % des vaches, ce qui correspond à environ 1,65 millions de vaches
  • 17 % des génisses 
  • et seuls 5 % étaient des bœufs, ce qui correspond à environ 144 000 bœufs, soit 10 fois moins que les vaches !

Ce qui est intéressant de souligner également est que 68% de cette production provient d’animaux qui ont été élevés pour produire de la viande (filière viande ou allaitante) et que 32% provient d’animaux dont la vocation première était de produire du lait (filière laitière), et dont la viande est une finalité secondaire.

Pour ce qui est de la consommation, en 2021, la France a consommé 1,29 millions de Tonnes Equivalent Carcasse. Cela correspond environ à 23.6 Kgec (Kg équivalent carcasse) par habitant et par an[5], ce qui équivaut à environ 60g de viande par jour et par français.

Sur l’ensemble de la consommation : 

  • 16% provenait de taurillons et de taureaux
  • 60% de vaches
  • 18% de génisses
  • Et 6% de bœufs
Source : estimations GEB-Institut de l’Élevage, % tonnage de Gros Bovins : https://www.grands-troupeaux-mag.fr/wp-content/uploads/2021/10/Chiffres-cles-bovins-2021.pdf

Le différentiel dans la proportion des différentes catégories d’animaux entre production et consommation s’explique par les exportations et les importations. Même si les échanges représentent un faible volume, la France exporte des carcasses de taurillons et importe des quartiers avant et des pièces de viande provenant de vaches. La quasi-totalité de ces échanges se font avec des pays européens.

Pour préserver l’environnement, il est nécessaire toutefois que cette consommation de viande bovine diminue en privilégiant encore plus les productions françaises afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées au transport et lutter contre le réchauffement climatique.

💡En résumé !
En France, nous consommons donc essentiellement de la viande provenant de vaches, très majoritairement nées et élevées en France (laitières et allaitantes), et très peu de viande provenant de bœufs

Quels sont les principales caractéristiques des différents types de production ?

Le type d’animal a un effet significatif sur les caractéristiques de la carcasse. 

Ainsi, les taurillons ont des poids et des rendements carcasse plus élevés que les bœufs, les génisses et les vaches. 

Les taurillons ont cependant une note d’état d’engraissement[6] plus faible par rapport aux bœufs, aux génisses et aux vaches. Pour le dépôt de gras, le gras « persillé »[7], est important. En effet, il a été démontré que l’accumulation de ce dépôt adipeux a un impact important sur la qualité organoleptique[8] de la viande bovine. Ainsi, des travaux scientifiques montrent, avec des tests faits à l’aveugle, que les consommateurs préfèrent les viandes persillées aux viandes maigres, tant en France[9] qu’à l’étranger[10]. La présence de gras intramusculaire permet d’améliorer la flaveur, la jutosité et indirectement la tendreté de la viande[11].

Or, le gras persillé est un gras qui se dépose tardivement chez l’animal et tous les animaux ne déposent pas du gras aussi rapidement. Cela dépend en effet de leur précocité[12]. Plus l’animal est précoce, plus les dépôts de gras seront précoces et importants[13].

Il existe une différence de précocité : 

  • entre les races : ainsi, les races laitières sont par exemple plus précoces que les races allaitantes,
  • entre les sexes : les femelles déposent plus de persillé que les mâles, et les bœufs ont un statut intermédiaire, 

Les différents types d’animaux n’ont, de même, pas la même morphologie, ce qui peut avoir des conséquences sur la proportion des différents morceaux de viande. Ainsi par exemple, les races à viande ont un rendement supérieur par rapport aux vaches laitières et un taurillon aura un développement important des quartiers « avant », une femelle un développement plus important des quartiers « arrière » et un bœuf un développement plus équilibré.

Enfin, produire un bœuf, ou plus généralement un animal âgé, représente un coût plus important. En effet, l’indice de consommation augmente avec l’âge, c’est-à-dire que pour produire un kilo de viande, il faudra fournir plus d’aliment à l’animal. Qui plus est, garder l’animal coûte également plus de paille, nécessite plus de soins vétérinaires et occupe le logement plus longtemps, donc il s’agit là d’une réelle « stratégie » d’élevage.

Pour résumer ce que nous venons de dire :


En bonus, pour en savoir plus sur la Tonne équivalent carcasse (TEC) et sur le rendement carcassse :

Pour comprendre cette dernière illustration, il est important de noter que la carcasse d’un animal inclut les muscles, le gras et les os mais ne comprend plus le poids des organes ou de la peau. Le poids de la carcasse est donc plus faible que le poids vif de l’animal vivant. La différence entre le poids vif et le poids de la carcasse est ce qu’on appelle le rendement carcasse. Pour autant, le poids de la carcasse ne correspond pas au poids qui est acheté par le consommateur, la viande étant en partie désossée et dégraissée après sortie de l’abattoir et avant mise en rayon. Un kilo de viande de bœuf dans les rayons (désossé) correspond ainsi à 1.3 kg équivalent carcasse.

1kg de viande de bœuf acheté dans nos rayons de supermarché correspond ainsi à 1,5kg de carcasse et à 2,7 kg de poids vif (animal vivant)

[1] Voir l’arrêté du 18 mars 1993 relatif à la publicité des prix des viandes de boucherie et de charcuterie : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006082060/. Retour

[2] La production allaitante correspond aux vaches élevées pour la production de viande. Elles font des veaux, qu’elles allaitent, qui sont ensuite élevés pour être abattus et produire de la viande. Le lait des vaches allaitantes n’est pas destiné à la production laitière. Retour

[3]Directives CE 1249/2008 et 1308/2013.

[4] La tonne équivalent carcasse est une unité de mesure qui permet de comparer en poids les produits alimentaires d’origine animale https://www.franceagrimer.fr/FAQ/VIANDES/Viandes-Que-signifie-T.E.C. Pour en savoir plus sur la TEC voir la fin de notre article ! Retour

[5] Source : La consommation de viande en France en 2020 – Synthèses conjoncturelles – Juin 2021 – FranceAgriMer – Agreste avec le SSP. Retour

[6] Note permettant de mesurer les réserves de graisse de l’animal. Retour

[7] Le gras persillé est le gras intramusculaire qui correspond à l’ensemble des dépôts lipidiques présents au sein du muscle. Retour

[8] C’est-à-dire l’activation des organes des sens, et ici particulièrement le goût. Retour

[9] Normand J., Flattard C., Philibert A., (2017). Attentes de consommateurs en matière de qualité de viande bovine, enquête sur la base d’analyse sensorielles. Compte rendu d’étude Institut de l’Elevage et france Agrimer 112. Retour

[10] O’Quinn T.G., Brooks J.C., Polkinghorne R.J., Garmyn A.J., Johnson B.J., Starkey J.D., Rathmann R.J., Miller M.F. (2012). Consumer assessment of beef strip loin steaks of varying fat levels. Journal of Animal Science, 90, 626–634. https://doi.org/10.2527/jas.2011-4282. Retour

[11] https://viandesetproduitscarnes.com/index.php/fr/1195-quels-facteurs-d-elevage-influent-sur-le-depot-de-persille-dans-la-viande-bovine. Retour

[12] La précocité est l’aptitude de l’animal à atteindre rapidement l’état adulte et la composition corporelle de l’individu mature. Retour

[13] https://www.viandesetproduitscarnes.fr/index.php/fr/processtechnologies/851-le-gras-des-animaux-approche-zootechnique. Retour

Comment évaluer le bien-être animal ?

Les différents contextes d’évaluation du bien-être des animaux

De nombreux acteurs ont la volonté d’améliorer le bien-être des animaux, que ce soit dans les élevages ou pour les animaux de compagnie. De plus en plus de consommateurs veulent être informés sur le niveau de bien-être des animaux à l’origine des produits alimentaires qu’ils consomment.

Pour ce faire, une évaluation du bien-être d’un animal ou d’un ensemble d’animaux est un préalable nécessaire.

Cette évaluation peut se dérouler dans différents contextes :

  • Un éleveur qui souhaite un état des lieux du bien-être de ses animaux pour ensuite amorcer une démarche d’amélioration. Cet état des lieux peut être réalisé par l’éleveur lui-même dans le cadre d’un autodiagnostic ou par l’intermédiaire d’un intervenant en élevage ou de son vétérinaire pour avoir un regard extérieur. Cette évaluation est la première étape de ce qu’on appelle la boucle d’amélioration, c’est-à-dire l’amélioration continue et progressive du bien-être dans les élevages.
  • Un éleveur qui souhaite intégrer une démarche qualité, pour obtenir un signe officiel de qualité comme par exemple un label, ou pour satisfaire à différentes initiatives qui existent, comme par exemple l’étiquette bien-être animal. L’évaluation doit alors permettre de garantir que l’élevage satisfait à certains critères au regard du bien-être des animaux.
  • Un contrôle officiel, réalisé par les services de l’État, pour s’assurer que l’élevage respecte la réglementation en vigueur. 

Cette vidéo résume bien ce que nous venons d’aborder :

Quel que soit le contexte, l’évaluation doit être basée sur des critères et des indicateurs objectifs et validés scientifiquement et qui reflètent réellement le bien-être des animaux.

ℹ️ Pour aller plus loin, vous pouvez encore consulter :
▪︎ Cette vidéo sur les exigences des labels en matière de bien-être animal
▪︎ Cette vidéo sur la boucle d’amélioration
▪︎ Cette interview de Jean-Philippe Piot, auditeur d’Ecocert, qui labellise les élevages Bio
▪︎ Ce guide réalisé par Danone à destination des producteurs laitiers
▪︎ Ce guide réalisé par Danone à destination des vétérinaires

Les indicateurs de bien-être

Pour rappel, le bien-être des animaux est multicritère et l’ensemble des critères sont donc à évaluer. Selon les définitions ou protocoles, on peut se baser sur les cinq libertés ou sur le protocole Welfare Quality® par exemple.

L’évaluation de chaque critère est basée sur un ou plusieurs indicateurs.

Appliqué au bien-être animal, un indicateur permet d’attribuer une valeur quantifiée à un critère de bien-être évalué dans l’élevage. Parfois un seul indicateur suffit pour évaluer un critère, parfois plusieurs indicateurs sont nécessaires. Par exemple, l’indicateur « note d’état corporel » est suffisant pour évaluer le critère « absence de faim » chez les bovins laitiers, alors que deux indicateurs sont utilisés pour évaluer le critère « expression d’autres comportements » chez la truie : le nombre de stéréotypies et le comportement exploratoire

Lorsque plusieurs indicateurs sont utilisés pour un même critère, il est nécessaire de combiner le résultat de ces indicateurs pour obtenir le résultat du critère en question. De la même manière, les résultats des différents critères seront nécessaires pour obtenir un résultat global du bien-être des animaux.

À retenir
➤ Il n’existe pas un indicateur unique valable pour tous les critères du bien-être animal. Plusieurs indicateurs doivent être utilisés.
➤ Il est intéressant de noter que la majorité des indicateurs utilisés sont principalement des indicateurs de dégradation du bien-être (présence de blessures, propreté non satisfaisante, présence de maladies, difficulté à se lever, etc) et plus rarement des indicateurs qui permettent d’évaluer l’état positif de bien-être des animaux. 

Les deux grandes catégories d’indicateurs

En terme d’évaluation du bien-être, deux grandes catégories sont classiquement utilisées :

  • Les indicateurs basés sur l’environnement (appelés aussi indicateurs basés sur les ressources), qui mesurent les conditions de vie fournies à l’animal et qui servent à apprécier si l’environnement donné permet a priori le respect du bien-être et satisfait à la bientraitance. Les indicateurs basés sur l’environnement sont surtout utiles pour évaluer les facteurs de risque qui peuvent être à l’origine d’une dégradation du bien-être. 
  • Les indicateurs basés sur les animaux qui reposent sur l’observation directe (comportement, état sanitaire, etc.) ou indirecte (production, longévité, etc.) des animaux et qui permettent de s’assurer que le bien-être de l’animal est satisfaisant dans les conditions qui lui sont fournies.
Les deux grandes catégories d’indicateurs appliqués au confort de couchage chez les bovins laitiers (crédit : Sabine li)

Pour un résumé en vidéo de ce que nous venons d’aborder :

À retenir
▪︎ Indicateur basé sur l’environnement ➡︎ évaluation de la bientraitance ➡︎ obligation de moyens
▪︎ Indicateur basé sur les animaux ➡︎ évaluation du bien-être ➡︎ obligation de résultats

Les grands types d’indicateurs basés sur les animaux

Lorsque les conditions de vie des animaux sont perçues comme des contraintes par l’animal, ce dernier réagit et tente de s’adapter. Les réponses adaptatives de l’animal peuvent être d’ordre comportemental ou physiologique et avoir des conséquences sur la production ou la santé des animaux. Ce sont ces modifications que l’observateur va utiliser pour apprécier la dégradation du bien-être des animaux. 

En fonction de l’intensité et de l’origine de la contrainte, un ou plusieurs de ces types d’indicateurs vont être modifiés. Et certains sont généralement plus sensibles que d’autres. On estime habituellement que  les indicateurs comportementaux sont les indicateurs visibles le plus précocement, puis les indicateurs physiologiques. Les indicateurs sanitaires et de production sont, dans la majorité des cas, des indicateurs moins sensibles et moins rapidement ou facilement modifiés face à une contrainte.

Les indicateurs comportementaux

Les indicateurs comportementaux sont ceux qui sont liés à la modification d’un comportement chez l’animal.

Pour en savoir plus

Ce sont les indicateurs généralement les plus sensibles, c’est-à-dire qu’ils vont être modifiés précocement en cas de dégradation du bien-être : ils doivent donc absolument être utilisés par un évaluateur… et chaque personne doit apprendre à observer le comportement des animaux pour être en mesure d’évaluer leur bien-être !

On recense principalement deux grands types d’indicateurs comportementaux : les modifications de l’activité de l’animal et les modifications de sa réactivité.

  • Modification de l’activité de l’animal : il peut s’agir de la modification de la fréquence d’un comportement normal. Par exemple, une vache doit passer 10 à 14h par jour couchée… si elle ne passe que 6 heures couchée, on peut suspecter un problème sur le critère « confort de couchage ». Il peut également s’agir de l’apparition d’un comportement anormal. C’est le cas par exemple de ce qu’on appelle les stéréotypies[1] et qui sont des comportements que l’on ne doit pas observer si le bien-être de l’animal est satisfaisant. 
  • Modification de la réactivité de l’animal : l’animal va réagir exagérément ou alors va rester prostré et moins réagir.

Pour aller plus loin :

À retenir
L’observation du comportement des animaux est essentielle à l’évaluation de leur bien-être.


Les indicateurs physiologiques

Ce sont les indicateurs qui ont trait à la physiologie des animaux, et particulièrement aux réponses de stress.

Pour en savoir plus

Ce sont les indicateurs de stress, tels que par exemple l’augmentation de la concentration en cortisol dans le sang. Dans la mesure où ils nécessitent d’intervenir sur l’animal (prise de sang par exemple), ils sont assez peu utilisés dans la pratique courante et sont plutôt réservés lors de recherches sur le bien-être.

Les indicateurs de production

Il s’agit ici d’analyser les variations de production des animaux pour évaluer leur bien-être.

Pour en savoir plus

Les réactions de stress sont généralement consommatrices d’énergie. De plus, face à une contrainte, l’animal va souvent moins manger. Ces deux paramètres combinés font qu’on peut observer une diminution de la production face à une contrainte. Parmi les principaux indicateurs de production figurent la production de lait, d’œufs, la croissance des animaux ou encore les paramètres de reproduction. 

Il est plus utile d’observer la chute de production que véritablement la production en elle-même car celle-ci dépend de très nombreux facteurs qui ne sont pas forcément reliés au bien-être (génétique de l’animal ou type de production par exemple). Par contre, si une production se met à diminuer, on peut suspecter un problème sur le bien-être de l’animal.

À retenir
Production et bien-être sont étroitement liés. En améliorant le bien-être des animaux, on améliore bien souvent la production.

Les indicateurs sanitaires

Ils concernent l’état de santé de l’animal, c’est-à-dire l’apparition de maladies, de lésions, de boiteries, etc.

Pour en savoir plus

Les indicateurs sanitaires sont peu sensibles et sont donc modifiés tardivement face à une contrainte. Ils sont pour autant particulièrement importants à surveiller car lorsqu’ils apparaissent, ils aggravent généralement la situation de l’animal et le placent dans un cercle vicieux de diminution du bien-être. Un animal qui boite aura par exemple plus de difficultés à se lever ou à se coucher, ce qui risque d’augmenter sa boiterie.

La mesure de ces indicateurs

En fonction de l’indicateur utilisé, différents résultats peuvent être obtenus. Ce peut être un nombre (nombre de comportements observés durant une heure par exemple), un score sur une échelle de notation (une boiterie de 3 sur une échelle de 5 par exemple) ou encore la constatation d’une présence/absence (présence d’une maladie par exemple). 

Le résultat obtenu sera associé à un niveau de bien-être pour le critère évalué.

La façon de mesurer chacun des indicateurs dépend de l’indicateur et du protocole utilisé. Il est important de bien les connaitre avant de les utiliser.

La validation des indicateurs

Sans rentrer dans le détail ici, les indicateurs utilisés dans les protocoles d’évaluation doivent répondre à certaines caractéristiques pour être validés (faisabilité, répétabilité, etc.). Lorsqu’on utilise un protocole ou que l’on souhaite s’informer sur le niveau de bien-être des animaux à l’origine d’un produit alimentaire, il est donc important de s’assurer que les indicateurs utilisés sont scientifiquement validés. Par exemple, les indicateurs du protocole Welfare Quality® ont fait l’objet d’une telle validation par les scientifiques.

Le processus d’intégration

Le processus d’intégration correspond au passage d’un indicateur mesuré sur un animal pour un critère donné à un score global pour l’ensemble des animaux du troupeau. 

L’intégration pour obtenir un résultat représentatif du troupeau

L’enjeu est ici de passer d’un score mesuré individuellement à un score représentatif du niveau de bien-être de l’ensemble du troupeau.

Pour en savoir plus

La plupart des indicateurs sont mesurés à l’échelle individuelle. On va par exemple évaluer la note d’état corporel[2] pour chaque animal.

D’autres indicateurs sont mesurés une seule fois pour l’ensemble des animaux. C’est par exemple le cas de l’évaluation qualitative du comportement qui consiste à décrire globalement comment se comporte le troupeau.

Dans le premier cas, il faut combiner le résultat obtenu pour chaque animal évalué afin d’obtenir un score de troupeau. Différents processus existent pour ce faire. Pour que l’évaluation soit la plus précise et juste possible, il faut soit observer l’ensemble des animaux du troupeau, soit observer un nombre suffisant d’animaux diversifiés pour être représentatif de l’ensemble des animaux.. 

Les indicateurs d’évaluation du bien-être peuvent être mesurés à l’échelle de l’individu ou à l’échelle du troupeau. S’ils sont mesurés à l’échelle de l’individu, ils doivent être combinés pour n’obtenir qu’une valeur pour le troupeau (crédit : Sabine Li).

L’intégration des différents critères pour obtenir un score de bien-être

Le bien-être étant multicritère, les scores obtenus pour chaque critère doivent être combinés, intégrés, pour obtenir une note globale. En fonction de la finalité de l’évaluation et du protocole utilisé, le processus d’intégration peut avoir différentes formes.

Pour en savoir plus

Nous ne présenterons ici que l’intégration proposée par le protocole Welfare Quality® et permettant d’aboutir à une évaluation globale du bien-être. Ce protocole est basé sur 4 principes, déclinés des cinq libertés :

  • Bonne alimentation
  • Bon logement
  • Bonne santé
  • Comportement approprié (il rassemble les libertés « liberté d’exprimer les comportements propres à l’espèce » et « absence de peur et d’anxiété »).

Afin de pouvoir être évalués concrètement sur le terrain, ces principes ont été déclinés en 12 critères. Chaque principe comprend 2 à 4 critères indépendants les uns des autres. Enfin, des indicateurs ont été sélectionnés pour évaluer chaque critère.

PrincipesCritères
Bonne alimentationAbsence de faim prolongée
Absence de soif prolongée
Bon logement Confort de couchage
Confort thermique
Facilité de mouvement
Bonne santéAbsence de blessures
Absence de maladies
Absences de douleurs dues à des pratiques d’élevage
Comportement approprié Expression du comportement sociale
Expression des autres comportements
Bonne relation humain-animal
Etat émotionnel positif
Les 4 principes et les 12 critères de Welfare Quality®

Une fois que tous les indicateurs ont été mesurés sur les animaux, une note unique pour l’élevage est calculée pour chaque indicateur à partir des résultats obtenus sur chaque animal. Les scores des indicateurs participant à un même critère sont alors combinés pour obtenir un score de critère. Ensuite les scores des critères participant à un même principe sont combinés pour obtenir un score de principe. Le score global est déterminé en fonction des scores des 4 principes. Le score global est divisé en 4 catégories : « excellent », « amélioré », « acceptable » et « non classé ». 

Dans l’intérêt de l’animal et dans la mesure où le bien-être est multicritère et où tous les critères sont importants, il est préférable qu’aucune compensation ne soit acceptée, et qu’aucun critère ou principe ne soit totalement délaissé au profit d’un autre. Une certaine pondération est toutefois possible si on estime que certains critères sont « plus importants » au regard du bien-être de l’animal.

Le processus d’intégration du protocole Welfare Quality® (crédit Sabine Li)

Vous avez tout compris et vous souhaitez aller encore plus loin ?

1. N’hésitez pas à télécharger le fascicule Évaluer le bien-être animal paru aux éditions Quae.

2. Pour mettre en pratique vos connaissances, vous pouvez réaliser ce jeu sérieux qui vous fera évaluer le bien-être des vaches laitières dans un élevage virtuel!


[1] Une stéréotypie se définit comme un comportement « répétitif, invariant et qui n’a aucun but ou fonction apparents » (Mason, 1991). Retour

[2] L’état d’engraissement en quelque sorte. Retour

Carrefours de l’Innovation Agronomique – Retour en vidéo sur cette journée dédiée au bien-être des animaux !

Le 5 mai a eu lieu sur le campus vétérinaire de VetAgro Sup les « Carrefours de l’Innovation agronomique » dédiés au bien-être animal et organisés conjointement par la Chaire Bien-être animal, Agreenium, INRAE, le LIT Ouesterel, le CNR BEA et le RMT One Welfare. 

La journée, organisée à la fois en présentiel et distanciel, a accueilli 65 participants, avec des profils très hétérogènes, qui ont pu assister aux conférences et aux ateliers de travail collaboratif. En moyenne 130 personnes supplémentaires ont suivi les conférences à distance.

« L’objectif de la journée était de faire se rencontrer les gens et échanger entre les différentes parties prenantes car il existe beaucoup d’initiatives faites par la recherche, les industriels, les éleveurs, les ONG. Il faut donc que l’on parvienne à se parler, à échanger, pour essayer d’harmoniser les points de vue et ainsi avoir un discours assez clair vis-à-vis du consommateur qui, sinon, est perdu ».

Luc Mounier, responsable de la Chaire Bien-être animal

Pour un rapide retour en vidéo de la journée :

Une partie de l’après-midi était consacrée à la réalisation d’ateliers ayant pour objectif d’identifier les freins et les leviers afin de susciter in fine des démarches de progrès en faveur du bien-être des animaux, à la fois de la part des consommateurs et des éleveurs. Y participaient des représentants des industriels, des filières, des ONG, des éleveurs, des chercheurs, des vétérinaires, etc. Un brain storming collectif qui témoigne d’une volonté d’avancer ensemble vers toujours plus de bien-être ! 

Les ateliers n’étant pas disponibles via le replay, nous vous proposons cette courte vidéo de retour sur ces derniers :