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Quand on mange de la viande de bœuf on mange vraiment du bœuf, VRAI ou FAUX ?

Réponse rédigée en partenariat avec Marie-Pierre Ellies de Bordeaux Sciences Agro :

Bien souvent faux !

Pourtant, certains plats de la gastronomie française indiquent être faits à partir de viande de bœuf, le bœuf bourguignon par exemple, et de nombreux restaurants proposent des plats à base de bœuf, de même que de nombreuses enseignes de distribution font la promotion de « foires au bœuf » … alors que la viande ne provient pas toujours d’un bœuf !

Source : https://www.icatalogue.fr/i/geant-casino/foire-au-boeuf-604445

C’est de fait autorisé car la réglementation[1] ne précise pas les catégories de bovins, nécessairement âgés de plus de 8 mois, pouvant être commercialisées sous l’appellation générique « viande de bœuf ». 

Et oui, il est possible d’appeler « viande de bœuf », la viande provenant des catégories de bovins suivantes :

  • les génisses de boucherie : il s’agit des bovins femelles n’ayant pas encore vêlé (c’est-à-dire n’ayant pas encore donné naissance à un veau). Elles sont généralement abattues entre 30 et 36 mois ;
  • les vaches qui représentent les bovins femelles ayant vêlé au moins une fois et qui, une fois arrivées au terme de leur carrière de production (production laitière ou production allaitante[2]), sont « réformées » ;
  • les taureaux : il s’agit des mâles adultes non castrés. Ils sont très peu présents en élevage bovins et sont principalement utilisés pour la reproduction ;
  • les taurillons ou jeunes bovins : il s’agit des mâles non castrés et abattus généralement entre 14 et 24 mois ; 
  • les bœufs : il s’agit des mâles adultes castrés et abattus généralement à l’âge de trois ans.

💡En résumé !
La « viande de bœuf » peut donc désigner aussi bien de la viande de génisses de boucherie, de vaches de réforme, de taurillons et de bœufs !

Quelle est la proportion de bœufs dans la production et dans la consommation française ?

En 2021, la France a produit  1,28 millions de Tonnes Equivalent Carcasse[4](pour en savoir plus sur la TEC voir la fin de notre article !), dont :

  • 30 % étaient des taurillons ou des taureaux
  • 47 % des vaches, ce qui correspond à environ 1,65 millions de vaches
  • 17 % des génisses 
  • et seuls 5 % étaient des bœufs, ce qui correspond à environ 144 000 bœufs, soit 10 fois moins que les vaches !

Ce qui est intéressant de souligner également est que 68% de cette production provient d’animaux qui ont été élevés pour produire de la viande (filière viande ou allaitante) et que 32% provient d’animaux dont la vocation première était de produire du lait (filière laitière), et dont la viande est une finalité secondaire.

Pour ce qui est de la consommation, en 2021, la France a consommé 1,29 millions de Tonnes Equivalent Carcasse. Cela correspond environ à 23.6 Kgec (Kg équivalent carcasse) par habitant et par an[5], ce qui équivaut à environ 60g de viande par jour et par français.

Sur l’ensemble de la consommation : 

  • 16% provenait de taurillons et de taureaux
  • 60% de vaches
  • 18% de génisses
  • Et 6% de bœufs
Source : estimations GEB-Institut de l’Élevage, % tonnage de Gros Bovins : https://www.grands-troupeaux-mag.fr/wp-content/uploads/2021/10/Chiffres-cles-bovins-2021.pdf

Le différentiel dans la proportion des différentes catégories d’animaux entre production et consommation s’explique par les exportations et les importations. Même si les échanges représentent un faible volume, la France exporte des carcasses de taurillons et importe des quartiers avant et des pièces de viande provenant de vaches. La quasi-totalité de ces échanges se font avec des pays européens.

Pour préserver l’environnement, il est nécessaire toutefois que cette consommation de viande bovine diminue en privilégiant encore plus les productions françaises afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées au transport et lutter contre le réchauffement climatique.

💡En résumé !
En France, nous consommons donc essentiellement de la viande provenant de vaches, très majoritairement nées et élevées en France (laitières et allaitantes), et très peu de viande provenant de bœufs

Quels sont les principales caractéristiques des différents types de production ?

Le type d’animal a un effet significatif sur les caractéristiques de la carcasse. 

Ainsi, les taurillons ont des poids et des rendements carcasse plus élevés que les bœufs, les génisses et les vaches. 

Les taurillons ont cependant une note d’état d’engraissement[6] plus faible par rapport aux bœufs, aux génisses et aux vaches. Pour le dépôt de gras, le gras « persillé »[7], est important. En effet, il a été démontré que l’accumulation de ce dépôt adipeux a un impact important sur la qualité organoleptique[8] de la viande bovine. Ainsi, des travaux scientifiques montrent, avec des tests faits à l’aveugle, que les consommateurs préfèrent les viandes persillées aux viandes maigres, tant en France[9] qu’à l’étranger[10]. La présence de gras intramusculaire permet d’améliorer la flaveur, la jutosité et indirectement la tendreté de la viande[11].

Or, le gras persillé est un gras qui se dépose tardivement chez l’animal et tous les animaux ne déposent pas du gras aussi rapidement. Cela dépend en effet de leur précocité[12]. Plus l’animal est précoce, plus les dépôts de gras seront précoces et importants[13].

Il existe une différence de précocité : 

  • entre les races : ainsi, les races laitières sont par exemple plus précoces que les races allaitantes,
  • entre les sexes : les femelles déposent plus de persillé que les mâles, et les bœufs ont un statut intermédiaire, 

Les différents types d’animaux n’ont, de même, pas la même morphologie, ce qui peut avoir des conséquences sur la proportion des différents morceaux de viande. Ainsi par exemple, les races à viande ont un rendement supérieur par rapport aux vaches laitières et un taurillon aura un développement important des quartiers « avant », une femelle un développement plus important des quartiers « arrière » et un bœuf un développement plus équilibré.

Enfin, produire un bœuf, ou plus généralement un animal âgé, représente un coût plus important. En effet, l’indice de consommation augmente avec l’âge, c’est-à-dire que pour produire un kilo de viande, il faudra fournir plus d’aliment à l’animal. Qui plus est, garder l’animal coûte également plus de paille, nécessite plus de soins vétérinaires et occupe le logement plus longtemps, donc il s’agit là d’une réelle « stratégie » d’élevage.

Pour résumer ce que nous venons de dire :


En bonus, pour en savoir plus sur la Tonne équivalent carcasse (TEC) et sur le rendement carcassse :

Pour comprendre cette dernière illustration, il est important de noter que la carcasse d’un animal inclut les muscles, le gras et les os mais ne comprend plus le poids des organes ou de la peau. Le poids de la carcasse est donc plus faible que le poids vif de l’animal vivant. La différence entre le poids vif et le poids de la carcasse est ce qu’on appelle le rendement carcasse. Pour autant, le poids de la carcasse ne correspond pas au poids qui est acheté par le consommateur, la viande étant en partie désossée et dégraissée après sortie de l’abattoir et avant mise en rayon. Un kilo de viande de bœuf dans les rayons (désossé) correspond ainsi à 1.3 kg équivalent carcasse.

1kg de viande de bœuf acheté dans nos rayons de supermarché correspond ainsi à 1,5kg de carcasse et à 2,7 kg de poids vif (animal vivant)

[1] Voir l’arrêté du 18 mars 1993 relatif à la publicité des prix des viandes de boucherie et de charcuterie : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006082060/. Retour

[2] La production allaitante correspond aux vaches élevées pour la production de viande. Elles font des veaux, qu’elles allaitent, qui sont ensuite élevés pour être abattus et produire de la viande. Le lait des vaches allaitantes n’est pas destiné à la production laitière. Retour

[3]Directives CE 1249/2008 et 1308/2013.

[4] La tonne équivalent carcasse est une unité de mesure qui permet de comparer en poids les produits alimentaires d’origine animale https://www.franceagrimer.fr/FAQ/VIANDES/Viandes-Que-signifie-T.E.C. Pour en savoir plus sur la TEC voir la fin de notre article ! Retour

[5] Source : La consommation de viande en France en 2020 – Synthèses conjoncturelles – Juin 2021 – FranceAgriMer – Agreste avec le SSP. Retour

[6] Note permettant de mesurer les réserves de graisse de l’animal. Retour

[7] Le gras persillé est le gras intramusculaire qui correspond à l’ensemble des dépôts lipidiques présents au sein du muscle. Retour

[8] C’est-à-dire l’activation des organes des sens, et ici particulièrement le goût. Retour

[9] Normand J., Flattard C., Philibert A., (2017). Attentes de consommateurs en matière de qualité de viande bovine, enquête sur la base d’analyse sensorielles. Compte rendu d’étude Institut de l’Elevage et france Agrimer 112. Retour

[10] O’Quinn T.G., Brooks J.C., Polkinghorne R.J., Garmyn A.J., Johnson B.J., Starkey J.D., Rathmann R.J., Miller M.F. (2012). Consumer assessment of beef strip loin steaks of varying fat levels. Journal of Animal Science, 90, 626–634. https://doi.org/10.2527/jas.2011-4282. Retour

[11] https://viandesetproduitscarnes.com/index.php/fr/1195-quels-facteurs-d-elevage-influent-sur-le-depot-de-persille-dans-la-viande-bovine. Retour

[12] La précocité est l’aptitude de l’animal à atteindre rapidement l’état adulte et la composition corporelle de l’individu mature. Retour

[13] https://www.viandesetproduitscarnes.fr/index.php/fr/processtechnologies/851-le-gras-des-animaux-approche-zootechnique. Retour

Le bien-être est le même pour tous les animaux, VRAI ou FAUX ?

Vrai et Faux 🙃… On vous explique tout !

La définition du bien-être et les principes permettant de l’évaluer sont les mêmes, quelle que soit l’espèce et/ou l’animal

Les études scientifiques montrent que de nombreuses espèces, allant des invertébrés aux vertébrés, sont douées de conscience[1] et qu’a minima les vertébrés et les poissons sont capables de ressentir des émotions[2].

Les animaux capables de ressentir des émotions et d’avoir des capacités de représentation peuvent éprouver un état de bien-être ou de mal-être

La définition du bien-être, telle que proposée par l’Anses[3] peut donc être appliquée pour tous les animaux (vertébrés et poissons), sans faire de distinction en fonction des espèces. 

Les définitions opérationnelles utilisées pour l’évaluer concrètement sur le terrain sont donc également les mêmes. Le principe des 5 libertés, ou les principes de Welfare Quality®, peuvent être utilisés qu’il s’agisse de porcs charcutiers en élevage, de truies, de poules … et même de carnivores domestiques. Ainsi, l’absence de soif, ou d’inconfort par exemple doivent être satisfaits aussi bien pour les chats à la maison que pour les éléphants dans la savane.

Et pour vérifier si ces libertés sont bien respectées, il est toujours préférable d’utiliser des indicateurs basés sur les animaux pour évaluer le bien-être des animaux !!

💡En résumé !
Les grands principes du bien-être sont donc les mêmes pour tous les animaux. Cependant, si on regarde un peu plus dans le détail, certains aspects sont propres à chaque espèce, voire à chaque animal.

Les capacités sensorielles, les besoins physiologiques et comportementaux et les indicateurs utilisés sont propres à chaque espèce

Le bien-être des animaux dépend de leur représentation de la situation qu’ils vivent. C’est valable pour tous les animaux… Cette représentation dépend en partie des capacités sensorielles des animaux : quels sont les stimuli qu’ils perçoivent et de quelle manière ? Or en fonction de l’espèce, les capacités sensorielles sont différentes.

Ainsi, pour prendre un exemple connu, si on compare la vision du porc ou de la volaille, le porc a une zone aveugle de 30° en arrière et une zone binoculaire où il distingue bien les reliefs de 50°. Chez la poule, la zone aveugle est de 30° et la zone binoculaire est de 30°. Ces deux espèces ne perçoivent donc pas le monde qui les entoure de la même manière et leur bien-être ne sera pas impacté de la même manière en fonction des stimuli.

De plus, chaque espèce a des besoins physiologiques ou comportementaux qui lui sont spécifiques. Ainsi, le confort thermique des bovins ou des porcs…ou des ours polaires n’est pas le même… une vache n’a pas le même besoin de perchage qu’une poule … et un chien mâtin de Naples n’a pas les mêmes besoins alimentaires qu’un chat persan. Le bien-être dépend de la satisfaction de ces besoins, qui sera propre à chaque espèce.

Les risques pouvant être à l’origine d’une dégradation du bien-être seront donc également spécifiques en fonction des espèces. Les risques d’inconfort de couchage d’un cheval ne seront pas les mêmes que ceux d’un canard…. même si le confort de couchage sera important pour les deux. 

En conséquence, les indicateurs utilisés pour évaluer le bien-être ne seront pas les mêmes selon les espèces. Les indicateurs pour évaluer l’expression du comportement ne seront pas les mêmes chez le porc (comportement de fouissage par exemple) et chez la volaille (comportement de perchage). Et si un même indicateur peut être utilisé pour différentes espèces, il ne se mesurera pas de la même manière. La note d’état corporel[3] peut ainsi être utilisée pour évaluer l’état d’alimentation chez le bovin ou chez le porc… mais vu la différence morphologique entre les deux espèces, elle ne sera pas mesurée selon les mêmes critères.

💡En résumé !
Les capacités sensorielles, les besoins à satisfaire sont spécifiques d’une espèce. Les risques à l’origine d’une dégradation du bien-être sont également spécifiques à chaque espèce. Cela suppose de recourir à des indicateurs propres à chaque espèce pour évaluer le bien-être d’un animal.

Le bien-être est individuel !

Les capacités sensorielles ont une base commune au sein d’une même espèce animale… mais peuvent malgré tout varier d’un individu à l’autre. Certains individus ayant par exemple une meilleure acuité visuelle distingueront mieux certains stimuli, ce qui pourra impacter leur bien-être.

Une fois le stimulus perçu par l’animal, la représentation qu’il s’en fait dépend de nombreux facteurs qui lui sont propres, tels que son expérience, son tempérament… A l’approche d’un humain, deux animaux de la même espèce pourront avoir des représentations différentes : l’un peut avoir une représentation négative et avoir un comportement de fuite (s’il a eu une mauvaise expérience préalable avec les humains) alors qu’un autre pourra avoir une représentation positive s’il a eu une bonne expérience préalable.

Ces deux vaches n’ont pas le même comportement à l’approche de l’éleveuse

La représentation de chaque situation est donc propre à chaque individu… et le bien-être est individuel ! c’est la raison pour laquelle il est préférable de parler de « bien-être des animaux » plutôt que de « bien-être animal » qui laisse penser qu’il est le même pour tous.

Cependant, lorsque plusieurs animaux sont présents, comme en élevage par exemple, les améliorations doivent concerner le plus grand nombre et il est rare de pouvoir individualiser en fonction du bien-être de chacun. C’est pour cette raison que le bien-être doit être évalué sur un nombre important d’individus représentant la diversité du troupeau. L’échantillonnage est important pour avoir une idée de l’état de bien-être « moyen » du troupeau.

Pour conclure :


[1] Pierre Le Neindre, Emilie Bernard, Alain Boissy, Xavier Boivin, Ludovic Calandreau, et al.. La conscience animale. Résumé de l’expertise scientifique collective. Résumé. [Rapport de recherche] INRA. 2017, 8 p. hal-01736383

[2] Les données scientifiques manquent pour généraliser pour les invertébrés même s’il est montré que certains d’entre eux tel que la seiche par exemple peuvent ressentir des émotions (https://anr.fr/Projet-ANR-18-CE02-0022).

[3] https://www.anses.fr/fr/content/l’anses-propose-une-définition-du-bien-être-animal-et-définit-le-socle-de-ses-travaux-de

[4] Qui permet d’évaluer l’état d’engraissement d’un animal

En France, les animaux d’élevage sont nourris avec du soja issu de la déforestation, VRAI ou FAUX?

VRAI… mais pas que, et il existe des alternatives !

Depuis plus de 60 ans, la France et les pays européens sont dépendants de l’Amérique du Sud pour fournir la ration quotidienne de soja à leurs volailles, porcs et vaches laitières… Le tourteau de soja est un aliment riche en protéines essentiel pour ces derniers. Dans l’Union européenne, 90% du soja consommé par les animaux d’élevage est importé, soit plus de 30 millions de tonnes. Pour la France, cela représente environ 3,2 millions de tonnes de tourteaux de soja importés en 2020. 

Au niveau mondial, les trois principaux producteurs de soja sont les Etats-Unis, l’Argentine et le Brésil. Le Brésil reste de loin le plus gros fournisseur de la France, représentant plus de 60% des importations françaises en tourteaux de soja, suivi par l’Argentine (10%)[1]. Cette forte dépendance de la France aux importations de soja est problématique sur le plan de la souveraineté alimentaire (volatilité des prix, dépendance aux accords économiques et donc… politiques) mais également sur le plan environnemental

En effet, en Amérique du Sud, la culture de soja se traduit généralement par une monoculture à base de variétés OGM pratiquée sur des immenses surfaces résultant principalement de la déforestation.

Ces monocultures sont de plus associées à des épandages massifs et croissants de pesticides qui sont pour la plupart interdits dans l’Union européenne en raison de leur nocivité. Cela participe à la destruction d’écosystèmes riches en faune sauvage et biodiversité, à la perturbation du cadre de vie des populations autochtones et… au changement climatique. Qui plus est, le transport du soja depuis l’Amérique du Sud jusqu’en France, bien qu’effectué par cargo, est générateur de gaz à effet de serre.

L’épandage de pesticides est souvent réalisé par avion au Brésil, entraînant des problématiques d’ordre écologique et sanitaire. Pour plus d’info

Comment se répartit ce soja dans l’auge des animaux d’élevage ? 

En France, il faut savoir que 90% du soja importé est consommé à parts quasi égales par les bovins et les volailles. Les volailles de chair et de ponte sont les premières consommatrices des tourteaux de soja (44% du total) suivies par les bovins laitiers et mixtes (36%), les bovins à viande (8%) et les porcs (6%)[3]. En effet, l’alimentation du porc est majoritairement composée de céréales et de tourteaux de colza et de tournesol[4] que l’on produit en France et permise par l’addition d’acides aminés de synthèse[5].

💡Note 
 L’alimentation des animaux d’élevage dépend de plusieurs facteurs : de leur situation géographique, du système d’élevage dans lequel ils se trouvent, des saisons (alimentation hivernale et estivale différentes), des conditions climatiques, des territoires, etc. Les chiffres présentés ci-après sont donc des moyennes annuelles.

La part de soja dans l’alimentation d’une vache laitière 

La ration moyenne d’une vache laitière en France se compose ainsi[6] 

Selon les modes d’élevage, les tourteaux de soja représentent entre 4% (pour les élevages en agriculture biologique) et 36% de la part des concentrés et minéraux.

La part de soja dans l’alimentation d’une volaille 

L’alimentation d’une volaille est composée en moyenne de la manière suivante[7] :

Les alternatives au soja issu de la déforestation et perspectives d’amélioration

Le soja apparaît comme une matière première incontournable de l’alimentation animale en raison de la richesse en protéines, son profil exceptionnel en acides aminés, l’économie en intrants pour le cultiver… C’est pourquoi il est difficilement substituable en intégralité dans l’alimentation des animaux. S’il est possible d’importer du soja présentant des garanties « zéro déforestation » à travers les filières de « production durable », cela ne répond pas à l’ensemble des problématiques environnementales causées par sa culture en Amérique du Sud.

Le soja « responsable » made in France ? 

Produire notre propre soja en France pour nourrir nos animaux d’élevage présenterait de nombreux avantages : un soja garanti « zéro déforestation », non-OGM (pour rappel, la culture d’OGM à des fins commerciales est interdite en France), généralement cultivé avec moins de pesticides (la règlementation européenne étant plus stricte que celle appliquée en Amérique du Sud). 

Relocaliser la production de soja est aussi intéressant en matière de réduction des gaz à effet de serre liés au transport (qui peut s’avérer infime si le soja est produit sur place dans le cadre d’une exploitation autosuffisante) mais aussi via la culture elle-même : le soja utilise l’azote de l’air et produit des composés azotés lors de sa culture. En augmentant la quantité d’azote dans le sol, il fertilise naturellement les sols et réduit les maladies[8]. Au global, selon le Centre d’Étude et de Recherche sur l’Économie et l’Organisation des Productions Animales (CEREOPA), un approvisionnement français en soja représenterait un gain en carbone annuel de 1,4 million de tonnes d’équivalent CO2[9]. 

De plus en plus de soja produit en France 

En 2018, la France a produit plus de 400 000 tonnes de graines de soja[10], ce qui représentait 154 000 hectares cultivés en 2018 et 184 000 hectares en 2020[11], contre seulement 37 500 hectares en 2012. Son objectif est d’atteindre 650 000 tonnes d’ici à 2025. 

Même si la France accroît sa production de soja depuis une dizaine d’années, sa part demeure faible en Europe (la France produit 10% de la production européenne), marginale par rapport aux productions nord et sud-américaines… et comme vu précédemment, insuffisante par rapport à ses propres besoins.

… Et si on changeait de modèle ?

Face à cette problématique, André Le Gall de l’Institut de l’Élevage et André Pflimlin de l’Académie Française d’Agriculture étudient la perspective pour l’élevage français d’accéder à une autonomie en tourteaux de soja, en remplaçant une partie du maïs fourrage par des prairies riches en légumineuses pour l’élevage bovin d’une part, et en développant fortement la production de soja en France et en Europe pour les volailles d’autre part[12].  

Pour les bovins, le postulat d’André Le Gall et d’André Pflimlin est celui du maintien de la production laitière par vache (7000 kg par vache laitière) et des effectifs (3,7 millions de vaches laitière). Il s’agirait de remplacer entièrement les tourteaux de soja consommés par les bovins en améliorant la qualité des fourrages via l’intégration de légumineuses (trèfles, luzerne) : « La réduction de 50 % de la part de maïs ensilage par rapport à la situation actuelle (de 3,2 t MS à 1,6 t MS/vache laitière/an) pour tous les bovins se traduirait par une baisse de la consommation de soja de 1 630 000 tonnes. Cela correspond à la totalité de la consommation de soja par les bovins et représente une réduction de 47 % de la consommation de soja importé en France »[13].

Pour les volailles, il s’agirait de développer des cultures riches en protéines. Concrètement, pour André Le Gall et André Pflimlin, cela consisterait à maintenir les surfaces actuelles dédiées au colza et au tournesol, à multiplier par deux les surfaces en protéagineux et à multiplier par quatre les surfaces cultivées en soja. « Cette progression des surfaces à l’horizon 2030 (+ 869  000 ha) permettrait d’accroître la production de protéines de 765 000 tonnes, ce qui représente l’équivalent de 1,65 millions de tonnes en équivalent tourteaux de soja, soit 48 % des importations actuelles […] Si tout ce tourteau de soja (y compris celui provenant des surfaces actuelles) était réservé aux volailles, cela suffirait pour couvrir la consommation actuelle de soja par les volailles ».

Selon André Le Gall et André Pflimlin, la France dispose des surfaces et du climat pour mettre en œuvre ces alternatives qui permettraient de réduire fortement la quantité de gaz à effet de serre par hectare de fourrage pour les vaches laitières, tout en réduisant les impacts environnementaux en France et en Amérique du Sud liés à la culture du soja. 

Pour Laurent Alves de Oliveira, Maître de conférences en nutrition-alimentation à VetAgro Sup, augmenter la surface cultivée en France de soja doit toutefois s’accompagner de la mise en place d’une filière française permettant de traiter les graines de soja une fois qu’elles sont produites, afin de fabriquer les tourteaux. Sans cela, le gain d’une relocalisation de la culture de soja en France serait vain.


[1] La France Agricole, Marie-Astrid Batut et Eric Young, Comment se passer du soja brésilien, mars 2022. Retour

[2] Duralim, L’observatoire du risque de déforestation importée : premiers résultats, juillet 2021. Retour

[3] Cécile Cordier, Manon Sailley, Jean-Yves Courtonne, Boris Duflot, François Cadudal, et al.. Quantifier les matières premières utilisées par l’alimentation animale en France et segmenter les flux jusqu’aux filières consommatrices. 3R 2020 – 25e édition Congrès international francophone sur les Rencontres Recherches Ruminants, Dec 2020, Paris, France. pp.1-5. Retour

[4] IFIP, Utilisation de soja dans l’alimentation animale en France : la filière porcine peu dépendante !, septembre 2021. Retour

[5] IFIP, Utilisation de soja dans l’alimentation animale en France : la filière porcine peu dépendante !, septembre 2021. Retour 

[6] Observatoire de l’alimentation des vaches laitières Françaises, Que trouve-t-on au menu des vaches laitières Françaises ?. Retour

[7] Isabelle Bouvarel, Michel Lessire, Agnès Narcy, Elisabeth Duval, Sandrine Grasteau, Alain Quinsac, Corinne Peyronnet, Gilles Tran, Valérie Heuze. Des sources de protéines locales pour l’alimentation des volailles : quelles voies de progrès ? OCL 2014, 21(4) D405. Retour

[8] FOP Fédération Française des Producteurs d’Oléagineux et de ProtéagineuxSoja. Retour

[9] Réussir, François d’Alteroche, Réduire l’empreinte carbone du soja importé, décembre 2020. Retour

[10] Chiffres 2018 Terres Univia, l’interprofession des huiles et protéines végétales. Retour

[11] Chiffres 2020 Agreste. Retour

[12] André Le Gall, Institut de l’Elevage et André Pflimlin Académie d’Agriculture de France avec la collaboration de Christophe Perrot et Benoît Rouillé, Idele; Manon Sailley, IFIP et Xavier Poux, IDDRI-ASCA, L’élevage français et européen pourrait se passer du soja américain, étude à paraître. Retour

[13] André Le Gall, Institut de l’Elevage et André Pflimlin Académie d’Agriculture de France avec la collaboration de Christophe Perrot et Benoît Rouillé, Idele; Manon Sailley, IFIP et Xavier Poux, IDDRI-ASCA, L’élevage français et européen pourrait se passer du soja américain, étude à paraître. Retour