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Tondre un mouton, ça lui fait mal ! VRAI ou FAUX ?

FAUX… mais cela peut être stressant !

L’hiver est là, Noël approche, et vous songez à offrir ce beau pull en laine Mérinos que vous avez repéré. Mais vous vous demandez peut-être quels sont les liens entre laine et bien-être animal.

💡 Note : Beaucoup d’animaux produisent de la laine, mais nous allons principalement nous concentrer sur les moutons dans cet article .

Pas de douleurs…

Revenons-en aux basiques, la laine, c’est quoi ?

Il s’agit d’une fibre d’origine animale, le plus souvent de moutons, de chèvres ou de lamas et correspondant à un type particulier de poils produit par ces espèces.
Elle est généralement récoltée à l’aide d’une tondeuse électrique, un peu comme une tondeuse à barbe ou à cheveux (mais en plus puissant !).

En termes de douleur donc, la récolte de la laine est similaire à un passage chez le coiffeur chez les humains : il s’agit simplement de couper des poils.

… mais pas sans risques pour autant

Cependant, la tonte ne doit pas être effectuée sans précautions. Elle peut blesser l’animal si elle n’est pas réalisée par un professionnel. Les lames des tondeuses ou des forces peuvent notamment couper la peau de l’animal si elles sont mal positionnées.

De fait, pour éviter les blessures, cette opération requiert l’immobilisation de l’animal (contention) et son isolement du reste du groupe, deux manipulations qui sont généralement source de stress pour l’animal.1,2 La tonte provoque ainsi un pic détectable pendant une heure environ par analyse sanguine des différents marqueurs de stress.3

Dans les semaines suivant la tonte, d’autres mesures concernant le confort de l’animal doivent également être prises, en termes de confort thermique (voir ci-après) ou de couchage, celui-ci étant facilité sur un sol dur par la présence de laine.
De nombreuses recherches ont pour but de développer des méthodes pour réduire au maximum ce stress au moment de la tonte et les jours qui la suivent.

 ℹ️ Exemple : Offrir un couchage adapté aux bêtes les jours suivants leur tonte aide les moutons à récupérer plus rapidement.4

Et ils n’ont pas froid après ?

Vous vous en doutez, un animal tondu résistera moins bien aux températures faibles qu’un animal recouvert de laine.5 Tondre un animal modifie en effet sa zone de neutralité thermique (voir notre précédente idée reçue à ce sujet).

Dans de mauvaises conditions climatiques, il est en effet possible qu’un mouton subisse un stress thermique si son environnement n’est pas adapté. Il est donc recommandé de tondre ses animaux plutôt au début du printemps qu’en plein hiver et ainsi leur permettre de mieux s’adapter à l’environnement.

En 2015, un mouton mérinos australien a été retrouvé dans un état critique 5 ans après s’être échappé d’un élevage, avec plus de 40 kg de laine sur le dos !

L’importance de la tonte pour le bien-être

Si l’ancêtre du mouton, le mouflon, perd sa laine pour réguler sa température (il mue), le mouton d’élevage a été sélectionné au cours de sa domestication et ne la perd plus naturellement.
Il a donc besoin d’être tondu régulièrement ou il risque l’hyperthermie6 (le « coup de chaud ») ou des infections (le surplus de laine favorisant le développement des bactéries).

Ce n’est pas tout, la laine est un matériau qui capte très bien l’humidité. En cas de pluie, la toison va ainsi se gorger d’eau que le mouton devra transporter, pouvant provoquer problèmes au dos et aux articulations.

Les labels

Des labels existent comment le Responsible Wool Standard ou le ZQ Wool Standard qui garantissent que la laine provient d’élevage respectant le bien-être des animaux (ainsi que d’autres critères écologiques et sociaux)

ℹ️ Attention cependant, d’autres labels ne garantissent que la qualité de la laine, pas le bien être des animaux l’ayant produite.

Assurez-vous par exemple que la laine mérinos provient d’animaux qui n’ont pas subi de mulesing, une pratique qui consiste à amputer à vif une partie de la zone autour de la queue des moutons, et ce, afin de réduire les risques d’infections par des mouches (flystrike). Cette pratique encore utilisée en Australie est refusée par la plupart des grandes marques et est interdite dans de nombreux pays.

Privilégiez donc les marques vous offrant une traçabilité la plus complète sur les pays d’origine de la laine et les méthodes utilisées par les élevages. Cependant, les marques indiquent le plus souvent le pays de filature (la transformation de la laine en fil) et celui-ci peut différer de l’origine de l’animal.

En conclusion

La tonte est une pratique d’élevage nécessaire pour la santé des animaux. Cependant, elle n’est pas sans risques en termes de bien-être et doit être pratiquée par un professionnel, dans de bonnes conditions et au bon moment de l’année.

Pour vos achats de Noël (et du reste de l’année !), il vaut donc mieux privilégier les marques qui mettent en avant le bien-être animal comme un objectif, éventuellement à l’aide de labels reconnus.

Sources :

  1. HARGREAVES, A.L. et HUTSON, G.D. (1990) An evaluation of the contribution of isolation, up-ending and wool removal to the stress response to shearing. Applied Animal Behaviour Science 26, 103‑113.
  2. CARCANGIU, V., VACCA, G.M., PARMEGGIANI, A., MURA, M.C., PAZZOLA, M., DETTORI, M.L. et BINI, P.P. (2008) The effect of shearing procedures on blood levels of growth hormone, cortisol and other stress haematochemical parameters in Sarda sheep. Animal 2, 606‑612.
  3. HARGREAVES, A.L. et HUTSON, G.D. (1990) The stress response in sheep during routine handling procedures. Applied Animal Behaviour Science 26, 83‑90.
  4. DE, K., KUMAR, D., MOHAPATRA, A. et SAXENA, V.K. (2019) Effect of bedding for reducing the postshearing stress in sheep. Journal of Veterinary Behavior 33, 27‑30.
  5. PICCIONE, G., CAOLA, G. et REFINETTI, R. (2002) Effect of shearing on the core body temperature of three breeds of Mediterranean sheep. Small Ruminant Research 46, 211‑215.
  6. DIKMEN, S., ORMAN, A. et USTUNER, H. (2011) The effect of shearing in a hot environment on some welfare indicators in Awassi lambs. Tropical Animal Health and Production 43, 1327‑1335

Le BEA dans la presse – décembre 2021

VIDÉO. L214 dénonce les conditions de vie de poules pondeuses d’un élevage de la société Pampr’oeuf dans les Deux-Sèvres

16/12/2021 : L214 dévoile une enquête sur un élevage de l’entreprise Pampr’œuf situé à Pamproux, dans les Deux-Sèvres. Entassées dans des cages, les poules subissent les mauvaises conditions sanitaires et même parfois la violence des employés. L’association appelle à la fermeture de l’élevage et souhaite relancer le débat sur l’élevage en batterie, en vue de l’élection présidentielle.

Source : France 3 régions

Agriculture : la filière canards couve des solutions pour ne plus broyer les canetons femelles

15/12/2021 : Le foie gras qui garnit les tablées de fête est issu de canards mâles. Les canetons femelles sont éliminés après éclosion : la filière pourrait se doter de machines qui déterminent le sexe des embryons.

Source : Sud-Ouest

Bien-être animal : des députés LR veulent aller plus loin que le projet de loi adopté en novembre

15/12/2021 : Des députés Les Républicains ont dévoilé ce mercredi plusieurs propositions de loi pour défendre le bien-être animal en France. Le député Julien Aubert souhaite entre autres abolir la propriété de l’animal pour la remplacer par un usufruit, créer un code juridique pour l’animal, ou encore  interdire la production de viandes synthétiques.

Source : La Dépêche

Podcast-L’expérimentation animale : peut-on s’en passer ?

15/12/2021 : D’après un sondage Ipsos publié en décembre, 2/3 des Français se déclarent défavorables à l’utilisation des animaux pour la recherche scientifique. Les animaux sont-ils indispensables pour la recherche scientifique, médicale ?

Source : France Inter

La station porcine de Romillé passe aux maternités liberté

14/12/2021 : À la station expérimentale de l’Ifip, les maternités liberté équipées de cages ascenseurs ont permis d’augmenter le nombre de porcelets sevrés. Cependant, une phase d’adaptation et un changement des habitudes de travail ont été nécessaires.

Source : Réussir porc

74% des Français considèrent que le recours aux animaux est nécessaire pour la recherche médicale

14/12/2021 : Ipsos publie les résultats d’une enquête réalisée pour comprendre comment les Français perçoivent l’utilisation des animaux à des fins scientifiques. Y-sont-ils aujourd’hui favorables ou opposés ? Considèrent-ils que ces expérimentations sont nécessaires ou pas ? A quelles conditions sont-elles acceptables pour eux ? Quelle opinion ont-ils à l’égard des méthodes alternatives à l’expérimentation animale ? Font-ils confiance aux chercheurs pour les mettre en place chaque fois que cela est possible mais aussi pour respecter la réglementation ou encore leur éviter la douleur et la peur ?

Source : Ipsos

Et si on ne séparait plus les veaux laitiers des mères?

11/12/2021 : C’est une réalité méconnue de la production laitière, pourtant elle touche la quasi-totalité des fermes : à peine quelques heures après leur naissance, les petits veaux laitiers sont séparés de leur mère. Alors que le bien-être animal suscite de plus en plus l’intérêt des consommateurs et des agriculteurs, cette pratique est remise en question.

Source : Radio Canada

Vidéo – Consommation : les entreprises innovent pour le bien-être animal

10/12/2021 : Les animaux de compagnies sont devenus un marché important dans l’Hexagone, et les entreprises l’ont bien compris. La journaliste Dorothée Lachaud, présente vendredi 10 décembre sur le plateau du 13 Heures, apporte son éclairage.

Source : franceinfo

Le bien-être animal, cheval de bataille de Francis Feytout à la mairie de Bordeaux

10/12/2021 : Vendredi 10 décembre marque la Journée internationale des droits des animaux. À Bordeaux, Francis Feytout est le premier conseiller municipal en charge du respect de la condition animale. Du contrôle non létal des populations de pigeons au dressage des pies pour ramasser les micro-déchets, il fourmille d’idées sur le sujet.

Source : Rue89Bordeaux

Podcast- Que savons-nous des vaches ?

09/12/2021 : L’éthologie appliquée aux animaux de ferme a permis de mettre l’accent sur la richesse du comportement des vaches. Saviez vous qu’il y a aussi des cheffes et des leaders chez les vaches?

Source : France Inter

Ces matelas pour vaches font un effet bœuf

08/12/2021 : A Nort-sur-Erdre, près de Nantes, le premier fabricant français de matelas pour vaches Bioret Agri cartonne avec sa drôle d’invention, des matelas pour vaches !

Source : 20 Minutes

L’agriculture bio garantit-elle un meilleur « bien-être » des animaux d’élevage ?

07/12/2021 : Si la réglementation applicable aux élevages bio n’est pas optimale, elle garantit toutefois des conditions de « mieux-être » au regard des pratiques instaurées dans les élevages conventionnels.

Source : The Conversation

Pour l’adaptation des bâtiments d’élevage face au stress thermique des vaches laitières

07/12/2021 : Dans le cadre du Space 2021, qui s’est tenu mi-septembre à Rennes, un large panel de conférences était organisé. Le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL) y a notamment abordé la problématique du stress thermique des vaches laitières en bâtiment. Bertrand Fagoo, de l’Institut de l’élevage, était invité à venir y présenter les résultats du projet « bâtiments d’élevage laitier de demain », financé par le CNIEL.

Source : Le sillon belge

Grippe aviaire – Des volailles confinées pourtant étiquetées « plein air »

07/12/2021 : Du fait d’une nouvelle épidémie due au virus influenza aviaire, poulets, canards et oies doivent être enfermés. Y compris les volailles produites sous signes de qualité. Néanmoins, les mentions « Label rouge », « fermier », « élevé en plein air » ou « liberté » peuvent continuer à être apposées.

Source : Que choisir ? 

À Strasbourg, Grenoble, Villeurbanne et Lyon, le foie gras banni des réceptions officielles

07/12/2021 : Après Strasbourg, Villeurbanne et Grenoble, le maire écologiste de Lyon a décidé, lundi, d’interdire le foie gras lors des événements officiels. Une décision prise au nom du « bien-être animal ».

Source : Ouest-France 

Auvergne : des chercheurs de l’Inrae récompensés pour leurs travaux sur le bien-être animal

5/12/2021 Lundi 29 novembre, le collectif de l’Inrae qui travaille sur le bien-être animal a été récompensé d’un laurier, le prix décernée par l’institut. Parmi les lauréats, quatre sont Auvergnats.

Source : France Bleu

Les Français, leurs agriculteurs et leur alimentation

03/12/2021 : Le dernier sondage Ifop pour Ouest France confirme la confiance retrouvée des Français envers leurs agriculteurs. En parallèle, les consommateurs sont davantage méfiants à l’égard de l’appellation “Bio” et vigilants sur la composition des produits qu’il achètent.

Source : Ifop 

Bien-être animal : vers un renforcement des règles européennes pour le transport d’animaux vivants

03/12/2021 : Après 18 mois de travaux, la commission d’enquête du Parlement européen sur la protection des animaux pendant le transport a adopté ses conclusions jeudi (2 décembre). Les députés appellent l’UE à renforcer ses règles pour lutter contre la souffrance animale.

Source : Euractiv

Dans l’Aube, une nouvelle vidéo de L214 met en cause la «filière préférence» de Herta

1/12/2021 : Dans une nouvelle vidéo, l’association antispéciste L214 dénonce des cas de maltraitance animale et des infractions à la règlementation dans un élevage intensif de porcs, situé dans l’Aube, qui fournit la «filière préférence» de Herta.

Source : Libération

La cause animale, de plus en plus un critère de vote à la présidentielle ?

01/12/2021 : Immigration, pouvoir d’achat, sécurité…. Pour l’instant, la campagne présidentielle tourne en boucle autour de ces trois thèmes. Mais la protection animale, à laquelle de plus en plus des Français se disent sensibles, pourrait glisser une tête dans les débats d’ici à avril

Source : 20 Minutes

Après la fourrure animale, Armani renonce à la laine angora

1/12/2021 : La maison de mode italienne Armani s’est engagée mercredi à bannir la laine angora de ses collections à partir de la saison automne-hiver 2022/2023, allongeant ainsi la liste des matières proscrites dans le cadre de sa politique à l’égard du bien-être animal.

Source : Le Figaro

Préserver et protéger les animaux sauvages en liberté ? Interview de Louis Schweitzer et de Sophie Hild, président et directrice de la Fondation Droit Animal Ethique et Sciences

Le mardi 16 novembre 2021, la Fondation Droit Animal Ethique et Sciences (LFDA) a organisé un colloque dédié à l’animal sauvage afin d’aborder la question de sa préservation et de sa protection en tant qu’individu sensible.

Pour un aperçu de l’ensemble du programme, vous pouvez suivre ce lien.

La Chaire bien-être animal était présente pour assister au colloque. Nous avons ainsi eu l’opportunité d’interviewer Louis Schweitzer, président de la LFDA, et Sophie Hild, directrice de la LFDA. Une bonne occasion d’en apprendre davantage sur le travail de la LFDA, ses engagements envers les animaux, et ses ambitions pour assurer la protection de la sensibilité des animaux sauvages en état de liberté.

Interview de Louis Schweitzer, président de la LFDA

Au cours de cette interview, nous avons abordé le parcours de Louis Schweitzer, son rôle en tant que président du comité d’éthique vétérinaire, les activités de la LFDA dont son projet d’étiquetage bien-être animal et, enfin, les enjeux autour de la prise en compte de la sensibilité de l’animal sauvage libre, thème du colloque du 16 novembre.

Interview de Sophie Hild, directrice de la LFDA

« L’objectif de la LFDA est d‘assurer la mise en commun de connaissances pluridisciplinaires dans le but d’améliorer les relations entre les humains et les autres animaux, d’améliorer la protection de ces derniers, de leur témoigner le respect que nous leur devons en tant qu’êtres vivants. » 

Sophie Hild

Pouvez-vous nous présenter la LFDA, les sujets dont elle traite et les partenaires avec lesquels elle travaille ?

La Fondation Droit Animal Ethique et Sciences se définit comme un groupe de réflexion pluridisciplinaire. C’est d’ailleurs une de ses forces. L’objectif de la LFDA est d‘assurer la mise en commun de connaissances pluridisciplinaires dans le but d’améliorer les relations entre les humains et les autres animaux, d’améliorer la protection de ces derniers, de leur témoigner le respect que nous leur devons en tant qu’êtres vivants. Pour cela, on travaille à la fois avec les institutions, l’État, les organismes de recherche, les professionnels de l’élevage, etc., et nous essayons aussi de sensibiliser le public à tous ces sujets. 

Quel est votre parcours et votre rôle au sein de la LFDA ?

Au niveau de mon parcours, j’ai fait des études en éthologie et j’ai réalisé ma thèse en Norvège à l’école vétérinaire norvégienne. Je suis actuellement directrice de la LFDA et je suis donc en charge du bon fonctionnement de la fondation de façon générale, aussi bien d’un point de vue de la gestion, de l’administration, de la communication et aussi concernant les dossiers de fond. Nous sommes actuellement 4 salariés au sein de la LFDA, dont une étudiante en alternance. A nous quatre, nous tâchons de faire tourner la fondation sachant que nous nous occupons de tous les types d’animaux, les animaux d’élevage, d’expérimentation, les animaux sauvages, etc. Cela représente donc beaucoup de travail. On développe ainsi à la fois des argumentaires juridiques, scientifiques, et éthiques, là encore toujours sous un angle pluridisciplinaire. Par ailleurs, au niveau de la communication, nous nous efforçons de partager le fruit de nos réflexions, nos recommandations à travers notre site internet, une revue trimestrielle et l’organisation de colloques, comme celui qui a eu lieu récemment sur les animaux sauvages. 

« Une de nos premières forces a été de légitimer le combat en faveur des animaux en lui offrant une forme de reconnaissance institutionnelle. »

Sophie Hild

Quelles sont les principales avancées permises par la LFDA ? 

De façon générale, notre particularité vient d’une sorte de garantie de sérieux, de rigueur dans les arguments que nous avançons. Lorsque l’on travaille pour l’amélioration de la protection animale, on risque souvent de ne pas être pris au sérieux, en étant taxé de militant ou d’extrémiste. Une de nos premières forces a été de légitimer le combat en faveur des animaux en lui offrant une forme de reconnaissance institutionnelle. De façon générale, nous apportons ainsi une caution de rigueur

De façon plus précise, nous avons beaucoup travaillé à faire modifier le droit qui était en retard par rapport à la science au niveau des connaissances que l’on avait des animaux, de leur sensibilité, de leur capacité à souffrir par la faute de l’Homme. Ainsi, nous avons été créés en 1977 et en 1978 nous avons proclamé la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal qui était une déclaration qui voulait remettre l’être humain au sein du règne animal. C’était une déclaration qui a eu beaucoup de retentissement à l’époque, avec l’organisation d’une cérémonie internationale, avec beaucoup de pays présents.  En 2018, pour les 40 ans, nous avons d’ailleurs décidé de remettre la déclaration à jour pour qu’elle soit directement applicable dans le droit en faisant preuve d’un tout petit peu plus de réalisme et de pragmatisme. Cette nouvelle version se compose désormais de 8 articles. 

Nous avons par ailleurs travaillé à modifier le Code pénal, en particulier, en 2004 en incluant les sévices sexuels au sein des délits punis. Aujourd’hui, avec la proposition de loi de lutte contre la maltraitance animale, nous voyons d’ailleurs que nous commençons enfin à avancer un peu plus sur ce sujet, avec la pénalisation du partage et du visionnage de vidéos zoopornographiques par exemple. 

Nous avons encore beaucoup travaillé à faire évoluer le Code civil. C’est un combat qui nous animait il y a déjà plus de 20 ans. En 2005, nous avons pu remettre au garde des Sceaux par notre secrétaire générale de l’époque, qui était magistrate, un rapport juridique sur les animaux qui préconisait ce qui a été obtenu 10 ans plus tard, en 2015, à savoir l’inclusion de la notion de sensibilité des animaux dans le Code civil. C’était vraiment une grande avancée pour nous au niveau juridique. Maintenant nous demandons aussi que les actes de cruauté soit punis pour les animaux sauvages en liberté, ce qui n’est actuellement pas le cas, alors que les humains sont capables des pires atrocités à leur encontre. 

Nous avons aussi obtenu au début des années 1980 l’étiquetage des œufs de poules pondeuses. Auparavant, nous ne pouvions pas savoir si les œufs étaient pondus par des poules en cage, des poules en plein air, etc. A la fin des années 1970, nous avons entamé une action avec l’OABA en nous associant par ailleurs à des consommateurs pour que le mouvement prenne de l’ampleur. Nous avons ainsi réussi à obtenir l’étiquetage du mode d’élevage des poules pondeuses sur les œufs. Cela a été traduit dans un règlement européen

Aujourd’hui, force est de constater que le droit peine malheureusement à davantage évoluer. Nous avons ainsi décidé de passer par le droit souple qui est le droit des contrats et des conventions. Nous avons créé l’étiquette bien-être animal, qui n’est pas l’objet de réglementation pour l’instant mais qui est le fruit d’accords, d’actions volontaires pour, là encore, permettre au consommateur d’influencer les conditions d’élevage des animaux dans leurs actes d’achat. 

« Nous proposons d’inclure dans le Code pénal, qui punit la maltraitance mais seulement à l’égard des animaux sous la garde de l’Homme, les animaux sauvages en liberté à la liste des animaux protégés contre la cruauté humaine. »

Sophie Hild

Suite au colloque du 16 novembre 2021, qu’espérez-vous pour les animaux sauvages en liberté ?

Nous espérons vraiment que le droit prenne mieux en compte les animaux sauvages en liberté en tant qu’individus. Nous souhaitons que le droit puisse mieux les considérer et les protéger contre la maltraitance et la cruauté humaine. Aujourd’hui, les animaux sauvages en liberté ne sont en effet considérés que sous l’angle de leur appartenance à une espèce ou à travers l’effet négatif qu’ils peuvent avoir sur l’humain et les activités humaines, comme on le voit avec la catégorie des ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts), anciennement appelés « nuisibles ». On ne les considère finalement pas, pour l’instant, dans le droit en tout cas, comme des êtres pouvant être victimes d’abus de la part de l’humain à titre individuel. C’est pour cela que nous proposons d’inclure dans le Code pénal, qui punit la maltraitance mais seulement à l’égard des animaux sous la garde de l’Homme, les animaux sauvages en liberté à la liste des animaux protégés contre la cruauté humaine.

« Au niveau de leur capacité à souffrir, les deux, le renard et le chien, ont exactement la même sensibilité. » 

Sophie Hild

La maltraitance de l’animal sauvage libre : une réelle problématique ? 

Il suffit de regarder certaines vidéos disponibles en ligne où l’on voit des gens qui font souffrir des animaux sauvages. J’ai en tête cette vidéo d’un renard blessé avec une arme à feu par des chasseurs avec l’un d’entre eux qui saute à pieds joints dessus. Je ne sais pas si l’objectif était de l’achever, une balle aurait été plus humaine… Aujourd’hui, si quelqu’un en France agit de la sorte à l’encontre d’un renard, il ne risque rien. Vous faites la même chose à un chien qui appartient à quelqu’un, vous risquez d’être poursuivi, de payer une amende, voire d’aller en prison. Or, au niveau de leur capacité à souffrir, les deux, le renard et le chien, ont exactement la même sensibilité

« Dans un monde parfait, nous laisserions juste les animaux sauvages évoluer et vivre leur vie. Aujourd’hui nous empiétons vraiment sur leurs espaces de vie. Il faut se demander ce que nous pouvons faire pour ne pas détruire leur monde mais, en même temps, sans devenir l’architecte de tout ce qui s’y passe. »

Sophie Hild

Quelle est votre définition du bien-être animal ? Peut-on se dire qu’un animal sauvage ne peut être en état de bien-être qu’en évoluant libre dans un espace naturel non détérioré par l’Homme ?

J’aime beaucoup la définition de l’ANSES de 2018. Je pense ne pas pouvoir ajouter grand-chose à cette définition très complète qui prend en compte à la fois les besoins physiologiques, comportementaux, les attentes de chaque animal. C’est vraiment une définition qui met l’animal au centre. On y voit bien la différence entre bien-être et bientraitance. 

Concernant la deuxième question, c’est un point très intéressant. Nous partons plutôt du principe que nous n’avons pas à nous mêler du bien-être de l’animal sauvage libre. S’il est en libre évolution, il ne sera pas forcément en état de bien-être : peut-être qu’il aura faim, froid, peut-être qu’il sera pourchassé par un prédateur, mais quelque part cela ne nous regarde pas. C’est sa vie. Là où nous sommes concernés, c’est lorsque nous sommes responsables d’un impact sur son bien-être, c’est-à-dire si nous polluons son environnement, si nous détériorons son habitat. Là, nous commençons à avoir une certaine responsabilité… Mais dans ce cas, on ne parle pas vraiment de bien-être. Il s’agit plutôt de lui garantir des conditions de vie qui lui permettent d’exprimer sa nature. Il y a d’ailleurs un courant de pensée auquel nous n’adhérons pas qui est le Rwas (« Reducing Wild-Animal Suffering »), qui prône une véritable intrusion dans le monde animal libre. Au nom de la réduction de la souffrance pour les animaux, les tenants de cette vision vont dire qu’il faut intervenir dans la prédation et empêcher les prédateurs de se nourrir de proies. Ils n’ont pas tous un discours aussi extrême mais, pour nous, cela apparaît fortement dangereux : un écosystème est quelque chose d’excessivement complexe avec des interactions, des mécanismes qu’il est nécessaire de maîtriser sinon on peut avoir des effets boomerang désastreux. De façon générale, l’intervention de l’être humain dans le monde sauvage libre est quelque chose de très dangereux. Cela doit être fait de façon très réfléchie, méticuleuse, selon une démarche scientifique éprouvée. Dans un monde parfait, nous laisserions juste les animaux sauvages évoluer et vivre leur vie. Aujourd’hui nous empiétons vraiment sur leurs espaces de vie. Il faut se demander ce que nous pouvons faire pour ne pas détruire leur monde mais, en même temps, sans devenir l’architecte de tout ce qui s’y passe.

Replay des conférences

Si vous souhaitez voir (ou revoir!) les interventions, n’hésitez pas à aller visionner le replay des conférences :